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Philippe Joly présente l?île sucrée
Sous le titre Diaporama d?une île sucrée, Philippe Joly expose plus d?une vingtaine de photographies, sur la canne à sucre et son peuple sucré, à l?Alliance française de Bell-Village jusqu?au 4 mars.
Bel-Ombre, Médine, Beau-Champs, Highlands, Albion et tant d?autres. Certaines fonctionnent toujours, d?autres sont désaffectées. Les usines sucrières, à la veille de la cessation du protocole sucre, sont en attente d?un nouveau destin.
Philippe Joly, artiste photographe engagé, a choisi de dévoiler, à travers l?art photographique, la réalité actuelle d?une industrie qui, par son dynamisme, produit tout de même plus de 9 tonnes de sucre par hectare.
Coupeurs de canne en pleine action et dans toutes les positions, collecte de bagasse, ramassage de canne par-ci et broyage par-là. Tant d?images qui parlent d?elles-mêmes et qui sauraient sans conteste toucher la sensibilité du visiteur, d?autant plus que pour l?artiste lui-même, la photographie reste ?un outil efficace pour agir sur la réalité.?
Mais, pour mieux donner la parole aux images et répondre à la soif de connaissance de son public, l?artiste a toutefois préféré faire accompagner ses photos d?une série de textes sur l?historique de la canne à sucre, dès son implantation à Maurice par les Hollandais à ses enjeux économiques actuels.
Des chaudrons venus de France
Ces faits qui appartiennent à l?histoire, proviennent de sources sûres. Ils sont empruntés à partir des ouvrages de recherche, écrits par des auteurs et historiens comme Guy Rouillard, Jean-Claude de l?Estrac, Sydney Selvon, Philippe Hein, Kissoonsingh Hazareesingh, Benjamin Moutou et David Martial. L?exposition de Philippe Joly annonce ainsi une prétention à caractère pédagogique.
Du coup, le visiteur pourra revoir en images les différentes activités étroitement liées à la fabrication du sucre ? fabrication commencée à partir de 1695 et cela grâce à un dénommé Jean Backelbery ? tout en se documentant sur les aspects historiques de celle-ci.
De ce fait, il apprendra que si la canne à sucre est originaire du sud-est de l?Asie, ce sont les Hollandais qui l?ont cependant introduite dans l?île et c?est le gouverneur Mahé de La Bourdonnais qui a donné le coup de pouce idéal en faveur de sa culture, en faisant par exemple venir de France des machines, comme les chaudrons.
La vie dans les propriétés sucrières
Bien évidemment, il ne s?agit point ici d?un cours d?histoire, mais d?un choix de textes, composés dans un but d?informer et d?instruire le public sur l?aventure du sucre. Il s?agit d?apporter à la connaissance du public les éléments essentiels qui montrent comment, avec l?arrivée en force massive des Indiens engagés, cette culture est devenue l?activité économique principale dans l?île.
Il s?agit de montrer comment l?île, avec ses soixante sucreries à la fin de la période coloniale française et avec l?arrivée du gouverneur anglais Farquhar, qui fera admettre le sucre mauricien en Angleterre, deviendra le fournisseur principal en sucre de tout l?empire britannique.
Les textes sont également ceux de poètes et d?écrivains qui se sont inspirés de ce décor rustique et champêtre (que dévoilent ces photographies) pour nous offrir d?admirables et inoubliables lignes. Ils sont d?Edouard Maunick (En mémoire du mémorable), de Khal (Palabres à paroles), d?Ananda Devi (Les chemins du long désir) et d?Abhimanyu Unnuth (Sueurs de sang).
Ils nous chantent, chacun à sa manière, la vie telle qu?elle se laissait couler autour des propriétés sucrières. Une vie qui a occasionné le développement des divers petits métiers autour et a attiré du monde de diverses origines. Aujourd?hui, comme le montrent les photos de Philippe Joly, c?est toute une population pluriethnique, une vraie population sucrée, qui existe.
Si de ces photographies émane une atmosphère qui annonce une certaine nostalgie à venir, c?est parce que l?artiste a su être réceptif devant l?avenir incertain de cette industrie.
Son exposition est une invitation aux autres à réfléchir sur le potentiel économique exceptionnel que présente la canne à sucre. Selon l?artiste, celle-ci reste l?un des convertisseurs les plus efficaces d?énergie solaire en biomasse. Il est d?ailleurs possible d?extraire de l?alcool, de l?éthanol, de l?engrais, des produits pharmaceutiques et produire de l?électricité, d?elle. Il reste donc toujours un brin d?espoir, semblent dire les photos de Philippe Joly, photos qui seront visibles à l?Alliance française de Bell-Village jusqu?au 4 mars.
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