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Offrande à la grande âme
Lui, il avait 11 ans. Plus vraiment un enfant, pas encore un adolescent. Mais il n?y a pas d?âge pour se forger des convictions. Pour trouver sa voie : celle de la compassion. A 11 ans, Pola Gova l?anonyme a goûté à sa part de sel. Minéral de la liberté, cristaux pour enrayer la mécanique de l?impérialisme anglais. Un sel chauffé au creux de la paume du Mahatma, la ?grande âme.?
L?arôme lui en est resté. Marque indélébile dans la chair de l?enfant ? survivant, aujourd?hui témoin vaillant. Le premier à figurer dans le documentaire d?Alain Gordon Gentil sur la marche vers l?indépendance de l?Inde.
Le 12 mars 1930, Mohandas Karamchand Gandhi débutait la Marche du Sel. Cheminement idéologique pour mettre en déroute l?impérialisme britannique. Soixante-quinze ans plus tard, Alain Gordon Gentil a retrouvé Pola Gova, maintenant âgé de 91 ans. Lui a donné l?occasion de réitérer que ?depuis la mort du Mahatma le 30 janvier 1948, il s?est juré de continuer à sa manière son ?uvre.?
Paroles d?un ?pur?, d?un jeune musulman qui quitte son pays natal, le Pakistan, le lendemain de l?assassinat de Gandhi et jure qu?il finira ses jours dans l?ashram du Mahatma à Sabarmati. ?Plus de 50 ans après il est toujours là. C?est dans ce lieu qu?il puise la force de soulager la misère des autres. Sa vie, il l?a réglé sur celle de son Bapu. A 91 ans, quand il ne dort pas à l?ashram, il traverse à bicyclette le Gujrat, apportant du réconfort aux hommes au nom du Mahatma.?
Le journaliste et romancier a adapté son écriture aux exigences du documentaire pour ?régler ses pas sur ceux d?un homme qui a vécu jusqu?à l?ultime les exigences de sa conscience.? Son projet : faire les 400 kilomètres entre Sabarmati et Dandi ? le trajet de la Marche du Sel ? la terre du Mahatma. Montrer en l?espace de 52 minutes cette ?marche qui déclenchera le mouvement d?indépendance de l?Inde. Une marche qui appelle à la désobéissance civile en demandant aux citoyens de se procurer le sel qui appartient à l?empire britannique.?
Point de vue adopté : celui d?un narrateur qui ne fait pas mystère de son admiration pour le Mahatma. ?Gandhi est un personnage central de ma vie. Je suis fasciné par son boutisme frisant le radicalisme.? Un narrateur qui 75 ans après les faits, refait la marche avec les moyens du bord.
Les repérages terminés, le tournage débutera le 5 mars prochain. Si la date initiale de diffusion voulait jouer à fond le symbolisme ? le 12 mars 2005 ? force est de reconnaître que les impératifs ne production ne le permettront pas. ?Ce documentaire n?est pas pour le marché mauricien insiste?, Alain Gordon Gentil.
Rasséréné par ses contacts avec Pola Gova, Ella et Aruna Gandhi, petite fille et petit-fils du Mahatma, le concepteur du documentaire mettra du sel dans son voyage initiatique en les suivant en Inde, notamment le 12 mars prochain. Sous forme de road movie, le documentaire débutera sur le mode interrogatif.
?Qui vais-je rencontrer sur cette route désertée par le temps ?? Poussé par sa quête de l?essence de la ?vraie? non-violence, Alain Gordon Gentil dirigera ses pas vers cet ailleurs jonché de ?phrases semences qui se déposent en vous et germent sans attendre les pluies de vos moussons intimes.?
Un propos qui devrait avoir pour voix off celle du comédien français Jacques Weber. Une voix, un charisme, une valeur ajoutée, ?juste essayer de savoir si c?était une âme devenue homme ou un homme devenu âme.? Un parcours à l?aune de la renonciation, d?une ?idée extravagante où se mélangent geste de défi, geste de symbole, geste politique.?
Le scénario d?Alain Gordon Gentil se veut un récit honnête où le parti pris de l?admiration est assumé au point où, ?ce ne sont pas des paroles qui répondent aux interrogations mais des sensations.? Celles de la sérénité, du silence intérieur. Force tranquille qui à coup de résistance non-violente devient révolutionnaire.
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