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L?empreinte de la liberté posée au Morne
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L?empreinte de la liberté posée au Morne
Une terre aux vibrations fertiles. Celle du goût de la liberté vécue jusqu?au bout. Jusqu?au bord d?une falaise abrupte. Vertigineuse et sans pitié. ?Monter en haut du Morne est, ni plus ni moins, l?une des expériences les plus fortes de ma vie?, révèle le Premier ministre Paul Bérenger.
Un grand frisson partagé à Trou-Chenille, village post-esclavage, qui donne le dos à la façade imperturbable de la ?montagne sacrée?, comme la nomme Paul Bérenger.
C?était hier, à l?occasion du dévoilement d?une plaque commémorative consacrant officiellement Le Morne comme un lieu de mémoire. ?Ou santi la mor tou totour ou. Mank tigit ou ferm lizie ou trouv Madagascar.? Evocation quasi-mystique faite face à la mer, à l?ombre de la ?cathédrale? naturelle, au grand dam de nombreux membres de l?Association socioculturelle des Rastafari, qui s?estiment ?exclus? de la cérémonie. Pourtant le Premier ministre arbore bien du jaune safrané, l?une des trois couleurs du drapeau au lion couronné...
Précisant que le dévoilement de la plaque constituait la ?première activité du Le Morne Heritage Trust Fund?, présidé par Bernard Perrine, Paul Bérenger explique que cette institution ne compte que six mois d?existence. ?Alor ki Aapravasi Ghat Trust Fund existe depi lonta sa mem zot finn gagn letan prepar zot dosie pou l?Unesco.? (Voir aussi page 3)
Profitant de la majesté du paysage, Paul Bérenger ne manque pas de rappeler que deux projets de développement ont tour à tour buté contre la volonté de préservation du patrimoine du gouvernement. ?Enn se teleferik lot se proze Rogers ki ti pou bless montagn la.?
Reprenant l?une de ses formules favorites, la ?win-win situation?, il souhaite que le projet d??Integrated Resort Scheme? (IRS) du Cap Brabant Golf Estate trouve une formule acceptable pour tous, qu?ils soient promoteurs, habitants et devoir de mémoire.
SOUVENIRS
Antonia ou la mémoire du temps
■ ?Gran Morn ti Morn anba li pie le Morn.? La formule est de Marie Antonia Ramalingum, ancienne habitante de Trou-Chenille. Sans se faire prier, elle laisse ses souvenirs couler à flots, du haut de ses 90 ans. ?Monn ne en 1915, monn vinn ress Morn lane 40. Mo ti ena 25 an.?
Des repères qui reviennent souvent chez cette mère de famille de dix enfants, qui a connu l?époque du ?tablisman Gambier? du nom de la famille Gambier, promotrice du Cap Brabant IRS. Les ?deux Mornes? consistent à distinguer l?emplacement initial du village, situé juste au pied de la montagne, de celui que nous connaissons actuellement.
Un tantinet voûtée dans sa robe mauve, qu?elle étrenne spécialement pour le ?bourgeois?, Antonia ressemble étrangement à la montagne qu?elle côtoie au quotidien. Même face burinée par le temps. Même fascination exercée à travers des histoires fabuleuses, moitié mythes, moitié réalité.
Et si Marie Antonia Ramalingum annonce fièrement qu?elle a vécu 18 ans au pied de la ?montagne sacrée?, c?est sans hésiter qu?elle dit n?avoir jamais éprouvé l?envie d?y grimper. ?Li fer per laba?, dit-elle, tout étonnée que nous ayons seulement pu évoquer cette possibilité. Mo finn trouv gran gran zom pa kapav ale retourne.? Sans s?en rendre compte, l?une des mémoires du village du Morne a sans doute percé le mystère entourant la montagne. Son inaccessibilité !
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