Publicité
Mbeki tente d?organiser une réunion pour régler la crise en Côte d?Ivoire
Par
Partager cet article
Mbeki tente d?organiser une réunion pour régler la crise en Côte d?Ivoire
Face au blocage du processus de paix, le président sud-africain veut forcer le cours des événements et rencontrer les acteurs de la crise ?dans les prochains jours?.
La Côte d?Ivoire s?enlise dans la crise. La situation est telle que le président sud-africain, Thabo Mbeki, choisi il y a plusieurs mois comme médiateur par ses pairs de l?Union africaine (UA) pour dénouer la crise, a décidé de forcer le cours des événements. Selon une source diplomatique française de haut niveau, il va organiser une réunion des principaux protagonistes du dossier ?dans les prochains jours? pour tenter de sortir de l?impasse.
Il y a effectivement urgence. A quelques mois d?une élection présidentielle - prévue en octobre -, la moitié du pays échappe au contrôle du gouvernement. Des affrontements entre des fidèles du président Laurent Gbagbo et des rebelles ont encore fait plusieurs dizaines de morts fin février. Et le blocage politique demeure, alors qu?arrive à échéance ? en avril ? à l?ONU le mandat des militaires français de l?opération ?Licorne?. ?Je ne vois pas d?issue?, a déclaré le chef de l?Etat gabonais, Omar Bongo, à l?hebdomadaire Jeune Afrique/L?intelligent.
A ce jour, Mbeki affiche un bilan plutôt maigre. Il s?est beaucoup investi. Il a rencontré à maintes reprises son homologue, le président Laurent Gbagbo, les chefs d?Etat de la région, les patrons de la rébellion, les responsables d?une opposition éclatée. Il s?est déplacé à Abidjan, à Bouaké, la ?capitale? des rebelles. Il a invité tous les acteurs du dossier... mais sans réussir à créer de dynamique.
Son unique succès est d?avoir arraché aux parlementaires ivoiriens le vote d?un amendement à la Constitution, qui ouvre la voie des urnes à l?opposant le plus emblématique du régime, l?ancien premier ministre Alassane Ouattara. Pour autant, rien n?est réglé car le président Gbagbo exige de faire ratifier cette décision par référendum. Mais comment l?organiser dans un pays coupé en deux depuis trois ans ?
Il suffit de désarmer les rebelles et l?unité du territoire sera rétablie, rétorque le chef de l?Etat ivoirien. Et de rappeler que les accords de Marcoussis, signés par tous les acteurs de la crise en janvier 2003, fixaient comme priorité au ?gouvernement de réconciliation nationale? d?entreprendre ?le processus de regroupement (...) des forces en présence? en prélude à des ?mesures de désarmement et de démobilisation?.
Rien n?a été fait, et le président ivoirien sait que cet immobilisme ? qui le sert ? est probablement appelé à durer. L?ONU, qui a déployé sur le terrain quelque 6 000 casques bleus (épaulés par les 4 000 militaires français de ?Licorne?), pourrait d?un point de vue technique mener à bien l?opération de ?cantonnement, désarmement, démobilisation? mais exige, comme toujours en pareil cas, un accord préalable des deux belligérants. L?absence de confiance entre les rebelles et le pouvoir en place rend cette entente improbable.
Peu désireuses de forcer le cours des événements en déployant, par exemple, plusieurs dizaines de milliers de casques bleus, les Nations unies temporisent. Un embargo sur les armes a été voté par le Conseil de sécurité début février, mais, six semaines plus tard, tous les responsables onusiens chargés de le superviser ne sont pas encore à pied d??uvre.
<B>Signaux négatifs</B>
L?ONU a également dressé la liste d?une centaine de responsables ivoiriens susceptibles de faire l?objet de sanctions individuelles. Des rebelles et des proches de M. Gbagbo y figurent, mais la liste n?a toujours pas été divulguée.
L?absence de progrès politiques inquiète d?autant plus la France que, sur place, les ?signaux négatifs?, pour reprendre les mots du Quai d?Orsay, ne manquent pas. Le plus inquiétant a été l?intrusion de ?jeunes patriotes?, proches de la présidence, dans la ?zone de confiance? qui sépare les belligérants. Les combats qui ont suivi auraient fait une vingtaine de morts. Depuis, le chef charismatique des ?jeunes patriotes? est revenu à la charge, promettant une série de manifestations pour obtenir le départ des soldats de l?opération ?Licorne?.
Il est probable que la communauté internationale demandera à la France de maintenir son dispositif. Pour autant, la solution du problème n?aura pas avancé d?un pouce, à moins que le président sud-africain ne réussisse son pari.
<B>Jean-Pierre TUQUOI</B>
Publicité
Publicité
Les plus récents