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Les opportunistes

25 février 2005, 00:00

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Il fut celui qui déclara que la politique est l?art du possible. Il a récidivé sur les antennes de Radio One, le 23 février, à l?occasion du 69e anniversaire du Parti travailliste. Répondant à une question d?un journaliste, le président d?honneur de ce parti n?a pas hésité à affirmer que le geste des démissionnaires du MSM était une man?uvre opportuniste. Dans le même souffle, Sir Satcam Boolell maintient que, si ces démissionnaires peuvent étoffer le gain électoral des Rouges, il n?y a aucune raison pour ce parti de se priver de leur soutien même si cela relève d?un calcul opportuniste. Il précise également que c?est l?opportunisme politique qui est à la base des alliances qui se font ou se défont.

De telles déclarations pourraient susciter de l?indignation chez certains. Ce serait simplement du cynisme et du réalisme politiques pour d?autres. Qu?importe. Si les déclarations de l?un des plus illustres politiciens de ce pays laissaient indifférentes, elles prouveraient que l?anormal est devenu la norme. Que plus rien ne devrait nous choquer des politiques. Au mieux, nous n?en rirons qu?un peu plus. Mais une telle affirmation est déjà un acte de condamnation. On a l?impression d?avoir affaire à une voiture qui a délaissé les autoroutes des grandes idées pour rouler sur les trottoirs de basses pratiques.

Dans les faits, Sir Satcam Boolell a raison. Et c?est ce qui est regrettable. La politique à Maurice rime avec opportunisme. Il est bon de rappeler qu?être opportuniste, c?est profiter des circonstances, c?est monnayer ses principes pour faire triompher ses intérêts ponctuels. Les exercices de définition font ressortir une constante : la vision et les idées sont subordonnées aux gains immédiats. Nos politiques devront contredire Sir Satcam Boolell s?ils veulent nous convaincre du contraire. Ce sera difficile de le faire. Cet artiste, qui n?est plus tellement sur la scène, n?en demeure pas moins un ténor de la politique mauricienne et un bon baromètre de l?humeur des électeurs.

A ce titre, son pragmatisme et son réalisme ne finissent pas de résonner comme autant de fatalités auxquelles se soumettent nos politiques. Il n?y a plus rien à changer dans la manière de faire de la politique. Sun Trust, dit-il, est aux Jugnauth comme il aurait pu ajouter que le travaillisme est la chasse gardée des Ramgoolam. Et quid des Boolell, des Gayan, des Cuttaree? de tous ceux qui cultivent la frustration comme seule nourriture spirituelle de leur engagement politique ?

Autant alors se livrer allègrement à l?opportunisme, au clientélisme et au populisme. Si la valeur intrinsèque des hommes, si la noblesse des idées ne valent plus rien, il ne reste que le pouvoir ou des restes de pouvoir à grapiller. De l?autre côté du miroir, lorsqu?ils se regardent, ces politiques ont bien l?impression de remplir des fonctions ingrates. Premières cibles des pires critiques, ils restent souvent, à leur plus grand honneur, stoïques. C?est qu?ils ont aussi pris l?habitude de ces piques qui interrogent leur manière de fonctionner. Ils en sont presque immunisés.

Alors ils regardent ces autres acteurs qui, de la société civile aux médias en passant par les ONG et les électeurs, ne sont pas moins conformistes qu?eux. Mais il y a une différence et elle est de taille. Ceux-là n?ont pas entièrement renoncé à leur âme pour ériger l?opportunisme en mode de vie. Ceux-là n?arrivent pas toujours au pas de course, l?air important, la démarche grave et pressée, pour sauver le monde en bons opportunistes.

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