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Le nouvel agent des rouges
Dans la partie de poker qui s?est engagée, l?alliance gouvernementale a déjà brûlé quelques bonnes cartes. Ce n?est pas tant les défections au sein du MSM qui lui font autant tort que certaines erreurs de calcul. Une projection dans le temps, dans la période post-élection 2005 avec une éventuelle défaite de l?alliance MSM-MMM, devrait mettre en scène des analyses suivantes.
Cette possible défaite sera imputée aux mouvements d?humeur incontrôlés du leader de l?alliance, à ses paroles qui précèdent une pensée réfléchie, à ses impatiences qui trahissent un certain nombrilisme et ses exaspérations qui seront prises pour des expressions d?arrogance.
C?est ce dont on est témoin dans les rangs du gouvernement ces derniers temps. À l?image du leader mauve, les élus de la majorité sont devenus les meilleurs agents de l?opposition. Ils s?énervent non pas parce qu?ils craignent le pire mais parce qu?ils ont l?impression de rester des incompris. C?est le mal Bérenger qui se répand dans le camp gouvernemental. Qu?est-ce que c?est ? Comment se faire aimer lorsqu?on est un pudique et un timide ?
Finalement, à trop vouloir se faire aimer, il finit par commettre des erreurs bêtes parce qu?il se défend de rechercher cet amour défendu. D?autant plus qu?il a toujours l?impression qu?il mérite bien cette reconnaissance. N?a-t-il pas apporté tant de choses à ce pays à travers le temps ? N?est-il pas un Premier ministre appliqué, rigoureux qui fait de son mieux pour servir son pays ? Et voilà qu?on n?arrête pas de le critiquer?
Même s?il prête le flanc parfois, il se dit qu?il mérite bien une certaine indulgence. Pourquoi donc chercher continuellement la petite bête alors, qu?à côté, tant d?efforts sont fournis pour moderniser le pays ? Ce serait donc pour lui des signes de frustration d?esprits étroits, voire malhonnêtes. Alors il décide, par exemple, de ne plus accorder d?interview à la presse. Il sera le seul à déterminer sa parole. Il tonne contre les syndicalistes qui ne font pas l?effort de comprendre sa lecture critique des situations données. Il s?en prend même aux ONG pour leur amateurisme ou leur approche superficielle et purement revendicatrice.
C?est ainsi qu?il se dit. Très austère lorsqu?il commence ses conférences de presse. Là, il sermonne, se montre sévère, distribue les bons et mauvais points. Il n?est pas séduisant mais c?est comme ça qu?il croit qu?il faut être. Ce sont des idées et des images qu?il s?est fabriquées dans sa tête. Il a l?impression d?avoir fait passer le message.
Et puis, c?est l?heure des questions. Comme par magie, il est plus détendu. Il fait sourire, voire rire. L?homme programmé cède la place à un politicien spontané et c?est ainsi
qu?il devient plus sympathique. Sauf que ce n?est pas le personnage qu?il a voulu projeter. Il croit en d?autres rapports de force. Quand on a la conviction d?avoir raison, on devient un être exigeant parce, qu?au fond, on se dit qu?on a légitimement le droit d?être exigeant envers les autres. Pourtant, on réagit ainsi seulement lorsqu?on reste un petit chef de bande. Lorsqu?on devient un chef d?État, même ses plus vifs contradicteurs ne sont jamais éconduits. C?est cette sagesse politique qui fait les grands hommes.
Pour cela, il faut avoir de la hauteur, de la distance et une capacité à saisir l?essence des choses dans l?instant présent. Certes n?est pas le mahatma Gandhi ou Nelson Mandela qui veut.
Mais on aspirait à autre chose que ce qu?on a connu jusqu?ici. C?est ainsi que le respect des convenances de nos anciens leaders politiques est apparu comme une qualité rare.
C?est un homme de vision qui donne une ambition à une nation et qui fédère toute une population à son projet.
Pour l?instant, ce que Paul Bérenger fait de mieux, c?est d?être le meilleur agent de l?opposition?
Une fois de plus, il se demandera quelles sont ces élucubrations d?hommes installés dans des tours d?ivoire alors que lui est si conscient de la réalité mauricienne !
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