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Sans voie et sans voix
?Nou fet 37e anniversaire l?independans me nou encor pe bizin travers dans kan pou arriv lor la lari?, dit Devanand Beeharee. Cet habitant de Rivière-des-Créoles. Autour de lui, une dizaine de mères de famille habitant la même localité. Quatre personnes au total n?ont pas de voie d?accès pour se rendre où elles veulent.
Ces familles, tous propriétaires de leurs maisons, demandent à l?Etat d?ouvrir une voie ?pour les libérer?. Valeur du jour, elles doivent marcher sur une longue distance dans les champs de cannes pour avoir accès à la route principale.
?Nous avons travaillé dur pour avoir un peu de confort et voilà où nous en sommes aujourd?hui?, dit Poosmawtee Akalooah. Beeshan Chuttowa, propriétaire du terrain, a interdit à ces familles de passer sur ses terres pour avoir accès à la route principale après avoir obtenu gain de cause dans un jugement de la Cour Suprême l?année dernière. ?J?ai recherché l?arbitrage de la justice pour protéger sur mon bien. Parce que j?ai la ferme intention de construire un nouveau bâtiment, qui probablement serat sur ce passage?.
Quelle solution ?
Poosmawtee Akalooah est propriétaire d?une portion de terre à cet endroit depuis que ses proches en ont fait l?acquisition. ?Nou pas ti kone si enn zour ti pou enn problem simin?, reconnaît-elle . Tout en avouant son incapacité à remettre en cause le verdict de la Cour Suprême, elle ne cache pas pour autant son indignation face à l?indifférence des élus de cette circonscription qui, pendant les dernières campagnes électorales, leur avaient promis qu?ils trouveraient une solution auprès des instances concernées. ?Nous sommes devenus prisonniers. Nou pa kapav alle kot nou oule. Nou tou nou gagn problem ici pou al travay, zenfan pu al lekol, pou al lopital et sirtou kan la pli tombe?, explique la septuagénaire qui raconte chaque jour le calvaire de ses proches et de ses voisins.
Karoona Ramdin, originaire de Grande-Rivière-Sud-Est (GRSE), est venue habiter cette localité après son mariage. Elle se rappelle encore les longues épreuves endurées par ses beaux-parents pour compléter une partie de leur maison, pour transporter des matériaux en l?absence d?une voie d?accès. ?Il pleuvait des cordes un matin. Le terrain inondé et boueux était devenu impraticable. Nous devrions sortir pour rendre chez un proche. Nous étions obligés de transporter des seaux d?eau, avec nos enfants sur les bras, pour laver nos chaussures après avoir traversé les champs de cannes.?
Poornima Chuttoo a deux mauvais souvenirs. Le premier pendant sa période de grossesse : elle devait se rendre au centre de santé de la localité pour un suivi et elle a été obligée d? accoucher à la maison faute d?un moyen de transport. L?autre moment le plus difficile : les problèmes pour transporter Nandeshwar, un parent handicapé à l?hôpital, pour son traitement. Il est mort l?année dernière. ?Li finn bien souffert?, déplore sa belle-fille, Indranee.
Les moustiques qui pullulent en raison des eaux accumulées, les escargots, les petites bêtes et les ordures qui s?accumulent faute d?un service de voirie, sont les autres soucis qui viennent s?ajouter à d?autres déjà existants. ?On dirait que le monde entier s?acharne contre nous?, dit Sushil, une habitante de l?endroit.
La souffrance endurée par cette dernière ne s?arrête pas à la tombée du jour. Vers 19 heures, elle doit arpenter les champs de cannes pour attendre le retour de sa fille qui travaille comme ouvrière dans une unité de textile de la région.
?Pas kapav prend risque, surtout qui pena la lumière dans sa ban simin kan la?. Comme les autres habitants de ce patelin perdu, elle croit, secrètement, qu?il y aura un jour la lumière au bout ? du karo kan.
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