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L?industrie mauricienne dans la compétition mondiale
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L?industrie mauricienne dans la compétition mondiale
L?importance du secteur manufacturier hors zone franche n?a cessé de croître depuis sa création dans les années 60 à partir de la stratégie de diversification axée sur la substitution à l?importation, mise en place dans le but de promouvoir la croissance et l?emploi. Ce secteur est désormais confronté à la déréglementation du commerce international tout comme les autres secteurs de l?économie mauricienne. Et cela suscite bien des inquiétudes, en raison des transformations profondes qui affectent l?économie mondiale aujourd?hui et qui l?affecteront à l?avenir. Ces inquiétudes sont réelles, compte tenu du caractère dramatique de ces évolutions, lorsqu?elles sont mal anticipées ou mal gérées. Mais le risque est que les craintes, suscitées par la concurrence nouvelle des pays émergents, finiront par engendrer une réaction de refus et de repli sur soi.
Les derniers chiffres de la comptabilité nationale indiquent que le secteur manufacturier hors zone franche a beaucoup évolué. Sa part dans le produit intérieur brut est passée de 10,4 % en 2001, pour atteindre 11,1 % en 2004. Son taux de croissance réelle, positif depuis plusieurs années se chiffrait à 5,0 % en 2004, contre 4,1 % en 2001. Sa part dans le secteur manufacturier a nettement progressé. De 47,4 % en 2001, il dépassait la barre des 56 % en 2004. Le nombre d?emplois a aussi augmenté, passant de 47 300 en 2001 à 53 900 en 2004. Il est à noter que plus de la moitié des investissements dans le secteur manufacturier va dans le secteur hors zone franche. En 2004, le chiffre s?élevait à 63,2 % contre 59,8 % en 2001.
La consommation des ménages a été le principal soutien de la croissance économique au cours des dernières années. En effet, les dernières statistiques industrielles disponibles (2001) indiquent que deux secteurs représentent à eux seuls 40% de la valeur ajoutée, notamment les secteurs de l?alimentation (19 %) et le marché de la boisson et du tabac (21 %). Par ailleurs, le boom du marché de la construction au cours des dernières années a augmenté la demande pour les produits minéraux non métalliques, (ciment, céramique, verre et produits dérivés), qui représentait en 2001, 11 % de la valeur ajoutée. D?autres secteurs, comme les produits chimiques (10 %) ou encore l?imprimerie et l?édition (9 %), sont d?importantes composantes du secteur hors zone franche.
Environ 77,5 % de la production manufacturière hors zone franche vise le marché local, le reste, soit environ 22,5 %, étant exporté sur le marché international. Les secteurs porteurs pour l?exportation sont les produits chimiques et leurs dérivés ainsi que la farine. Des potentiels réels existent pour les produits alimentaires, chimiques, métalliques et plastique, en particulier vers les pays de la région, surtout avec l?ouverture des marchés régionaux de la Southern African Development Community (SADC) et du Common Market for Eastern and Southern Africa. (Comesa).
Il va sans dire que l?industrie pour le marché local fait face à la concurrence mondiale, de la même manière que les industries d?exportation, dans le sens qu?avec l?ouverture des marchés, les produits locaux sont directement concurrencés par les importations. Ainsi, le ?Made in Mauritius? devient, pour le consommateur, un produit de plus sur l?étagère, soumis aux mêmes exigences de qualité et de prix que n?importe quel autre produit importé.
Malgré les efforts pour maintenir la croissance, le secteur manufacturier pour le marché local fait face à de nombreuses contraintes, d?ordre national mais aussi international dans un système économique de plus en plus libéralisé. Cela vient confirmer les craintes, ressenties par les industriels locaux.
Au niveau local, les cadres institutionnel et fiscal restent très fragmentaires. Toutes les entreprises ne bénéficient pas du même régime. Les entreprises de la zone franche, par exemple, ont un avantage considérable par rapport aux autres entreprises. Elles ont droit à des dispositions nettement plus avantageuses. Les contraintes institutionnelles (procédures administratives ou lois du travail) limitent souvent de manière sévère la mobilité stratégique des entreprises hors zone franche. Il faut souligner que le fardeau fiscal est resté élevé pour certaines entreprises dans ce secteur, notamment pour les fabricants de cigarettes et de boissons alcoolisées, dont l?impôt sur les sociétés s?avère être supérieur à celui des entreprises manufacturières (25 % contre 15 %). Or, la dynamique de l?entreprise dans son ensemble, nécessite la mise en place d?un environnement ouvert, harmonisé et non-discriminatoire.
Le succès des incitations gouvernementales visant à soutenir la croissance et la compétitivité des entreprises dépendra de façon cruciale de la manière dont celles-ci sont générées au niveau des toutes les entreprises indépendamment de leur statut. Si celles-ci n?évoluent pas dans un cadre approprié, les efforts seront alors vains.
D?autres contraintes sont liées à la structure même des entreprises. Souvent elles ont une intensité en main-d??uvre relativement élevée par rapport au capital. De plus, quel qu?en soit le niveau, les qualifications et le potentiel du personnel représentent un héritage qu?il faut assumer et pourrait constituer une deuxième limite à la volonté de changer. Confrontées à une conjoncture difficile, les entreprises locales ont recruté pendant des années une main-d??uvre peu qualifiée, qui dans l?immédiat semblait moins coûteuse. Cette politique recelait toutefois des coûts cachés que le développement de nouveaux produits et marchés ont mis en évidence. Pour maîtriser ces deux évolutions, il faudrait disposer d?une main d??uvre plus qualifiée, mais ce n?est pas le genre de handicap que l?on comble du jour au lendemain. C?est là l?illustration d?un paradoxe intéressant : l?adaptation aux exigences du moment est parfois de nature à compromettre la capacité d?adaptation à des évolutions ultérieures.
L?orientation sectorielle et géographique de notre production locale est sensiblement moins favorable que celle de nos principaux partenaires commerciaux. En effet, Maurice s?est spécialisée dans les produits dont la demande internationale est modérément dynamique.S?ajoutent à cela, les coûts des services (voir encadré 1), la politique aléatoire du taux de change qui pèse sur les importations, les droits de douane sur les importations de matières premières et le taux de la TVA imputé aux entreprises hors zone franche, encore une fois supérieurs au taux applicable aux entreprises qui exportent.
Sur le plan régional, l?ouverture des marchés, avec les zones de libre-échange de la SADC d?un côté, et du Comesa de l?autre, a ouvert la voie à la concurrence venant des producteurs de la région. S?il est vrai que l?abaissement accéléré de barrières douanières ouvre de nouvelles possibilités d?exportation pour les entreprises compétitives, il accentuera davantage la concurrence pour les produits locaux face aux importations. Dans le cas de la SADC, d?ici 2008, 85 % des droits de douanes seront libéralisés et les 15 % restant sur les produits ?sensibles? disparaîtront en 2012. L?Afrique du Sud étant le principal fournisseur du marché mauricien, verra sans doute accroître sa part de marché. Dans le cas du Comesa, la zone de libre-échange, mise en place depuis 2000, compte aujourd?hui onze des vingt pays membres, dont Maurice. Là encore, nos produits auront à faire face à la concurrence, notamment celle venus d?Egypte. Sur le plan international, la montée en puissance des pays émergents, comme la Chine exportateurs de produits substituables aux nôtres, devraient continuer à concurrencer de manière sérieuse le label mauricien.
Quelle solution à cela ? Nous nous rendons compte que l?alternative traditionnelle entre l?étatisme et le libéralisme est désormais obsolète. Ce dépassement ne s?opère pas au profit d?une troisième voie, mais d?une politique adaptée à la mondialisation. Celle-ci impose la promotion de la compétitivité de nos entreprises. Agir avec des entreprises, n?implique pas pour l?État de redistribuer des subventions, mais de créer un environnement favorable (harmonisation du cadre institutionnel et fiscal, qualité de la formation, des infrastructures, de la recherche, développement des centres de technologie?) et inciter les entreprises à mieux utiliser la compétence des hommes.
Les entreprises doivent de toute façon améliorer leur compétitivité (voir encadré 2) afin de faire face à l?augmentation générale de la pression internationale, sinon rechercher des créneaux ou de nouvelles façons de faire, afin de mieux se distinguer et aussi d?assurer leur suivie et leur développement.
Il est essentiel pour les entreprises de pouvoir surmonter les nombreux facteurs d?inertie. Les investissements fonciers, matériels et incorporels (investissement en Recherche et Développement, en notoriété ou en matière d?organisation), qui sont souvent difficiles à réutiliser à d?autres fins que celles initialement prévues, constituent un premier obstacle au changement.
À défaut de définir eux-mêmes les règles du jeu qui leurs permettraient de stabiliser le système économique, les entreprises mauriciennes doivent se prémunir contre les ?désordres? qui en résultent et qui rendent imprévisibles les conditions de la croissance et les déterminants de la compétitivité.
Comment améliorer cette situation ? La solution viendra du comportement d?innovation des entreprises, qui doivent en permanence, pour faire face à la concurrence mondiale, moderniser le système de production et améliorer la qualité de leurs produits. Quand on descend au niveau le plus fin de l?analyse, pour séparer chaque produit en trois gammes ? haute, moyenne, basse ? on s?aperçoit que Maurice est, par comparaison à ses principaux partenaires commerciaux, le plus souvent spécialisé dans le milieu, voire même le bas de gamme, que le haut de gamme. Il est clair que la montée en gamme est pour une petite économie en développement, le meilleur moyen, sinon le seul, de se positionner sur des segments de marchés dynamiques et faire front à la concurrence exercée par les pays émergeants qui peuvent fabriquer à faibles coûts les produits de moindre qualité.
Il serait facile de se tromper de cible, et de croire que cette recherche de l?innovation et de la qualité passe par une plus grande spécialisation dans les industries de haute technologie. L?effort d?innovation doit être mené dans tous les secteurs, au niveau de chaque entreprise. Cet effort passe par des investissements en recherche et développement mais aussi, et plus important pour un pays avec des ressources limitées, par la formation de la main-d??uvre. Le but ne devrait pas s?arrêter à rechercher la qualité, mais à exiger l?excellence.
<B>Isabelle RAMDOO (Analyste) </B> Chambre de Commerce et de l?Industrie de l?Ile Maurice
ENCADRÉ1
<B>Derrière l?industrie, le coût des services</B>
Les services publics pratiquent des tarifs relativement très élevés par rapport à nos concurrents : téléphoner, expédier une lettre ou un colis ou encore allumer une lampe sont des actions mûrement réfléchies car elles portent sérieusement à conséquence à la facture des entreprises. Maurice est éloignée de ses principales sources d?approvisionnement en matières premières et le coût du fret représente un véritable handicap au coût de production. Et comment faire, dans un tel contexte, pour rétablir la compétitivité du pays ? Cela implique un sérieux ménage sur les industries et une politique durable de modération salariale. Mais cela ne suffira certainement pas à assurer un développement qui se veut durable économiquement et socialement sur le long terme. L?ampleur des coûts dépend du cadre institutionnel et réglementaire en place sur les marchés des produits et du travail, notamment les dispositions applicables aux entreprises hors zone franche.
ENCADRÉ 2
<B>Compétitivité des industries mauriciennes</B>
En langage commun, être compétitif, c?est réussir aussi bien que les autres et soutenir la comparaison avec eux. En termes économiques, la notion n?est pas simple à définir et soulève des polémiques. La compétitivité d?une économie repose sur la combinaison de nombreux facteurs, dont la qualification de la main-d??uvre, la qualité des infrastructures, la capacité d?innovation, la productivité, le coût du travail, sans compter la capacité du système à assurer l?équilibre quand ?ça dérape? dans un de ces domaines. La tentation est grande de se limiter à comparer le coût du travail, relativement aisé à quantifier. Ce qui permet de montrer au peuple qu?il est urgent de se serrer la ceinture, sachant qu?il y a toujours quelqu?un quelque part dans le monde de plus mal payé qui nous ?menace?. Le problème qui se pose à Maurice est que la productivité n?augmente pas assez vite pour compenser les augmentations salariales, ce qui affecte la compétitivité.
Les statistiques indiquent qu?entre 1993 et 2003, la productivité du travail dans le secteur manufacturier a augmenté en moyenne de 4,3 % alors que la compensation salariale a progressé en moyenne de 8,3 % pendant la même période.
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