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Le centre du monde

16 janvier 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Ils sont solidaires et compatissants quand le malheur frappe les autres, mais les Mauriciens sont individuellement inconscients des dangers naturels qui les menacent. Ou peut-être est-ce, au contraire, l?exposition cyclique aux furies cycloniques qui les rend, apparemment, blasés. Comme d?ailleurs ces paysans d?Asie dont V.S. Naipaul disait récemment qu?ils sont accoutumés à vivre avec ces tragédies, « à cohabiter avec la force aveugle de la Terre ».

Ce qui incite à cette réflexion est le sentiment que le grand public est resté plutôt indifférent à la chance fantastique qui s?est offerte à Maurice d?accueillir cette Réunion internationale de l?Onu sur les vulnérabilités insulaires, quelques jours seulement après le choc du tsunami asiatique. Que cette conférence se tienne sur le sol mauricien est déjà une opportunité de visibilité internationale rare pour un petit État insulaire handicapé, comme les autres, par son isolement géographique et politique.

En outre, le tsunami qui a fait de l?océan Indien le centre du monde est venu rappeler aux sceptiques et aux « pense-petit » la douloureuse pertinence du débat sur les moyens d?aider les petits États insulaires à accéder à un développement durable. Et le coût de l?indifférence, sans qu?il soit impératif de rappeler qu?un des plus importants tsunamis, un mégatsunami, s?est déroulé sur l?île de la Réunion, notre voisine. Il y a 4 000 ans, il est vrai.

Le problème est extrêmement sérieux, il nous concerne comme tant d?autres îles. Cette conférence était plus que nécessaire. Et il n?est pas au-dessus des moyens d?un pays comme Maurice que d?accueillir des délégués du monde entier venus réfléchir sur les graves risques écologiques auxquels nous sommes confrontés et sur les moyens de les maîtriser. Ce n?est pas « une folie des grandeurs » ; c?est « folie » que de ne pas s?en préoccuper, même si l?exercice impute un coût à la nation mauricienne. La solidarité, c?est aussi cela. Nous recevons beaucoup des autres nations. Et la Commission européenne vient de nous rappeler brutalement qu?elles ne nous doivent rien. De toute manière, ce n?est pas à Tuvalu que l?on imposera l?effort que Maurice est capable de faire sans se ruiner.

Ce drame sans précédent, en termes de pertes en vies humaines, qui a frappé l?océan Indien aura été un rappel salutaire à tous ceux qui n?ont pas accordé au programme d?action de la Barbade l?attention soutenue qu?il méritait. Et s?il n?est pas injuste que les petits États soulignent le manque d?engagement des pays riches, il est tout aussi vrai que les petits États ont eux-mêmes, souvent, mis en place des politiques à courte vue qui ont contribué à aggraver leur situation. Il est malsain que cette autocritique n?ait pas été faite. D?autant plus, qu?en définitive, chacun devra compter sur ses propres forces, ses propres talents, pour vivre avec l?imprévisibilité de la vie.

Mais l?aide internationale est utile. Il y a maintenant toutes les raisons de penser que la communauté internationale réagira autrement à la Déclaration de Maurice. L?objectif de la Réunion de l?Onu, au-delà du bilan de la décennie, visait à plaider la cause des petits États insulaires auprès de la communauté internationale, en vue de forger des partenariats et de rechercher de nouveaux moyens pour améliorer leur situation. On peut croire qu?elle a été entendue.

Tout au long de l?année 2004, la vulnérabilité des petits États avait déjà été mise en évidence par la succession de cyclones et de tempêtes qui ont ravagé Haïti, la Grenade et d?autres îles tant dans les Caraïbes que dans l?océan Indien et l?océan Pacifique. À la veille de la conférence, le tsunami a frappé les esprits comme jamais. Il empêchera peut-être que l?on s?endorme dix ans durant, en attendant la prochaine catastrophe.

Les Mauriciens, en tout cas, doivent se secouer. Ce coup de projecteur sur la vulnérabilité des îles éclaire d?une lumière nouvelle nos propres fragilités. Déjà dans son dernier rapport sur les changements climatiques et l?élévation du niveau de la mer, le secrétaire général de l?Onu soulignait combien ces problèmes écologiques « risquent d?avoir des conséquences économiques graves » dans de nombreux petits États insulaires en développement. C?est le cas de Maurice.

Le rapport insiste sur la précarité des régions très développées du littoral « qui abritent des bâtiments et des installations destinés au tourisme, à la pêche et à d?autres activités économiques importantes ». On vient de voir de nos yeux enfin dessillés, sur toutes les télévisions du monde, ces images dramatiques de ce qu?il reste de ce développement incontrôlé du littoral des pays d?Asie. Sans doute le tsunami n?est pas la conséquence d?un problème de changements climatiques mais il est une catastrophe naturelle dont les conséquences sont encore plus dévastatrices.

Les problèmes posés, leur complexité, leur gravité mêmes exigent une mobilisation des compétences et de l?énergie de la communauté internationale. Mais l?on n?a pas suffisamment souligné que bien des formes de dégradation de l?environnement et de ses incidences écologiques sont d?abord la résultante de politiques nationales peu soucieuses de considérations écologiques, jugées un luxe que l?urgence du développement ne peut se payer. Sans doute une erreur. Nous avons parfois, ici-même, dans ces colonnes succombé à la faiblesse de la recherche d?un développement rapide qui ne se préoccupe guère de durabilité. Mais le choix n?est pas aisé. En démocratie, les gouvernants, sous la pression même de leurs citoyens, ont une obligation de résultats qui se mesure dans le temps court des échéances politiques.

La durabilité du développement est souvent une considération idéologique qui freine la croissance. La dictature des urnes oblige alors les politiques, si eux-mêmes veulent durer, de faire court et rapide. C?est utopique de croire qu?il pourrait en être autrement, tsunami ou pas.

Une petite vague diplomatique et un énorme piège. En matière de souveraineté, tout est affaire de symbole. Les Britanniques le savent mieux que d?autres. C?est ce qui a poussé le gouvernement mauricien à se méfier du choix fait par les autorités de Londres du bateau réservé pour la visite des Chagossiens dans les îles de l?archipel et plus particulièrement Diego Garcia. La Grande-Bretagne, puissance maritime mondiale, n?a trouvé aucun autre navire que le seul appartenant à l?Etat mauricien pour transporter les Chagossiens.

Le gouvernement craint que la présence agréée d?un navire battant pavillon mauricien, le Trochetia dans les eaux du « British Indian Ocean Territory » pour « raisons humanitaires » ne soit interprétée comme une reconnaissance tacite de la souveraineté britannique. Cela peut nous paraître excessif mais la vigilance est de mise. Elle l?est d?autant plus que les propos d?Olivier Bancoult, leader des Chagossiens, restent éminemment ambigus. Dans une lettre ouverte au secrétaire général de l?Onu, Monsieur Bancoult fait des Chagossiens, un peuple exilé, « une nation sans un État ! » Faux. Les Chagossiens sont des Mauriciens. Ils sont citoyens de l?Etat mauricien même s?ils ont une « double nationalité ».

Fort heureusement, Kofi Annan le sait puisque c?est une assemblée générale des Nations unies qui a condamné la Grande-Bretagne en 1965 pour avoir démembré le territoire mauricien avant son accession à l?indépendance. C?est une résolution des Nations unies qui fait de cette excision une violation de sa Charte. Et Bill Rammell se fait juge et partie quand il déclare que le « claim of Mauritius is invalid ». Tellement « invalid » que la Chambre des Communes a dû, en toute urgence trifouiller les lois pour éviter un « avis consultatif » que Maurice se proposait de demander à la Cour internationale de justice par le biais d?une assemblée générale de l?Onu. Ce refus gouvernemental est un coup d?épée dans l?eau. Tant pis, ce sont nos eaux !

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