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Une ambiance de cour de récréation
Bagarres entre caïds, affirmation des personnalités et chahut généralisé : l?ambiance au sein de la nouvelle Commission européenne ressemble à celle qui peut régner dans une cour de récréation mal surveillée.
Le spectacle donné par les 25 commissaires qui s?installent dans le Berlaymont rénové est pourtant parfois étonnant. L?affrontement le plus spectaculaire a lieu entre deux des personnalités les plus puissantes de l?exécutif européen. L?Allemand Günter Verheugen, l?un de ses cinq vice-présidents, qui est responsable de l?Entreprise et de l?Industrie, et Neelie Kroes, la commissaire à la Concurrence, se défient constamment par presse interposée.
Verheugen, qui entend stimuler la compétitivité de l?économie européenne, priorité affichée de la Commission Barroso, ne s?embarrasse guère de précautions oratoires. Il a ainsi annoncé qu?il était prêt au compromis sur le projet REACH, la bête noire de l?industrie chimique, qui devrait prouver l?innocuité de 30 000 produits présents sur le marché.
Neelie Kroes a réagi avec vigueur. ?Günter Verheugen est un collègue agréable et il est le commissaire à l?Industrie. Il a assez à faire comme cela ?, a-t-elle lancé dans le Financial Times du 26 janvier. C?est une manière de dire qu?il n?a pas à se mêler de la concurrence, appuyée par une condamnation sans appel des ?champions européens? dont on n?a ?pas besoin?.
On pourrait multiplier les exemples de chamailleries.
Louis Michel, commissaire chargé du développement, s?est démené dès la nouvelle du tsunami qui a frappé l?Asie, volant la vedette à la responsable des Relations extérieures, Benita Ferrero Waldner, irritée de passer au second plan.
Les directeurs généraux, qui font la pluie et le beau temps, n?hésitent pas à critiquer en privé les commissaires. ?La puissance des services est incroyable dans cette maison ?, découvre un nouveau commissaire, tout étonné.
Les commissaires des grands pays, qui disposaient de deux représentants jusqu?en novembre 2004, sont particulièrement soucieux de montrer qu?ils sont ?plus égaux que les autres? dans une Commission qui n?est pas en odeur de sainteté chez eux.
?Il y a beaucoup de mécanismes de cohésion interne à créer, il faut attendre six mois avant de juger ?, ajoute le diplomate. ?Construire un esprit collégial et bâtir l?autorité de la Commission, c?est une mission très difficile.? Mais tous comptent sur la poigne de Barroso qui, dit l?un d?eux, ?n?a pas peur du sang? pour faire cesser la zizanie.
Yves CLARISSE
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