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Bérenger fustige Rammell
«Bill Ramm... Bill Rammell. » Le temps d?arrêt que marque Paul Bérenger avant de prononcer le nom du sous-secrétaire d?Etat britannique, en faisant mine de chercher dans ses dossiers le nom oublié de l?homme, est sans ambiguïté. Il indique clairement la rancoeur qu?il lui porte. Un sentiment qui teinte les relations entre Maurice et la Grande-Bretagne. Déjà sérieusement irritée par deux « coups fourrés » et une année à attendre le rendez-vous sollicité avec Tony Blair sur la question de la souveraineté, Maurice vient d?éviter un troisième « piez tape » britannique, selon les mots du Premier ministre, hier face à la presse.
<B>«Pou déplas Chagossiens zot ti trouve bato...»
Les dirigeants ont en effet flairé un nouveau coup fourré quand la Grande-Bretagne s?est adressée à la Mauritius Shipping Corporation sans les en aviser pour affréter un bateau mauricien afin qu?une centaine de Chagossiens visitent l?archipel. « Kan ti bisin deplas bann Chagossiens zot ti trouv bato ! Bon Dié kone komien bato Anglais ena, e nou pa konpran ki fer zot insiste pou itiliz enn bato morisyen, » lance avec violence le Premier ministre. Pourquoi en effet un bateau des autorités mauriciennes alors que ce voyage, prévu en avril, est une démarche individuelle d?Olivier Bancoult, responsable du Groupe Réfugiés Chagos qui n?a jamais impliqué les autorités ? Pourquoi ces négociations discrètes ?
Pour le gouvernement, il ne fait pas de doute. La Grande-Bretagne a encore cherché à jouer au plus malin. « Un navire battant pavillon mauricien obligé de se plier à un contrôle britannique avant d?accoster l?archipel représente un énorme risque », déclare le Premier ministre. Lequel ? D?un point de vue légal, la cause mauricienne dans le duel pour la reconnaissance de la souveraineté pourrait s?en trouver compromise, explique un avocat. Par le geste même d?accepter d?amener les Chagossiens à l?archipel, Maurice aurait tacitement reconnu que les Britanniques ont l?autorité de déterminer qui peut ou ne peut pas se rendre à l?archipel. C?est précisément cette autorité que Maurice ne reconnaît pas puisqu?elle proclame qu?elle a la souveraineté sur l?archipel. « Devant une cour internationale, cela peut devenir un enjeu. Il n?aurait pas été difficile de démontrer que Maurice admet la souveraineté britannique», explique-t-il.
La Grande-Bretagne a-t-elle calculé son coup ? L?air sincère et s?avouant « disappointed », Bill Rammell dit ne pas comprendre pourquoi le gouvernement mélange les enjeux, la question de la souveraineté et celle de la visite des Chagossiens, « geste humanitaire » des Britanniques. Mais le chef de la diplomatie mauricienne affirme n?être pas dupe. «Nous ne sommes pas des imbéciles. Nou pa pu rant dans sa kaless kase la, déclare Jayen Cuttaree. Si la Grande-Bretagne était genuine, elle aurait proposé son propre bateau»... Ce qui ne lui aurait rien coûté et l?affaire en serait restée là. Mais ce ne fut pas le cas.
<B>Un «Junior minister »</B>
Bill Rammell a eu l?audace, qualifiée de « provocation » par le Premier ministre, d?évoquer la question chez les Chagossiens mêmes, lors d?une visite vendredi à Cité Ilois à l?invitation d?Olivier Bancoult. Le sous-secrétaire s?est ainsi attiré les foudres de Paul Bérenger. Bill Rammell, dont le Premier ministre a souligné à plusieurs reprises le statut de Junior Minister, en a pris pour son grade. Paul Bérenger qualifiera d?inacceptable le fait « qui enn Junior Minister anglais vinn kot nous pou faire bann déclarations provocantes. »
Mais la démarche de Bill Rammell a surtout contribué à rendre suspectes les intentions de la Grande-Bretagne. Le sous-secrétaire britannique a fait la déclaration suivante : « This is not a pretext but your government has invalidated the contract with the shipping company » pour expliquer qu?il y a un petit contretemps au voyage, avant d?ajouter toutefois que la Grande-Bretagne affrétera un bateau s?il le faut. Pourquoi alors, si elle est prête à affréter un bateau, avoir risqué de semer la zizanie entre les Chagossiens et les autorités ? La remarque de Bill Rammell a comme attendu causé un coup de colère contre le gouvernement mauricien dans la communauté des Chagossiens. Mais c?est vers Bill Rammell qui tenterait de différer cette visite, qu?elle s?est ensuite tournée.
Port-Louis garde toujours l?espoir de pouvoir dégager un consensus avec les Anglais sur la question, a insisté le Premier ministre. C?est aussi le souhait du secrétaire général du Commonwealth, Don Mc Kinnon, qui, l?on se souvient, s?était offusqué de l?attitude de Tony Blair à l?égard de Paul Bérenger et avait offert de mettre à la disposition du pays, en juin 2004, le Commonwealth Legal Advice. Plus discret cette fois, il n?en a pas moins exprimé ses regrets devant la situation. «C?est une préoccupation qu?au sein même du Commonwealth, deux nations aient du mal à régler leur désaccord. Maurice et les Etats Unis se doivent de régler leurs différends. Il faut continuer à dialoguer, à chercher à se comprendre. Ce problème peut être résolu. Je suis le seul à le croire. » Il n?a peut-être pas tort.
<B>Deux hommes, deux styles</B>
Les Chagossiens ont reçu deux illustres visiteurs, desquels ils ne garderont pas les mêmes souvenirs. La visite de Bill Rammell a été « frustrante », dit Olivier Bancoult « Li dir ki nu pa dan difikilte, ki nu viv bien. Nous dénonçons son arrogance et nous allons en dépit de ses manoeuvres continuer notre action à Maurice et à l?étranger ». Don Mc Kinnon (photo), en revanche, a fait souffler un vent d?espoir. « Je suis convaincu que sa visite va donner une autre dimension à la défense de notre dossier au sein du Commonwealth », dit le Chagossien.
Don Mc Kinnon ne s?est pas contenté d?écouter les plaintes, mais a posé plusieurs questions, sur l?emploi, l?éducation, la compensation donnée aux Chagossiens, pour chercher à mieux connaitre leur situation. « Le secrétariat du Commonwealth veut faire tout ce qu?il peut pour vous venir en aide, en particulier vos jeunes pour qui nous avons des programmes spécifiques, » a-t-il dit. Son approche chaleureuse ? il a tenu avec émotion Théa Bégué, cinq ans, dans ses bras ? a fait oublier son retard de deux heures.
C?est la même appréciation qu?a fait hier le chef du gouvernement. Autant Paul Bérenger a été dur envers le représentant du gouvernement de sa Majesté, autant il a été tout éloge pour le secrétaire général du Commonwealth et son approche humaine de la cause chagossienne. Signe que Port-Louis entend s?appuyer sur le soutien du secrétariat du Commonwealth pour dénouer le différend avec Londres sur la question.
<B>« Diary commitments »</B>
Cela fait plus d?un mois que le haut commissaire britannique, Anthony Godson, a pris la relève de David Snoxell. Mais le Premier ministre n?a toujours pas trouvé un moment pour le recevoir. Deux demandes auraient été refusées « due to diary commitments ». C?est la même réponse que fit Tony Blair, le Premier ministre britannique, à Paul Bérenger, qui sollicitait, il y a un an, un entretien. C?est aussi celle des services de Paul Bérenger au «Foreign Secretary» Jack Straw, puis à Bill Rammell quand ils s?étaient proposés de le rencontrer à la place : « He cannot fit that in his diary. »
<B>Ça va barder à la MSC</B>
Des sanctions vont-elles pleuvoir à la Mauritius Shipping Corporation (MSC) ? Les reproches de l?Hôtel du gouvernement ne s?arrêtent pas aux Anglais. La MSC en prend aussi pour son grade. « Nou bien emerde avec Mauritius Shipping Corporation qui finn permet zot diskit avek le haut commissariat britannique san dir narnien minist konserne e gouvernman. » Le Premier ministre n?a pas parlé de sanctions mais son ton en dit long...
<B>Les précédents « coups fourrés »</B>
Maurice est toujours restée correcte face à la Grande-Bretagne. Quand, en décembre 2003, elle se retrouve en présence d?un avis légal qui confirme que l?excision de l?archipel des Chagos en 1965 représente une violation de la charte des Nations unies, elle choisit la méthode douce. Elle veut privilégier le dialogue et demande à voir Tony Blair. Mais la réponse sera autre.
Sentant sans doute la menace, la Grande-Bretagne, deux mois plus tard, rend impossible tout retour des Chagossiens dans l?île, alors que la Haute cour d?Angleterre avait, en 2000, autorisé cet accès. La Grande-Bretagne fait voter des décrets royaux, qui ont préséance sur tout jugement de la cour. Elle reprend ainsi le contrôle complet de l?immigration vers l?archipel.
Le gouvernement mauricien reprend les armes et envisage de porter le litige sur la souveraineté devant la Cour internationale de Justice. Il est prêt à en payer le prix, un retrait du Commonwealth, car les règles de l?organisation interdisent à un Etat membre d?entreprendre une action contre la Grande-Bretagne. Mais quelques jours seulement après que la décision a été rendue publique, la Grande-Bretagne frappe.
Elle amende les conditions auxquelles elle reconnaît la juridiction de la CIJ. Toute décision de la cour portant sur un litige précédant le 1er janvier 1974 ne serait pas acceptée (l?excision de l?archipel remonte à 1965). Auparavant, cette date limite était fixée au 25 octobre 1945.
Maurice ne baisse pas les bras, même si les chances s?amenuisent, et garde la même ligne. « Nous maintenons notre option de rechercher un avis consultatif de la Cour internationale de Justice sur notre différend avec Londres concernant notre souveraineté sur l?archipel des Chagos. Nou pas pou prend aucaine risque qui capave complique nous la tâche, » déclarait toujours hier le Premier ministre.
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