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« Bachoo n?a pas eu le courage de ses opinions »

20 février 2005, 00:00

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Le Mouvement socialiste militant (MSM) vient de passer par une contestation entraînant la démission de quatre parlementaires. Ne serait-il pas plus sage de permettre à vos militants de se prononcer sur le leadership du parti ?

À suivre votre logique, tous les leaders devraient déposer leur tablier à chaque fois qu?il y a dissidence. Le leadership détient la légitimité nécessaire. Au contraire, c?est au parti de tirer les leçons qui s?imposent de ces remous, de se servir de cette dissidence pour rebondir et se consolider.

C?est ce que nous entreprenons actuellement. Le bureau politique s?est réuni à plusieurs reprises et nous assistons à un sursaut. Ceux qui sont fidèles et loyaux à l?esprit et à la mission du parti sont révoltés.

Révoltés contre qui ?

Contre Anil Bachoo et ceux qui lui ont emboîté le pas. Nous reprochons surtout à notre ami Bachoo cette attitude de « pena nanrien, tou korek » qu?il n?a cessé d?adopter. Il n?a pas eu le courage de dire ce qu?il avait sur le c?ur. Il me laisse l?impression d?avoir voulu miner le parti de l?intérieur.

À sa place, j?aurais déclaré ce que j?ai à dire à l?intérieur du parti, quitte à provoquer la confrontation dans le dialogue, pour le bien du MSM.

À sa conférence de presse de vendredi, il déclare avoir donné à Pravind Jugnauth le temps de s?affirmer. Mais ce dernier n?a pas été à la hauteur et n?a pas su être à l?écoute?

Ce n?est pas tout de dire que Pravind Jugnauth n?a pas su écouter. Que je sache, Anil Bachoo n?a jamais fait de propositions de réforme. Il n?est pas suffisant d?affirmer qu?il faut changer. S?il pense sincèrement que le parti aurait dû changer de cap, il aurait dû partager son analyse. Il aurait dû proposer des solutions, ainsi que la stratégie qu?il convient d?adopter, pour arriver à ce qu?il pense qu?il faut atteindre. Non pas se contenter de dire que « tou korek. » Il aurait dû jouer franc jeu.

Si on l?avait écouté, on serait arrivé au mois de mai sans que rien ne se passe. D?ici là, il aurait fait davantage de tort au parti. Le leader a bien fait d?exiger qu?il se décide au plus vite. Il fallait assainir la situation une fois pour toutes.

Samedi 28 janvier, au Sun Trust, Pravind Jugnauth avait annoncé que Bachoo tiendrait une conférence de presse pour clarifier la situation. N?y a-t-il pas eu bluff de sa part ?

Nullement. Au contraire, je salue la bonne foi du leader. Si un des dirigeants avec qui vous avez milité contre vents et marées pendant une dizaine d?années vous donne sa parole et vous dit qu?il va s?expliquer à la presse, comment voulez-vous mettre de tels propos en doute ?

À quelques mois de la dissolution du Parlement, la réforme électorale présentée au départ comme une des pièces maîtresses du programme de l?alliance gouvernementale se fait toujours attendre. Pourquoi le MSM a-t-il si peur de la représentation proportionnelle ?

Il ne faut pas se limiter à la réforme électorale, même si je conçois que ce soit une étape importante pour l?avancement de notre démocratie. Nous avons su mener à bien plusieurs importants chantiers, tant dans le domaine de l?éducation, que dans le secteur sucrier, la formation, la libéralisation des ondes, la régionalisation.

Mais quid de la réforme électorale ?

Une réforme d?une telle envergure ne peut se faire à la légère. Les discussions continuent. Nous travaillons encore sur une formule qui soit juste et équitable. La volonté est toujours là. La question est de savoir si nous parviendrons à un consensus dans les délais nécessaires.

Anil Bachoo et les démissionnaires du MSM, reprochent au leader de se laisser influencer par une clique. Qu?avez-vous à répondre ?

C?est un argument fallacieux. Le MSM est au contraire un parti de dialogue. Nous avons un leader qui sait écouter et une équipe. Notre force, c?est que nous avons su instaurer un climat qui favorise le débat. Pendant toute cette phase de turbulences, Pravind Jugnauth s?est fait un devoir de rencontrer individuellement chaque membre du bureau politique.

Le groupe reproche également à Pravind Jugnauth de ne pas défendre suffisamment les nominés du MSM qui ont été placés dans des positions décisionnelles?

Permettez-moi là encore de m?inscrire en faux. Une bonne synergie s?est dégagée au fil des années. Il existe peut-être une autre perception chez nos sympathisants. Il y a eu un effort constant pour que le partage puisse satisfaire les deux formations. Ce n?est pas quelque chose de figé. C?est un on-going exercise, car beaucoup d?hommes et de femmes sont appelés à servir dans de nombreuses structures.

À sa conférence de vendredi, Anil Bachoo a cité les noms de certaines personnes postées dans des missions diplomatiques qui ont récemment été remplacées. Mais là encore, il évite de préciser que sur les quatre ambassadeurs à qui on a demandé de rentrer, deux sont du Mouvement militant mauricien (MMM) et deux du MSM.

Le mandat de l?alliance au pouvoir tire à sa fin. On a jusqu?ici très peu parlé de programme gouvernemental pour les prochaines élections?

Nous y travaillons. Notre programme s?appuiera dans une large mesure sur ce que nous avons accompli. Les précédents budgets ont, d?une certaine manière, balisé le terrain et souligné les grands enjeux de l?île Maurice de demain. Ce sont notamment les exigences de la mondialisation, la réforme du secteur textile, la nouvelle économie, la place de Maurice dans la région, l?émergence du Mauricien de 2015.

Paul Bérenger a évoqué sa fameuse « winning formula » depuis plus de dix mois. Qu?en est-il exactement ?

Il y a eu depuis des discussions entre les leaders de nos deux partis. Ils consultent à leur tour les dirigeants du MMM et du MSM. Je laisse à Paul Bérenger et à Pravind Jugnauth la sagesse de finaliser le tout.

La formule sera annoncée conjointement par ces deux leaders une fois que l?on sera sûr qu?elle est à l?avantage du pays et de l?alliance MSM-MMM. Elle s?échafaudera sur deux points essentiels : l?esprit de partage et l?avènement de Pravind Jugnauth comme Premier ministre en 2008.

Pour atteindre 2008, encore faut-il que cette alliance remporte les élections de 2005?

Je suis convaincu que nous remporterons la victoire. Je vois mal comment le leader de l?opposition, Navin Ramgoolam, et tous ceux qui gravitent autour de lui, pourront faire mieux que ce que nous avons réalisé sur le pan de la démocratie, de la réforme sucrière, de la réforme éducative, de la formation et j?en passe.

Lorsque l?on posera, le moment venu, les vraies questions, les gens sauront faire la différence. Je fais confiance à l?intelligence de l?électorat et à l?esprit positif du Mauricien.

Propos recueillis par Renaud MARIE

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