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Aslakah Callikan : J. Fanchette fait fausse route

3 février 2005, 00:00

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Les lecteurs, lisant régulièrement ces réminiscences d?il y a un quart de siècle savent que Jean Fanchette a jugé utile, à la fin de 1979, de tirer la sonnette d?alarme à propos de la situation de la langue et de la culture françaises à Maurice (Voir l?express du 14 janvier 2005). Mlle Aslakah Callikan lui donne la réplique en l?avertissant qu?il fait fausse route. Elle estime ridicule que l?auteur d?Alpha du Centaure fasse allusion à un prétendu déclin alors que jamais ?la pensée française n?a atteint un si haut niveau à Maurice?. Elle le prouve en faisant appel à la place proéminente du français dans la presse, dans le système éducatif, rendant obligatoire l?étude de cette langue, au nombre d?étudiants mauriciens optant pour des études universitaires en France, à la place du livre français dans les bibliothèques publiques, à la prééminence du français dans les émissions de la MCB/TV et radio.

Jean Fanchette a la nostalgie du ?bon vieux temps?. C?est un inconsolable du temps qui passe. Il déplore les ?mutations socio-politiques? ayant bouleversé les rapports entre l?île Maurice et la présence française. Mais ?mutation? n?est pas forcément ?régression?. Elle peut aussi signifier ?un pas en avant? comme dans le cas d?un pays, comme Maurice, accédant à l?indépendance politique. Le lien avec la France, loin d?être rompu, est, bien au contraire, renforcé car libéré des enchaînements anglicistes et colonialistes. Aslakah Callikan y voit toutefois une différence dans le fait que les nouveaux écrivains recherchent moins l?imitation que l?originalité et l?authenticité.

Sans rien renier de l?influence française, ils veulent s?abreuver à d?autres sources culturelles et spirituelles. Plus que jamais, l?île Maurice est un ?melting pot? au sein duquel chaque influence s?enrichit des richesses des autres courants de pensée. Il n?y a pas de quoi paniquer car loin de s?étioler langue et culture françaises se démocratisent et vivifient les différentes sphères de l?ensemble de la société mauricienne, comme jamais auparavant. Elles font désormais partie intégrante, non pas d?un patrimoine spécifique à certains mais pas aux autres, mais bien d?un héritage national. L?heure est donc à la réjouissance totale à moins de regretter qu?elles ne soient plus l?apanage de certains seulement et uniquement.

De nouveaux écrivains d?expression française et aux origines diverses entendent voler de leurs propres ailes, à l?instar de leurs homologues québécois, antillais, africains francophones, et exprimer leurs propres sensibilités. C?est dans le refus du ?prêt-à-porter? et de la facilité que réside la nouvelle force de la pensée française en pays francophones.

Aslakah Callikan fait allusion à Maurice Druon s?émerveillant que de simples coupeurs de cannes puissent s?exprimer dans un français d?aussi bonne tenue, d?où sa conviction que la langue française a encore de beaux jours à Maurice. Elle cite aussi quelques uns des innombrables Mauriciens d?origine indienne qui, à l?instar de l?intellectuel Sakir, au début du XXe siècle, prennent un réel plaisir à s?exprimer dans le français le plus châtié.

Aslakah Callikan trouve touchante la sollicitude des écrivains exilés pour leur île natale. Mais la distance géographique est mauvaise conseillère. Elle oblige à juger à partir de souvenirs et d?impressions et empêche de le faire à partir de la réalité. Difficile, en effet, de jauger avec exactitude le poids des différents facteurs mouvants, opération pourtant essentielle si l?on veut porter un jugement crédible.

Le moins qu?on puisse dire c?est que l?évolution culturelle et littéraire du quart de siècle suivant (1980-2005) ne peut que donner infiniment raison à Aslakah Callikan, devenue depuis Mme Proag. La pérennité de la présence française est majoritairement assurée, de nos jours, grâce à l?attachement de l?ensemble de la communauté mauricienne d?origine indienne pour la langue de Molière, le romantisme de Victor Hugo, le naturalisme d?Emile Zola, la spiritualité de Charles Péguy, la poésie de Rimbaud ou de Baudelaire ou encore pour l?influence philosophique d?Albert Camus. Elle est la passerelle pouvant unir la francophonie universelle à un milliard d?Indiens non-francophones. Cela, le parisianisme aurait tort de le sous-estimer.

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