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Agression fatale de Mujeeb : l?instigateur donne sa version

2 février 2005, 20:00

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?Ena enn travay pou fer. Ena par milion ladan, apre zot kapav aret travay.? En élaborant ce plan avec ses trois acolytes, Prabhakar Takah ne pensait certes pas se faire prendre. Pourtant, moins de douze heures après le meurtre de l?homme d?affaires indien Mir Mujeeb, les quatre suspects sont derrière les barreaux.

Prabhakar Takah, un garde de sécurité de la firme Gray Security Services, embauché à la fin de l?année dernière après avoir été licencié d?un hôtel de Cap-Malheureux parce que soupçonné dans une affaire de vol, convoitait la richesse de la victime. Celle-ci était un client de son employeur. Il a donc décidé de l?éliminer ayant convenu, avec ses complices, de l?heure, de l?endroit et de la façon dont le forfait serait commis. Il a donc agi lundi, sur son lieu de travail, dans le bungalow Mallac, sur la route Royale, à Cap-Malheureux.

Mir Mujeeb, 34 ans, a été roué de coups avant d?être transporté dans le coffre de sa voiture dans un sentier à La Salette, Grand-Baie. Là, il a été tabassé à coups de pierres, avant d?être écrasé sous les roues de sa voiture. Celle-ci a ensuite été placée sur son corps et incendiée.

L?affaire a été élucidée par les hommes de l?assistant surintendant de police, Govinduthsing Bissoon et des sergents Jugoo et Boojhawon de la Criminal Investigation Division (CID) de Grand-Baie, placés sous la supervision du surintendant de police Bala Kamatchi. Arrêté d?abord, Prabhakar Takah, alias Atish, âgé de 19 ans et habitant St-Antoine, a balancé le nom de trois de ses amis, dont deux habitent le même village. Ils sont Digbeejaye Koonjul, un chauffeur de taxi de 35 ans, aussi connu comme Navin, Sanjeeve Mungrah, alias Pouchoune, un jardinier de 28 ans et Ajay Dookee, alias Rajiah, un maître d?hôtel de 29 ans, habitant Anse-la-Raie.

Le garde de sécurité a expliqué dans les moindres détails le plan qui avait été élaboré. Dans sa déposition, il explique que la première phase de ce plan a été mise à exécution en fin d?après-midi de lundi. Le chauffeur de taxi Koonjul se serait rendu au bungalow et se serait présenté comme un des représentants de la compagnie s?occupant des systèmes d?alarme dont le bungalow est équipé. Prabhakar Takah devait alors asséner un violent coup de matraque à la tête de la victime alors qu?elle conversait avec Koonjul. Mir Mujeeb, qui portait un peignoir par dessus un short et un T-shirt, est alors bâillonné. Cela, avec l?aide d?un troisième suspect, Sanjeeve Mungrah.

Les trois hommes ont mis la main sur deux cartes bancaires de la victime à l?étage. Ils ont ensuite mis la victime dans un sac plastique avant de la placer dans le coffre de sa voiture de location. Ils ont alors fait appel à Ajay Dookee qui était un peu plus loin. C?est ce suspect qui allait prendre le volant de la voiture de location, sans savoir ce qu?il transportait.

Tabassé, écrasé et brûlé

A Chemin Vingt-Pieds, à Grand-Baie, Ajay Dookee arrête la voiture. ?Ena dimounn pe tape ladan?, dit-il à Prabhakar Takah et Digbeejaye Koonjul. Il est alors prié de descendre de voiture pour prendre le volant du taxi. Ses complices lui demandent de continuer sa route et de les attendre au rond-point de Vale. La voiture de location avec, à son bord, les suspects Koonjul, Takah et Mungrah et, dans le coffre, la victime, se dirige vers la route La-Salette, à Grand-Baie. La voiture emprunte un sentier dans un champ de cannes et s?arrête à quelque 500 mètres de la route Royale.

Mir Mujeeb est alors retiré du coffre, encore vivant. Les trois suspects l?agressent sauvagement, lui écrabouillant la tête avec une grosse pierre. Il saigne abondamment. Digbeejaye Koonjul prend le volant de la voiture et fait marche arrière sur le corps de la victime. Mais celle-ci respire encore. Le suspect Koonjul fait alors de nouveau marche arrière et place la voiture sur le corps de l?homme d?affaires. Avec ses deux acolytes, il décide d?incendier le véhicule avant de déguerpir.

Pendant ce temps, le suspect Dookee, qui attendait au rond-point de Vale, est intercepté par une unité de police en patrouille. Il confie aux policiers qui l?interrogent, ?mo pe atann enn kamwad?. Les trois autres suspects sont ensuite récupérés par le taxi conduit par Dookee, après que celui-ci eut reçu un appel sur son portable à cet effet.

Ils auraient ensuite essayé de faire des retraits à la First City Bank de Goodlands et à la Mauritius Commercial Bank de Grand-Baie. Tentatives qui ont échoué, le code étant erroné. Deux portables de Mir Mujeeb ont, par ailleurs, été trouvés en possession de Prabhakar Takah. Une montre de la marque Cartier, estimée à Rs 300 000 était restée sur la table de la victime. Les enquêteurs estiment que les suspects ne savaient pas qu?elle valait aussi cher.

L?arrestation de Prabhakar Takah a fait suite à la découverte de sang, par la femme de ménage venue nettoyer le bungalow qu?occupait l?homme d?affaires peu avant 10 heures, mardi. Il y régnait, à l?arrivée de cette Curepipienne de 43 ans, un désordre indescriptible. La lampe de chevet est renversée et des traces de sang sont découvertes sur une imprimante et un rideau en raphia ainsi que sur un diary utilisé par le vigile qui assure la surveillance pour noter tout mouvement sur les lieux.

Un ordinateur portable, une radio, le portefeuille de l?homme d?affaires contenant ses cartes bancaires et des vêtements ont été emportés. Après avoir été alerté de cette affaire, Somnath Ramgoolam, directeur de la compagnie Cottage Industry Ltd, que dirigeait Mir Mujeeb, décide de consigner une déposition de missing à la police de Grand-Baie. Cela, après avoir vainement essayé de retracer ce dernier.

Recherche infructueuse

Des policiers de Grand-Baie, menés par l?assistant surintendant de police, Ibrahim Rusmaully se rendent sur place aussitôt. Des éléments de la CID de la région Nord, dirigés par le SP Kamatchi débarquent dans les heures qui suivent. Le concours d?un chien renifleur est sollicité. Des Scene of Crime Examiners et des officiers du Forensic Science Laboratory sont également dépêchés. Des enquêteurs de la Major Crime Investigation Team, dirigés par le surintendant Clifford Parsad arrivent à Cap-Malheureux pour épauler leurs collègues de la CID.

Une vaste opération de recherche avec le concours de l?hélicoptère de la police est déclenchée. Celle-ci n?aboutit toutefois pas. C?est à la suite d?un appel téléphonique anonyme que les hommes de la CID du Nord ont débarqué dans ce sentier de La Salette où la voiture calcinée a été découverte. L?homme d?affaires indien n?y était pas. Des recherches sont effectuées et le cadavre calciné est retrouvé après un bon moment, soit vers 18 heures.

A ce moment précis, le garde de sécurité Takah, interrogé au bureau de la CID de Grand-Baie, avoue. Ses trois complices ont été appréhendés à leur domicile vers 4 heures du matin hier. Tous répondent d?une accusation provisoire d?assassinat sous la section 216 et 222 du code criminel devant le tribunal de Mapou. A la demande du Police Prosecutor, l?inspecteur Mumtazali Chumroo, le magistrat Azam Neerooa les a maintenu en cellule policière jusqu?au mardi 8 février. La police a objecté à leur remise en liberté sous caution. Les quatre suspects font aussi l?objet d?une objection to departure.

Après leur comparution au tribunal de Mapou, les quatre suspects ont été conduits au bungalow Mallac à Cap-Malheureux et à La Salette pour une reconstitution des faits. Cet exercice a été fixé sur pellicule par le sergent Gaëtan Antony. Le Dr Amah Charya Gujjalu, médecin légiste, assisté du Dr Salim Saib, a attribué, après autopsie, le décès de l?homme d?affaires à des brûlures excessives.

Mir Mujeeb, originaire du Cashemir, en Inde, est à Maurice depuis 1996. Il était issu d?une famille de trois enfants dont deux filles. Ce célibataire dirigeait Cottage Industry Ltd, qui comprend la chaîne de magasins hors taxes Etoile d?Orient. Hier soir, le cadavre a été acheminé vers la Grande Péninsule, où ses funérailles auront lieu.

A la suite de cette mort tragique, le propriétaire du bungalow où résidait Mir Mujeeb a décidé de demander à la compagnie High Security de prendre la relève pour ce qui est de la surveillance.

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