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Beaucoup de bruit
C?est devenu un travail programmatique. La femme est inscrite au c?ur du débat politique. Pour le plus grand plaisir de certaines. Dans une certaine indifférence pour d?autres. Et nos hommes politiques ne peuvent que s?en réjouir. Notamment le Premier ministre.
A un moment où les scandales éclaboussent le secteur bancaire et où la population s?interroge sur la crédibilité de la banque la plus importante du pays, le gouvernement a avancé un projet d?amendement à la loi électorale où il est, entre autres, question de favoriser la représentation féminine au Parlement. Sur le fond, tout le monde est d?accord que les femmes peuvent contribuer positivement à la vie parlementaire du pays. Dans la forme, toutefois, il existe de sérieux doutes sur la démarche du gouvernement.
Pendant toute une semaine donc, il n?a été question que de détournement de fonds à la MCB et d?une plus grande présence féminine en politique. Dans le premier cas, le profane se perd en spéculation tant les pistes sont brouillées. Dans le second, il y a une pléthore d?opinions qui s?est exprimée contribuant paradoxalement à abrutir davantage la population car les enjeux ont quitté le terrain moral et politique pour emprunter de sombres sentiers techniques. Et puis les voix féministes n?ont pas manqué de se faire entendre. Tant mieux. Sauf que quelques-unes ont choisi une voie qui ressemble trop à une opération suicide pour vraiment faire aboutir la cause des femmes. Mais, enfin, il vaut mieux féliciter celles qui prennent des initiatives, même si la démarche peut paraître stérile, plutôt que de demeurer dans la léthargie des autres.
Dans ce champ politique qui désespère de se féminiser, il y a d?autres réalités qui ramènent le débat à ses justes dimensions. Tout ce salmigondis idéologique et conceptuel prend place à la veille des élections. A ce titre, il ne servira au mieux qu?à ajouter quelques grains de sable supplémentaires dans le désert des idées mauricien. Sauf que certains se laissent prendre au piège.
Des femmes qui lancent des mouvements ponctuels pour dénoncer la man?uvre du gouvernement. Même Rama Sithanen a dû mettre de côté son accoutrement politique pour prendre celui de chercheur. La réflexion est certes intéressante. Mais du coup, il s?est embrigadé dans un débat dont l?issue est connue d?avance.
Ce qui crée l?impression d?une diversion fort intelligente du gouvernement qui, à regarder de très près, n?a rien à perdre dans ce débat. Car il est peu probable que l?amendement à la loi électorale ait une chance d?être présenté. Pour justifier le statu quo dans cette affaire de représentativité féminine, il fallait lancer une idée qui n?allait avoir aucune chance d?aboutir. Il ne faut donc pas se laisser leurrer. Le discours du gouvernement est déjà programmé : s?il n?y a pas une plus grande représentation de femmes sur la scène politique, c?est parce que l?opposition n?a pas joué le jeu. Cela a le mérite de dédouaner le gouvernement de toute responsabilité dans cette affaire. D?une part, la diversion aura atteint ses objectifs en ces temps troubles et, d?autre part, on est légitimé dans le choix classique de ses candidats.
La question fondamentale, elle, reste sans réponse. Sur 60 candidats, il est difficile de faire de la place à un nombre important de femmes car les hommes répondent mieux aux critères d?éligibilité pour être candidat. Le bestiaire politique mauricien est effectivement trop machiste. Enfin, il reste à savoir combien de femmes sont prêtes à s?engager dans un jeu politique fatalement perverti. Et combien d?hommes également? surtout ceux qui rejettent le phallocentrisme politique.
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