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Le scrutin accélère le dégel entre Américains et Européens

3 février 2005, 00:00

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Le président George Bush a eu des entretiens téléphoniques avec Jacques Chirac et Gerhard Schröder, deux des plus fermes critiques de sa guerre contre Saddam Hussein. La volonté de surmonter les affrontements récents semble commune de part et d?autre de l?Atlantique.

Au lendemain des élections du 30 janvier en Irak, les querelles qui ont divisé l?Alliance atlantique et l?Union européenne à propos de l?intervention militaire dans ce pays semblaient remisées au placard.

Du moins la volonté a-t-elle été exprimée de surmonter les affrontements auxquels elle a donné lieu ces dernières années entre Occidentaux.

C?est de la part de l?administration américaine que le virage est le plus net. George Bush a téléphoné lundi, pour commenter ce scrutin, non seulement au premier ministre et au président irakiens, Iyad Allaoui et Ghazi Al-Yaouar, non seulement à son principal allié en Irak, Tony Blair, mais également à Jacques Chirac et à Gerhard Schröder, les deux dirigeants européens qui lui ont manqué dans son entreprise irakienne. Il y a quelques semaines encore, de tels contacts téléphoniques à Paris et à Berlin n?étaient pas imaginables : ni la France ni l?Allemagne n?étaient considérées comme des partenaires par Washington en ce qui concerne l?Irak. L?administration Bush a manifestement opté pour une restauration des liens transatlantiques lors du second mandat présidentiel.

Un autre signe de la volonté de Washington d?enterrer les rancunes est venu lundi du département d?Etat, annonçant que Condoleezza Rice avait choisi Paris pour faire, le 8 février, un important discours sur les relations euro-américaines. <Rice, qui commencera dans quelques jours une tournée au Proche-Orient et en Europe, ?veut faire ce discours à Paris parce qu?elle pense que c?est l?un des endroits où il y a beaucoup de débats et de discussions sur les Etats-Unis, sur l?Europe, sur nos objectifs communs, sur la manière de réaliser nos projets?, a déclaré son porte-parole, Richard Boucher. ?C?est une discussion qui a lieu en Europe, qui a lieu en France ; elle veut y participer et mettre ses idées sur la table?, a-t-il ajouté.

A l?Elysée, on soulignait lundi avec insistance que le dialogue avec Condoleezza Rice ?a toujours été constant et franc, même s?il a parfois été difficile?. Mme Rice, auteur présumé de la célèbre phrase ?Punir la France, ignorer l?Allemagne et pardonner à la Russie?, n?avait néanmoins jamais manifesté jusqu?ici une telle aspiration à l?échange avec les contestataires. Le scrutin de lundi en Irak est, depuis l?arrestation de Saddam Hussein, le premier événement dont les Etats-Unis puissent tirer quelque motif de satisfaction. C?est néanmoins un succès très partiel et qui ne règle rien.

Pour sortir d?un bourbier dans lequel ils restent englués, les Etats-Unis doivent transformer l?essai. Comme en d?autres épisodes de la crise irakienne, mais plus clairement que jamais, ils paraissent aujourd?hui trouver utile de se rapprocher d?analyses que précédemment ils méprisaient parce qu?elles n?étaient pas les leurs.

<B>Toute évolue</B>

Le président américain a ainsi abordé, lundi, avec ses interlocuteurs irakiens la nécessité de ?s?assurer désormais que le processus politique s?étende à tous les Irakiens, qu?ils aient voté ou non?, nécessité également soulignée dans les commentaires de la France et de tous les responsables européens. ?Ils ont parlé des moyens de s?assurer que les dirigeants sunnites, par exemple, soient associés à la rédaction de la Constitution et que le gouvernement soit représentatif des Irakiens?, a rapporté le porte-parole de la Maison Blanche.

La France avait prêché dans le vide pour cette évidence en temps utile, c?est-à-dire avant les élections, en prônant un processus politique aussi ?inclusif? que possible, en recommandant une politique d?ouverture résolue en direction de tous les secteurs de l?opinion irakienne qui récusent ou auraient renoncé à la violence. Non seulement elle n?avait pas été entendue, mais elle avait plus ou moins ouvertement été accusée ? depuis Iyad Allaoui jusqu?à Condoleezza Rice - de soutenir le terrorisme.

Est-il encore temps ? Mieux vaut tard que jamais, et on n?a guère d?autre choix que d?y croire encore.

Les dirigeants français ont mêlé leurs voix, lundi, à celles des autres Européens pour se féliciter du déroulement du scrutin de dimanche. ?Ces élections constituent une étape importante dans la reconstruction de l?Irak, la stratégie des groupes terroristes a en partie échoué?, a dit Jacques Chirac au téléphone à George Bush. Chirac ?a souligné que pour l?avenir il était important d?inclure tous les groupes qui renonçaient à la lutte armée, notamment dans l?élaboration de la Constitution?, a indiqué le porte-parole de l?Elysée. Il a également ?confirmé la disposition de la France à coopérer avec l?Irak, en particulier pour la formation des forces de sécurité ainsi que des hauts fonctionnaires?.

Que la ?disposition de la France? n?aille définitivement pas jusqu?à un engagement militaire en Irak ne lui vaut apparemment plus la hargne de Washington. Du côté français, le discours sur le retrait des troupes étrangères, que Paris présentait il y a quelques mois comme une condition nécessaire, sinon suffisante, à la pacification de ce pays, a complètement changé. La France réclamait une date de retrait aussi proche que possible ; elle se contente aujourd?hui d?une ?perspective de retrait? non datée. ?Soit on se focalise sur une date, sur un mécanisme très formel, explique-t-on aujourd?hui à l?Elysée ; soit on part du principe que les choses se feront progressivement, qu?il faut travailler étape par étape. C?est ce que nous faisons. Nous ne sommes pas là pour polémiquer systématiquement. Tout évolue.?

L?Irak n?est pas le seul dossier sur lequel la France, comme l?ensemble de l?Union européenne, ne veut pas manquer les nouvelles dispositions des Etats-Unis ?à écouter plutôt qu?à prescrire?, comme dit un diplomate français. Sur le Proche-Orient, on attend des Etats-Unis qu?ils s?impliquent davantage et mettent à profit un contexte passablement renouvelé sur place pour ramener Israéliens et Palestiniens à la table des négociations.

Sur l?Iran, où les Etats-Unis disent être dans une phase de policy review, de réexamen de leur politique, on attend qu?ils souscrivent à la démarche entreprise par la Grande-Bretagne, la France et l?Allemagne afin d?amener par la négociation Téhéran à renoncer à l?arme nucléaire. Sur l?aide au développement, la Grande-Bretagne et la France ont pris la tête en Europe d?un mouvement qui veut arracher une forme d?approbation de Washington.

Tous ces sujets (européens) seront au menu du dîner auquel George Bush a convié Jacques Chirac, le 21 février à Bruxelles. ?Dans la phase actuelle, les sujets sur lesquels nous pouvons travailler efficacement ensemble sont plus importants que les sujets de divergence?, explique un proche de Chirac. Comment était le ton de leur conversation téléphonique lundi ? ?Le ton ? Mais amical !?, répond-il, comme si cela allait de soi.

<B>CLAIRE TREAN</B>

FLASHBACK

<B>La crise de 2002-2003</B>

■ 29 janvier 2002. Le président George Bush déclare que l?Irak de Saddam Hussein fait partie de l??axe du Mal? des pays soutenant le terrorisme.

■ 30 juillet 2002. Rencontrant le chancelier allemand Gerhard Schröder, Jacques Chirac déclare qu?une guerre contre l?Irak doit être décidée par le Conseil de sécurité de l?ONU.

■8 novembre 2002. La résolution 1441 sur le désarmement irakien est votée à l?unanimité des membres du Conseil de sécurité.

■ 19 décembre 2002. Analyse à l?ONU du rapport irakien sur ses programmes d?armement. Washington y voit une ?violation patente? de la résolution 1441.

■17 mars 2003. A l?ONU, Londres et Washington retirent, faute de majorité, un projet de résolution permettant une guerre contre l?Irak. Celle-ci commence trois jours plus tard.

■ 9 avril 2003. Bagdad tombe devant les forces américaines.

■ 14 août 2003. La résolution 1500 de l?ONU approuve l?établissement, à Bagdad, du conseil de gouvernement transitoire de l?Irak, sans le reconnaître explicitement.

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