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Kaya six années après ...
Mais alors que le reggae de Marley rayonne aujourd'hui dans le monde entier, le seggae semble s'être perdu en route, déboussolé par la mort brutale de son génial inventeur. Que reste-t-il ce rythme made in Mauritius? C'est aujourd'hui un souvenir, un vieux rêve qui ne demande qu'à redevenir réalité. Le seggae n'est pas mort, il est endormi. Comme Kaya, pensent certains.
Le seggae, mélange de séga et de reggae n'a pas disparu. On l'entend encore, ici et là, pas en tant que genre musical à part entière mais plutôt en tant qu'hommage. Une sorte de patrimoine que certains artistes tentent de préserver en lui consacrant quelques plages sur leurs platines.
C'est le cas d'Ottentik Street Brothers par exemple, qui a fait de la chanson titre de son dernier album, Revey Twa, un seggae. C'est aussi le cas de leur protégé, Alpha Oméga, alias Ras Mayul. Petit dernier de la clique à Bruno Raya, dont le premier album faisait entendre à nouveau un rythme de chez nous.
D'autres, comme Ton Vyé ou le groupe Natir, dont la musique est profondément ancrée dans l'esprit reggae, peuvent prétendre à la succession musicale de Kaya.
"Mais les sons sont différents", note Percy Yip tong, le premier producteur de Kaya. ?Ils ont chacun leur propre son, plus reggae pour les uns, plus ragga pour les autres". Ce ne sera jamais pareil. "Des hommes comme Kaya, il y en a un par siècle". Mais il est mort trop tôt, justement à la veille d'un siècle nouveau qu'il aurait pu éclairer davantage.
Aujourd'hui, les groupes de musique subissent les fortes influences occidentales. Ils se font nommer Gangsta, Ultimatum, Benz Blakka, Nigga, Master Kool B. leurs musiques se ressemblent, leurs messages aussi.
Là où Kaya parvenait à innover, dans les paroles comme dans la musique, aujourd'hui, on se recycle. Les refrains aux accents américains ont un peu pris le dessus. Et ça se vend bien. ça se pirate bien aussi.
D'où le manque d'initiative de certains, peut-être découragés. Quel jeune artiste, en se souvenant du destin de Kaya, et face au fléau qu'est le piratage, aurait vraiment le courage de se lancer dans cette voie, d'innover?
Qu'aurait chanté Kaya?
Percy Yip tong admet que jusqu'ici, ?aucun n'a eu la force politique qu'avait Kaya?. On n?attend pas forcément un nouveau Réginald Topize, mais un esprit peut-être aussi libre de chanter sa vérité. En attendant, le ragga fait rage et le seggae reprend son souffle, ou plutôt attend un nouveau souffle.
Au moins, personne n'a oublié ce son, purement mauricien, le seggae des débuts de Kaya. On aime toujours autant le seggae, comme on aime, tout simplement le séga. Comme dirait Bruno Raya, leader d'OSB : "Seggae li pas mort. Le vibe mauricien li toujours là. Seggae, li nou mot de passe, faudé pas laisse li tombé".
Mais pour l'instant, peu d'artistes peuvent prétendre prendre à la relève. Ses héritiers musicaux directs sont morts eux aussi. Reste tous ceux qui l'ont admiré. Dario Lascie par exemple, qui lancera pour l'anniversaire de la mort de Kaya, un album hommage (voir pp 22-23), se dit en mesure de reprendre le flambeau.
Rebelle dans l'âme, il dit vouloir "faire passer des messages positifs dans ses textes, faire la révolte avec les mots et pas avec les points, défier la société mauricienne avec sa musique. Je ne suis pas Kaya, mais je veux faire comprendre qu'il est toujours là".
Pour Bruno Raya, "la relève, c'est tout ban artistes qui content seggae. C'est tout ban jeunes ki pé lévé. Et éna beaucoup ti kaya. Faire kouma li, li difficile, mais la relève, c'est sé ki amoureux so la musique. Il faut les encourager à continuer".
Les ?ti-Kaya? dont il parle, ce sont tous ces jeunes musiciens pleins de talents issus des cités des faubourgs de Port-Louis ou Rose-Hill. Ils rêvent autant de Kaya que de Bob Marley.
Mais il faut pas s'arrêter là. Il faut les encourager comme dit Bruno Raya. Eux et tous les autres car si le seggae est une musique si mauricienne, tous peuvent prétendre à la relève.
C'est aussi une musique, typique, originale, qui pourrait ouvrir les portes du marché international. Le simé la limière est tracé, depuis six ans déjà. Il serait temps de le suivre.
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