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Dr Fagoonee : des plantes locales contre des fléaux agricoles

18 janvier 2005, 00:00

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Bertyco Berthelot interroge le Dr Fagoonee, chargé de cours en zoologie agricole et en entomologie à l’Université de Maurice. Il est d’avis que des plantes locales peuvent et doivent être utilisées pour combattre certains fléaux de la production agricole. Il est de ceux qui pensent qu’il ne sert à rien d’augmenter la production alimentaire si une bonne part (25 % de moyenne mondiale et jusqu’à 50 % en Inde en 1968) doit nourrir des insectes parasitaires. Le Dr Fagoonee estime que des plantes locales ont la propriété d’éloigner efficacement certaines espèces d’insecte et de protéger par conséquence des cultures vivrières. Sa thèse lui vaut un doctorat du centre d’Orsay de l’Université de Paris pour avoir mis en valeur les bienfaits de l’utilisation du lilas de Perse dans la lutte contre les ravageurs du chou. D’où, pour lui, la nécessité des recherches sur la lutte anti-ravageurs des cultures vivrières.

Il n’ignore rien, bien sûr, des bienfaits radicaux de l’utilisation des produits chimiques de synthèse, tel le DDT ou le Malathion. Ces insecticides agissent sur le système nerveux des insectes et leur causent des perturbations létales. Le hic c’est que les insectes visés développent une certaine résistance à ces insecticides, si puissants puissent-ils être. De plus, nul n’a intérêt à minimiser les effets secondaires néfastes de ces insecticides. Le DDT, par exemple, n’est pas biodégradable et n’est pas, par conséquent, détruit par les micro-organismes du sol. Les résidus s’accumulent et se concentrent sur la chaîne alimentaire, donnant lieu à des problèmes de toxicité. Un taux significatif de ce résidu pesticide a été découvert dans des céréales, dans des légumes, dans le lait, dans le lait maternel et dans l’urine humaine. Les retombées écologiques sont également inquiétantes. Ces résidus finissent par empoisonner des sources d’eau et par détruire l’habitat d’oiseaux et d’autres espèces animales qui ne peuvent plus, de ce fait, combattre certains parasites, facilitant d’autant leur propagation.

Or certaines plantes ont la propriété d’éloigner des insectes. Ainsi le lilas de Perse possède la faculté d’éloigner certains insectes dont les moustiques. Cet arbre attire un nombre moindre d’insectes d’où les recherches du Dr Fagoonee. Des extraits de ses feuilles entraînent une perte d’appétit chez les chenilles du chou. Le lilas de Perse éloigne aussi des insectes qui s’attaquent aux entrepôts de cultures vivrières ou de céréales. Il agit aussi sur des larves de coléoptères et de vers, dont ceux responsables de la flétrissure bactérienne.

On peut planter du lilas de Perse à proximité des plantations de légumes. On peut incorporer ses feuilles dans le fumier utilisé pour fertiliser le sol de ces plantations. On peut enfin pulvériser des extraits de cette plante.

L’herbe bouc est un autre exemple de plantes locales pouvant être utilisées pour protéger des cultures vivrières.

Il est difficile, dans un premier temps, de se défaire à 100 % des insecticides chimiques. Il ne s’agit pas tant d’opposer une méthode aux autres. On peut, en revanche, combiner toutes les méthodes disponibles, en abandonnant progressivement les pesticides chimiques aux effets secondaires toxiques, en faveur de méthodes naturelles. L’utilisation des plantes locales se combine ainsi harmonieusement avec la lutte biologique, permettant d’utiliser des organismes vivants pour détruire des insectes nuisibles. Fagoonee mentionne aussi, ici, les possibilités d’utiliser la lutte génétique et même la lutte physique. Il cite, à cet effet, la bonne veille méthode des primes offertes aux travailleurs agricoles, récoltant, sur le terrain, des moutoucs dangereux pour la canne à sucre. L’important est de maintenir un seuil ne comportant guère de risques pour les cultures ou pour les entrepôts.

L’université a dépassé, à ce sujet, le stade purement expérimental. Mais la vulgarisation et l’utilisation à grande échelle des plantes locales pour combattre certains insectes n’est pas de son ressort mais celui du ministère de l’Agriculture. Il rappelle simplement que, en 1978, plus de Rs 18 millions furent dépensés dans l’importation de pesticides chimiques.

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