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B.P. 247

17 février 2005, 00:00

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Lettre ouverte aux lauréats de la cuvée 2005

Recevez toutes nos félicitations pour vos efforts car dans la route vers l?excellence, il n?y a pas de limite de vitesse. Vos sacrifices, motivations, discipline envers les études académiques ont sûrement débuté très tôt, peut-être à l?école primaire, accompagnés de vos parents et de vos enseignants. Vous êtes au sommet d?une pyramide mais la route est encore longue : études universitaires, marché du travail, etc. Vous aurez l?occasion de vous épanouir pleinement à l?étranger. De nos jours, le mot ?élite? dans le contexte éducatif est souvent mal interprété par les politiciens mais dans tous les pays développés, surtout dans le monde médical, il faut bien former une élite pour soigner la masse et non pas l?inverse. Malheureusement, à Maurice, ces dernières années, l?aspect business a pris le dessus sur la formation médicale et les professionnels de la santé, qui ont été formés avec rigueur dans des universités bien établies à travers le monde, sont attristés devant le niveau de formation de nombreux jeunes diplômés. Un examen (screening) théorique et pratique, conduit par un panel comme dans le Council of Legal Education aiderait beaucoup le pays dans l?intérêt des malades.

En tant que président de la Mauritius Dental Association (MDA) et membre du comité exécutif de la Société des médecins et des dentistes de l?Ecole française (SMEDEF) et comme patriote, j?aurais tellement souhaité de vous avoir à côté de nous après vos études dans les universités mondialement reconnues. Toutefois, surtout dans le domaine de la médecine dentaire, il y a des données à savoir avant votre retour à Maurice : -

Les statistiques publiées à l?effet qu?il y a un manque de dentistes (1 pour 8 000 habitants) sont complètement erronées car on a superposé le modèle européen à celui de Maurice. Malgré les recommandations du Tertiary Education Committee de juillet 2002 à l?effet que 7 à 8 dentistes par an seront suffisants pour les besoins du pays, il y a eu 2 écoles dentaires locales d?une capacité de 40 places qui ont ouvert leurs portes. Ajouté à cela, plus d?une centaine de dentistes rentreront à Maurice dans les prochaines années, principalement des universités de l?Europe de l?Est. La situation risque de devenir chaotique dans ce secteur.

La MDA a exprimé ouvertement ses réserves sur la qualité de l?enseignement dispensé dans ces établissement locaux. On a privilégié l?infrastructure (bâtiments, fauteuils dentaires) aux dépens du personnel enseignant.

Il n?y a aucun concours d?entrée (épreuve de sélection existant dans tous les pays développés avec un taux de réussite d?environ 20 %) et on a la possibilité de payer la totalité du cours avec une remise. Est-ce qu?on est en train d?acheter le certificat car les possibilités d?échecs existent à tous les niveaux dans les universités mondialement reconnues où la formation est pleine de rigueur car sinon c?est la santé des malades qui en ferait les frais ?

En retournant au pays, deux possibilités existent :

? Soit travailler pour l?Etat mais à un niveau de dentisterie très éloigné de celui où vous avez été formé. Il est important de noter qu?il y a des dentistes qui ont dû attendre un an et demi pour être embauchés car le recrutement d?un chirurgien-dentiste coûte très cher à l?Etat.

? Soit investir dans un cabinet privé moderne (Rs 1,5 à Rs 2 millions) avec tous les risques, surtout dans un contexte socioéconomique difficile.Les inconvénients suivants sont à retenir pour le privé :

a) Le niveau d?éducation dentaire très bas des malades (non-respect des rendez-vous, pas de visites de contrôle régulières, la non-valorisation de la consultation, du diagnostic et du plan de traitement).

b) Faire face à une concurrence illégale, immorale et déloyale d?un nombre de dentistes de l?Etat et aussi de ?braconniers?.

Les normes d?une clinique dentaire moderne n?étant pas définies par les autorités concernées, certaines cliniques dentaires doivent revoir complètement leurs systèmes de désinfection, de stérilisation ou leurs équipements médicaux (la radiographie étant essentielle au diagnostic).

Mes chers lauréats, c?est mon devoir de vous informer de la situation actuelle mais je peux vous assurer que le pays a encore besoin de bons chirurgiens-dentistes travaillant dans des cliniques dentaires modernes (technologies et matériaux).

Je vous souhaite bonne chance pour vos études et j?espère vous voir dans quelques années pour hisser la profession vers le haut.

<B>Dr SEEWOODHARRY BUGUTH</B>Chirurgien-dentiste

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