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Improvisation
Maintenant que les sondages le désignent comme le Premier ministre préféré des Mauriciens, Navin Ramgoolam se trouve face à une responsabilité nouvelle. Il a le devoir d?annoncer le programme qu?il compte appliquer si jamais il arrive au pouvoir. Tant que l?éventualité d?une alternance du pouvoir était considérée comme lointaine, on pouvait ne pas lui tenir rigueur de vouloir maintenir le secret. Aujourd?hui, cette esquive ne lui est pas permise.
Le leader du Parti travailliste (PTr) dit souhaiter une société plus juste, plus humaine et plus démocratique. Cet alignement de généralités n?est pas un programme. Un dirigeant auquel l?électorat pourra donner une nouvelle chance d?accéder aux plus hautes fonctions du pays, ne peut s?arrêter aux slogans. Il faut qu?il explique, dans le détail, comment il s?y prendra pour gérer le pays et fonder une société plus juste, plus humaine etc. Sans des indications précises sur les mesures qu?il compte appliquer, un débat démocratique ne peut avoir lieu.
Il est difficile de le croire sur parole quand il affirme incarner une forme de renouveau de la politique. Navin Ramgoolam a été Premier ministre de 1995 à 2000 et ne s?est pas attaqué alors aux faiblesses qu?il dénonce aujourd?hui. Il est vrai que bien des injustices perdurent et que bien des inégalités existent encore mais si l?intention du PTr de réformer est sincère, il doit aller au-delà du simple catalogue de vagues promesses.
Quand le leader du Parti travailliste refuse de lever le voile sur son éventuelle action une fois au pouvoir en prétextant que ses adversaires s?en inspireront, le comble du risible est atteint. ?Il est arrivé que nos adversaires copient ce que nous voulons faire. Cela a été le cas pour notre projet de démocratisation de l?économie?, soutient-il. Cet argument démontre un mépris pour le citoyen auquel on sollicite un vote.
Tous les principaux partis partagent, dans les grandes lignes, les mêmes orientations politiques. Cela ne sert à rien de nous ressasser que tel leader prône l?harmonie nationale, tel un autre favorisera la démocratisation de l?économie ou que tel autre ?uvrera pour la justice sociale. Il nous faut savoir comment et avec quels moyens ils y parviendront. Sans ces détails, le processus démocratique est vicié, l?électeur ne possède pas les outils qui lui permettront de faire un choix intelligent.
Il faut espérer que cette démarche du PTr d?entourer son programme électoral du flou le plus total ne relève pas en fait d?une posture visant à cacher l?absence de propositions concrètes. Comme il ne peut venir dire à ses partisans qu?il fera de l?improvisation s?il arrive aux affaires, il est réduit à trouver un subterfuge : ?Ils nous copieront !?
Par définition, un homme public ne peut ériger le secret en principe de vie. Il doit enrichir le débat en expliquant comment il fera face aux défis qui assaillent la nation. Le PTr critique avec raison les manquements du gouvernement sur le grave problème du chômage. Mais, alors que le pays prend conscience, à travers les sondages, que le PTr est un sérieux challenger de l?alliance au pouvoir, nous ne savons toujours pas comment Navin Ramgoolam combattra, par exemple, l?ogre chinois pour rétablir les emplois dans le textile. Son charisme et ses capacités de mystification tiendront-ils lieu de programme ?
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