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A l?ombre, sous son manguier

17 janvier 2005, 00:00

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Il a 80 ans. Assis sous un manguier, Narotam Parsad Bheemuck, aussi connu comme Bissoon, raconte son passé, qui a été très riche en évènements. Cet ancien employé du chemin de fer, qui a côtoyé des personnalités dont l?ancien Premier ministre, Sir Seewoosagur Ramgoolam, passe son temps à jouer avec ses petits-enfants à Riche-Terre. Car les amis de son âge ne sont plus de ce monde.

Né à Montagne-Longue, Bissoon, premier fils de la famille, accompagne souvent son père, Ritburuthsingh, qui donne des leçons d?hindi dans un baîtka.

Dès l?âge de 15 ans, il est affecté au chemin de fer comme plate layer. Mais au début des années 60, quand les trains cessent leurs activités, il prend de l?emploi au sein de la Development Works Corporation.

Lorsqu?il était dans le chemin de fer, il habitait dans des quarters.

Bissoon, néanmoins, suit les traces de son père. Il donne également des leçons d?hindi dans un baîtka, qu?il fonde à l?aide de ses amis. Pour parfaire ses connaissances de la langue hindi, il va chez le professeur Basdeo Bissoondoyal, à l?allée Mangues, Port-Louis. D?ailleurs, le professeur viendra lui rendre souvent visite à Riche-Terre.

Très sollicité

Connu comme le guruji (enseignant) du village, Bissoon est approché par des politiciens de tout acabit. Surtout pour leur donner un coup de main lors des joutes électorales. C?est ainsi, que les candidats du PTr, dont Sir Seewoosagur Ramgoolam, comptent beaucoup sur lui pour convaincre les habitants.

Bissoon devient vite très populaire à Riche-Terre et dans les régions avoisinantes. Il est sollicité de toutes parts pour être l?intermédiaire auprès des politiciens. Il se rappelle que, pour être enrôlé dans la force policière, sa recommandation comptait. C?est grâce à lui que quatre jeunes avaient pu se joindre à la force policière.

Bissoon est un autodidacte. C?est ainsi qu?il réussit ses examens du General Certificate of Education ?O? Level, en trois matières, sans s?asseoir sur un banc d?école.

Mais sa plus grande satisfaction sera d?être appelé à agir comme field worker auprès de l?Assistance publique. C?était après le passage du cyclone Carol. Bissoon a la tâche d?identifier les personnes nécessitant du bois pour reconstruire leurs maisons. Ce qu?il faisait, c?était en quelque sorte ce que font aujourd?hui les field workers du Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups. Mais la différence, c?est qu?il n?était pas rémunéré pour ce travail.

Bissoon a côtoyé également le pandit Harryparsad Ramnarain, syndicaliste très connu. Il était agent de l?Amalgamated Labourers Association, qui, plus tard, devint la Planters Workers Union. Là, également, Bissoon n?était pas rémunéré. Il se souvient d?être intervenu auprès de Henri Rouillard, propriétaire de la Filature de Riche-Terre pour qu?un jeune ne perde pas son emploi. Il a de bons souvenirs de cet établissement, qui a beaucoup fait pour Riche-Terre. C?est grâce aux propriétaires de cette filature que l?hypermarché Jumbo a vu le jour.

En 1997, Bissoon a été récompensé. Il obtient une médaille pour services rendus à la nation dans le cadre du jubilé d?argent du règne de la reine Elizabeth.

Bissoon a un regret. C?est de n?avoir pu concrétiser un projet de construire un home pour les personnes âgées.

Il aurait pu obtenir des terrains du pandit Ramnarain. Mais il avait refusé, soulignant qu?il possédait déjà un lopin de terre. Car jusqu?aujourd?hui, il est convaincu que celui qui fait du travail social ne doit pas s?attendre à des récompenses. Il préfère prendre l?air sous son manguier. Il aurait pu se retrouver dans une chambre climatisée pour fuir la chaleur torride. Mais son intérêt personnel est toujours passé au second plan.

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