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Vuillemin ou la descente dans l?enfer de la misère

20 février 2005, 00:00

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Douze masures en tôle et en bois sont posées à la lisière d?une forêt d?épicéas, à Vuillemin. Perchées sur un terrain accidenté, loin des regards, ces maisonnettes détonnent par leur délabrement. Construites à partir de fûts d?huiles récupérés et rafistolés de bouts de plastique, elles offrent un triste spectacle. C?est pourtant ici, que vivent, depuis cinq ans, une quarantaine d?hommes, de femmes et d?enfants. Dans le dénuement et les ordures.

Pourtant, leur vie a connu un semblant d?amélioration. Les autorités ont aménagé un robinet, en bas du sentier escarpé, à quelques mètres des cabanes. Il y a trois semaines encore, les femmes puisaient l?eau nécessaire à leurs besoins domestiques dans la rivière Nursery, polluée par les détritus. C?est aussi dans cette rivière qu?elles lavent leur linge?

Pour avoir trop longtemps bu cette eau, elles affirment aujourd?hui en payer les conséquences. « Nou gagne l?estomac fermal, diarrhée. Banne zenfants gagne colique, vomissement. Boucoup fine ramasse la gratelle», raconte Claudia Omar. Elle se souvient de l?époque où les enfants avaient été isolés comme des pestiférés à l?école? Depuis, les démangeaisons ont laissé place aux cicatrices indélébiles. Mais les gamins continuent à gambader pieds nus dans la gadoue.

Sous-alimentés, les trente-cinq petits sont exposés aux maladies. Jessica, 4 ans, montre des signes évidents de malnutrition. Son ventre est gonflé comme ces enfants des pays africains, touchés par la famine. « On mange quand nos maris rapportent de quoi faire bouillir la marmite. Sinon on se couche le ventre vide. »

L?avenir est aussi incertain pour les bébés à naître. Enceinte de sept mois, Marie Potiron se plaint de saignements répétés et coure le risque de faire une fausse couche. « Les nouveaux-nés sont d?une taille anormalement petite parce que leurs mères sont privées d?une nourriture équilibrée, riche en fer. Les femmes sont aussi exposées aux maladies infectieuses. Au dispensaire où elles sont suivies, le traitement est sommaire?» affirme le Dr Veyasen Pyneeandee, gynécologue. Ajoutez à cela, poursuit-il, un mode de vie pénible et vous obtenez tous les facteurs à risques pour une fausse couche? Président de l?Action humanitaire mauricienne, il les suit gratuitement.

La boue s?infiltre comme une malédiction

Mais tant que ces personnes vivront ici, elles devront subir les affres de la pauvreté. « Cela fait des lustres que ces familles ont soumis une demande à la NHDC pour être relogées», soupire Vijay Jhummun, travailleur social. Beaucoup ont atterri là à cause de déboires familiaux. Maçons ou laboureurs, les hommes n?exercent que des métiers aléatoires? Les femmes, sans instruction, apportent leur contribution au ménage en effectuant des petits boulots.

Mais il arrive qu?aucun des parents ne travaille. C?est le cas de Marie Perrine, mère de sept enfants, atteinte d?une bronchite depuis une quinzaine de jours. Pas étonnant. Sa case, déjà trouée comme une passoire, est assaillie de courants d?air. Avec l?eau qui s?infiltre partout, la boue omniprésente, les lieux sont d?une insalubrité intenable. « Pé bisin tir moutouk en bas? », souffle la jeune femme de 36 ans, enceinte pour la huitième fois.

Parce qu?elle n?a pas d?argent, ses gamins ne vont pas à l?école. Comme Bianca. A 14 ans, elle ne va plus au collège. L?adolescente, le visage ravagé par une maladie de peau, se contente de s?occuper de ses frères et s?urs. Parfois, elle va récolter des pommes de terre lorsque les planteurs de la région recherchent de la main-d??uvre bon marché. Les yeux dans le brouillard, elle confond Quatre-Bornes et Sébastopol, quand on lui demande où elle va travailler?

Dehors, la boue s?infiltre et se dépose partout, comme une malédiction dont on n?arrive pas à se défaire. Touchées par leur extrême pauvreté, les ONG de la localité apportent une aide alimentaire à ces familles. Mais pour combien de temps encore pourront-elles supporter cette vie ?

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