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Drogue : les méandres du commerce

17 janvier 2005, 00:00

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Les paroles de dénonciation sont radicales. L?action de répression serait-elle aussi impitoyable ? Les Organisations non gouvernementales dédiées dans le secteur font preuve d?un dévouement incomparable. La traque de trafiquants et des toxicomanes est incessante, assurent les autorités concernées. Pourtant la drogue n?arrête pas de circuler dans le pays et, plus particulièrement dans certains quartiers spécifiques.

L?humeur est au désarroi et à l?irritation. Et cela va rescendo ! Dans plusieurs localités, on menace même de se substituer à la loi si les autorités n?arrivent pas à faire leur travail correctement. La situation s?empire avec la menace d?une dérive incontrôlable. Et la drogue continue son grand bonhomme de chemin?

De l?opium au brown

Fin 70, début 80 : le trafic de drogue prend une ampleur désespérante à Maurice. ?Au départ, il n?y avait que quelques fumeries d?opium, dans certains quartiers de Port-Louis, fréquentées par de groupes spécifiques?, explique Ali Lazer, président de l?Association des travailleurs sociaux de Maurice. ?On ne pouvait pas vraiment parler de fléau, confirme Cadress Runghen, travailleur social. C?est quand on a commencé à se shooter à l?opium que la situation s?est aggravé. Et c?est avec la seringue que la consommation de drogue s?est convertie en business car les prix à la baisse ont conduit davantage de personnes à devenir consommateur.?

Petit à petit, l?opium disparaît à tel point qu?on pense même que cette drogue ne circule plus dans le pays. Enter le brown sugar et l?héroïne. La commission d?enquête, président par Maurice Rault dans le milieu des années 80, dévoile le mécanisme et l?identité des personnes impliquées dans le nouveau business de la drogue. ?L?introduction du brown sugar était planifiée?, assure Ali Lazer. Au début une dose coûtait Rs 7 alors qu?actuellement, le prix varie entre Rs 250 et Rs 300.

La mafia, responsable de l?entrée de cette drogue, savait qu?elle allait provoquer une dépendance que l?opium ne possédait pas sur les consommateurs. Selon certains travailleurs sociaux, le prix du brown sugar peut grimper jusqu?à Rs 500 voire plus. ?Depuis cette époque, il n?y a jamais eu de manque d?héroïne, poursuit Ali Lazer. ?C?est à partir de 1983 que le démon du brown sugar a pénétré Maurice?, précise Cadress Runghen.

Si une dose suffit alors pour garantir le paradis artificiel des toxicomanes, ce n?est plus le cas. Aujourd?hui avec la mauvaise qualité de la drogue proposée, il faut trois doses par jour au consommateur pour qu?il atteigne son nirvana?

Entre 1983 et 1986, c?est un véritable boom du trafic de drogue à Maurice. Mais la deuxième moitié des années 80 confirme un recul vient avec l?institution de la Commission Rault et les nouvelles initiatives au niveau des autorités policières couplées à une détermination politique certaine. C?est la traque des trafiquants notoires mais la relève se dessine. L?astuce est simple : en devenant revendeurs, c?est la dose quotidienne assurée pour de nombreux toxicomanes !

Certains se rangent tandis que d?autres se retrouvent en prison. Mais selon l?avis même d?anciens accros, la nouvelle génération de toxicomanes serait beaucoup plus dangereuse. ?Un toxicomane en manque fait aujourd?hui preuve d?une violence qu?on ne voyait pas auparavant?, assure, à cet effet, Cadress Runghen.

Les techniques pour fumer et se shooter se perfectionnent car on est continuellement à la recherche de nouvelles sensations. ?Les trafiquants ont dû se rabattre sur des jeunes car bon nombre, parmi les anciens, font de la prison?, explique un jeune travailleur social.

La situation n?est plus la même au niveau des trafiquants aussi. ?Les nouveaux trafiquants ont des méthodes de travail sophistiquées. Le problème est complexe mais la vérité simple. Il y aura de la drogue aussi longtemps qu?il y a des toxicomanes?, avertit Cadress Runghen.

Protection et complicités

?Les trafiquants ont de gros moyens, souligne Ali Lazer, et il est évident qu?ils n?auraient pu sévir sans protection. Ils multiplient les manières d?opérer. Par exemple, leurs transporteurs de drogue sont pour la plupart des mineurs ou des personnes qui n?ont jamais voyagé. Il y a le cas d?un trafiquant qui ne possède même pas de passeport. C?est tout dire. Ensuite ils réussissent à blanchir leur argent à travers la création d?entreprises et un réseau de complicités.?

Cadress Runghen dresse le portrait robot du trafiquant de drogue. ?Ce n?est certainement pas le revendeur?. Ce sont des personnes très riches qui bénéficient d?une grande protection. Ces protecteurs ne savent pas parfois que ces personnes se livrent à ce trafic. Ces trafiquants sont des personnes qui n?ont jamais vu la couleur de la drogue. Ils financent le trafic. Même le petit jockey ne connaît pas leur identité, explique Cadress Runghen.

Sans le réseau de complicités, le trafic de drogue n?aurait pu prendre autant d?ampleur. Sans ceux qui cherchent des moyens abjects pour s?enrichir, il n?y aurait pas eu autant de cadavres. Victimes d?overdose.

ECONOMIE SOUTERRAINE

Des chiffres à donner le tournis

■ D?après une étude, en 2004, du Bureau de l?Onu pour le compte du gouvernement mauricien, il existe quelque 18 000 dépendants de l?héroïne à Maurice. Quand on sait qu?une dose se vend entre Rs 250 à Rs 500 et qu?un toxicomane se shoote trois fois par jour au minimum, on devine que le trafic génère gros sans compter la quantité de drogue qui circule. ?De 1999 à 2003, selon le Bureau de l?Onu de Vienne, Maurice est le pays qui compte la consommation de drogue la plus élevée parmi les pays africains. Pour un pays qui ne produit pas de drogue dure...?, conclut Ali Lazer.

PÉNURIE

Artificielle ou réelle ?

■ Selon de nombreux travailleurs sociaux et des toxicomanes, la ?pénurie? annoncée n?est qu?une man?uvre des trafiquants de drogue pour faire monter les prix. ?Certains trafiquants en profitent pour diluer les produits et proposer une poudre ?bombe? qui finit par énerver les toxicomanes et les rendre agressifs?, affirme Cadress Runghen. ?Le jour qu?il y a une vraie pénurie, ce sera la révolution dans ce pays. En fait, les autorités n?ont jamais pris le combat contre le trafic de drogue à c?ur?, maintient Ali Lazer.

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