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La BAT achète l?Amalgamated Tobacco
Nombreux sont les non-fumeurs à souhaiter la disparition à Maurice des dernières traces du tabagisme et d?une industrie du tabac, comptant encore quelques centaines de planteurs et une unique fabrique employant quelques centaines de soutiens de famille. Ils seront sans doute heureux d?apprendre qu?il y a 25 ans, l?une des deux dernières fabriques de cigarettes dut fermer ses portes et céder la place. Et le monopole, exception faite des importateurs légaux et illégaux, est à la seule British American Tobacco (Mauritius), (BAT), de nouveau sous le contrôle d?un fils du sol, Jean-Pierre Mamet succédant actuellement à Mohamad Vayid à ce poste, signe d?une certaine consécration internationale que peu de Mauriciens peuvent revendiquer.
On peut voir, aujourd?hui encore, les vestiges de l?ancienne fabrique de cigarettes de l?Amalgamated Tobacco, au pied de la montée des Hussards, à la Plaine-Lauzun. Ce bâtiment pourtant neuf, spacieux et surtout admirablement situé car très visible sur le plan publicitaire, est resté longtemps inoccupé ou presque, créant étonnement et stupéfaction de la part du public, plus habitué à l?utilisation maximale, à Maurice, du moindre mètre carré d?espace industriel, commercial, résidentiel ou agricole.
Les négociations, débouchant sur l?acquisition de l?Amalgamated Tobacco par la BAT, ont été menées tant à Maurice qu?à Londres. L?on croit savoir que le gouvernement mauricien a demandé à celle-ci d?acheter les biens de celle-là.
Interrogé par la presse, Mohamad Vayid explique que le marché mauricien est trop restreint pour justifier l?existence de deux fabriques de cigarettes. L?industrie du tabac est soumise de plus en plus à de dures contraintes économiques, qui sont d?ailleurs celles de toute l?île Maurice. La part de l?Amalgamated sur le marché mauricien est insignifiante aux yeux de la BAT. Celle-ci accède à la requête et fera en sorte que les 150 employés de la défunte Amalgamated Tobacco (Mauritius) (AT(M)C) ne se retrouvent pas sur le pavé en ces jours de post-dévaluation et de post-cyclones. L?accord conclu entre BAT et AT(M)C stipule, en effet, que les 150 employés concernés conserveront leur emploi à des conditions qui ne seront en aucune façon inférieures à celles qui existaient à l?AT(M)C.
Le nouveau président de la fédération patronale de Maurice (MEF), Mervyn North-Coombes, réclame davantage de justice sociale dans la libre entreprise. Il précise qu?il faut trouver la formule idéale de participation. La priorité des priorités demeure toutefois de créer des emplois productifs. Il situe sa présidence, non sollicitée, dans le contexte d?un désir de changement qui ne soit pas seulement de façade ni d?image publique. Le secteur privé ne peut demeurer plus longtemps réfractaire au changement et au progrès des relations humaines et de la justice sociale. La MEF doit se montrer plus équitable à l?égard des meilleurs employeurs. Il sait que l?image s?améliorera si la réalité devient meilleure. La participation se concrétisera avec la création dans chaque entreprise d?un ?works council?, recevant d?en haut toutes les informations nécessaires concernant la gestion de l?entreprise. Elle suppose aussi que les employés soient représentés au conseil de direction et au sein des autres instances décisionnaires.
Il y a un accord de principe en faveur de la participation. Les discussions butent sur de simples détails techniques. La France est, en 1980, le seul pays au monde à avoir légiféré sur cette question, en se limitant toutefois aux seuls profits. La MEF ne s?oppose pas à une participation du travail au capital de l?entreprise. Une question se pose toutefois : les employés ne préfèrent-ils pas être payés en espèces plutôt que sous forme d?actions de l?entreprise. Il y a aussi le problème des entreprises rentables et celles déficitaires qui fait que certains recevront une gratification et d?autres rien. Mervyn North-Coombes se demande dans quelle mesure sera-t-il judicieux de créer un pool national de participation aux profits. Il n?y a pas de formule magique. Il faut, ensemble, chercher la formule qui convient le mieux à la société mauricienne.
Le nouveau président tient compte que la MEF est un organisme consultatif et ne peut pas imposer ses règlements aux entreprises récalcitrantes. Pour lui, le passé est le passé. Il n?est utile que pour ne pas répéter les mêmes erreurs. La situation économique demeure précaire. Il faut non seulement empêcher des licenciements mais encore créer des emplois productifs. La société doit surtout créer des emplois nouveaux pour les dizaines de milliers de jeunes arrivant chaque année sur le marché du travail.
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