Publicité
Femmes et politique entre vouloir et pouvoir...
Par
Partager cet article
Femmes et politique entre vouloir et pouvoir...
Pour certains c?est une vieille querelle qui revient sur le tapis. Pour d?autres, c?est une révolution qui ne fait que commencer. Le débat sur la place des femmes dans la vie politique mauricienne est plus que jamais à l?ordre du jour. Media Watch Organisation s?est jointe au combat, en organisant une semaine d?ateliers de travail sur le sujet. Cela va-t-il marquer un tournant dans la composition du personnel politique en septembre prochain ?
Si tel est le but recherché, il y a encore du boulot. À ce rythme, avec un pourcentage de 5 . 7 % de femme au Parlement, nous risquons comme « la Belle au Bois dormant » d?attendre longtemps avant de nous réveiller avec les 30 % de représentativité féminine prônée. C?est en tout cas un constat unanime, sans pour autant être un sentiment défaitiste. « On tourne en rond. L?effort est encore timide. Pour rattraper le retard il faut taper fort », avance Sheila Baphoo. Certes les relations entre les femmes et le pouvoir politique sont difficiles.
Où est-ce que cela se corse ? En fin de compte, est-ce que toutes ces femmes qui militent pour plus de justice, veulent entrer au Parlement ou se contentent-elles d?acrobaties théoriques sans vraiment vouloir aller au front ? « Les femmes sont intéressées par la politique au sens large du terme. Notamment à l?art et à la pratique de gouverner des sociétés humaines, car cela a un impact direct sur leurs vies et celles de leurs familles. Le pouvoir politique en tant que pouvoir de gouverner interpelle également les femmes, car dans un état de droit, c?est dans les structures de prise de décision que les changements peuvent s?opérer », réplique Josie Lapierre, présidente de Soroptimist International ? Port-Louis.
Les réponses sont claires : les femmes veulent se faire une place en politique. Mais le hic, ce sont les embûches et les réticences des messieurs.
Misogynie des hommes, c?est le leitmotiv des femmes. « L?homme politique mauricien est gourmand de pouvoir. La femme moins, de par son éducation. Elle veut entrer en politique pour construire. Mais combien d?hommes veulent bien être éconduits pour cause de parité ? », interroge Shakuntala Boolell, chargée de cours à l?université de Maurice.
Mentalités machistes et sexisme latent
Même son de cloche du côté de l?ancienne maire de Quatre-Bornes, Renuka Brigemohane : « Les femmes sont prêtes, mais il reste ce fossé entre vouloir et pouvoir. Pour que les femmes aient leur place, il faut qu?il y ait des hommes qui cèdent. Combien sont prêts à le faire ? Il y a beaucoup de mere talk sans grande conviction. » Dulari Jugnarain, politicienne et travailleuse sociale considère que « it?s a man world ». Les hommes se sentent menacés par les femmes et ils se braquent.
Nos intervenantes s?accordent à dire que s?il y a eu des changements dans la mentalité, les femmes butent encore contre des mentalités machistes et un sexisme latent. Elles reprochent même à ceux qui prônent dans leurs discours une volonté de parité, de ne pas en faire autant au niveau des actes. Elles appellent ainsi à rompre avec le double langage.
« Il ne suffit pas de faire de la place symboliquement pour une ou deux femmes », lâche Sheila Baphoo qui est pour qu?on légifère sur les quotas. L?ancienne ministre considère qu?on ne crée pas des conditions pour attirer la femme et qu?on nourrit cette perception que la politique n?est pas faite pour les femme, voire que c?est quelque chose de malpropre.
C?est le cas si l?on en croit les dires de Kalyanee Jugoo Virahsamy et d?Indira Devi Gyaram, de l?aile féminine du Parti travailliste. « La Mauricienne a de plus en plus confiance en elle. Mais il y a encore beaucoup à changer dans la culture. Nous avons été sur le terrain et nous pouvons vous dire que nous passons beaucoup de misères. À part les grossièretés qu?on dit sur vous, on vous dénigre, on essaye de vous intimider. »
Cela rejoint l?opinion de Josie Lapierre qui trouve que les campagnes menées à Maurice semblent souvent être liées à des attaques essentiellement personnelles.
« Mais le plus difficile à gérer reste, sans doute, au niveau de l?acceptation de la femme en tant qu?acteur politique au sein de la société mauricienne. D?où la nécessité d?un changement réel des mentalités au niveau de la société et des décideurs. »
Concilier vie familiale et vie politique
Shakuntala Boolell voit, dans ce sens-là, un paradoxe dans l?intérêt de la femme en politique. « La femme professionnelle et instruite ne se donne pas un vrai rôle. Elle ne veut pas se mouiller. Non pas qu?elle ne soit pas à la hauteur, mais elle a des appréhensions par rapport à l?image publique. Elle reste dans les coulisses, car elle ne supporte pas qu?on voit sa féminité ou sa beauté avant son côté intellectuel. »
Rajni Lallah de Lalit explique, de son côté, que les femmes ont besoin de structures pour les accueillir et des partis qui ont un programme. « Je crois que les partis traditionnels qui ont un lobby business n?intéressent pas les femmes. Par contre chez Lalit, il y a un tiers de femmes activistes parce que nous sommes axés sur le progrès économique et social. » Par ailleurs, comme le fait ressortir Josie Lapierre, les femmes qui sont intéressées savent également qu?elles doivent adhérer à un des « grands » partis si elles veulent être élues : « Dans le contexte actuel, on peut se demander si des places leur seront cédées? »
Là où ça se corse encore plus, ce sont les polémiques entre femmes de différents bords, alors que cette lutte devrait se faire au-delà des partis.
Concilier vie familiale et vie politique, voilà une autre barrière qu?on veut faire tomber. « Quoi qu?on dise, une femme ne peut pas fuir ses responsabilités familiales. Il lui faut le support de sa famille, et équilibrer son temps pour pouvoir faire de la politique sans négliger sa famille. Cette balance est tout à fait possible, je l?ai fait », affirme Sheila Baphoo.
Profession : femme politique ? Quel genre de femme aimerait-on voir finalement sur la scène politique ? « Il faut qu?elle ait de la conviction, qu?elle comprenne la chose politique. On ne fait pas de la politique pour le statut, mais pour servir dans la justice sociale », soutient Sheila Baphoo. Le modèle de Shakuntala Boolell ? Ce n?est autre qu?Hilary Clinton. « Ca doit être une femme qui n?a pas froid aux yeux. Elle va au devant de la scène, a le courage de contester la politique masculine sans perdre son âme. C?est une femme audacieuse de par la parole et la personnalité. Ce n?est pas une suiveuse. Elle doit maîtriser ses dossiers », pense-t-elle.
Pour Kalyanee Jugoo, la femme doit garder ses spécificités et ne pas faire de la politique masculine. « Quelqu?un disait que les femmes devraient faire comme les hommes. Au lieu de demander la parole, elles devraient la prendre. Je ne suis pas d?accord avec ça. Allons-nous recopier le schéma masculin ? »
Josie Lapierre voit une femme à part entière fondamentalement attachée à la construction de l?unité, dans le respect de la différence et des droits humains : « Une femme qui croit à la justice sociale et à la paix. Dans tous les cas de figure, je n?en attends pas moins d?un homme politique. » À candidates potentielles salut !
Publicité
Publicité
Les plus récents