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Dans l?ère du temps
C?est par un chemin détourné que Surekha Ramessur, née Mathoree, 27 ans, a découvert la météorologie. Pendant de longues années, dans sa tête, la météo ne se résumait qu?à un service public offert par la station de Vacoas. Si on lui avait dit qu?un jour elle exercerait comme météorologue, elle en aurait ri. En fait, comme de nombreux garçons et filles de son âge, Su-rekha n?aspirait, à l?issue de ses études secondaires en sciences à la State Secondary School de Goodlands, qu?à exercer un métier qui lui garantirait une sécurité d?emploi. Elle avait donc jeté son dévolu sur l?enseigne- ment du fait qu?elle avait ouï-dire que ce métier comportait de nombreux avantages.
Quand cette fille de commerçant, établi à Fond-du-Sac, réalise que ses amies font des demandes d?admission pour des études supérieures à l?université de Maurice, elle se met en tête de les imiter. En parallèle à sa demande locale, elle fait une autre auprès de l?Université de Pune dans l?Etat du Maharastra, en Inde. Son acceptation par cette dernière ins- titution tertiaire l?entraîne vers la Grande péninsule où elle passe trois ans, décrochant avec succès un Bachelor of Science en physique. C?est d?ailleurs là qu?elle rencontre le Mauricien Vikash Ramessur, qui étudie en vue d?obtenir un diplôme similaire en biologie.
En regagnant Maurice, la jeune femme cherche à obtenir du travail dans l?enseignement. Le hic est que les avenues dans le secteur éducatif sont plutôt bouchées. Pour ne pas végéter,
Surekha prend de l?emploi comme technicienne de laboratoire chez un fabricant pharmaceutique indien travaillant pour l?exportation. Sa tâche lui plaît, même si elle est en deçà de ses compétences. Ayant peur de s?enliser, Surekha postule auprès de plusieurs entreprises et organismes publics où ses compétences sont nécessaires. Parmi ces instances figure la station météorologique de Vacoas.
Celle-ci est la première à la contacter. Trois aspirants prévisionnistes sont toutefois recrutés avant elle. On lui indique que son nom figure sur la liste d?attente. La main du destin fait le reste. Une des recrues se désiste rapidement et la station fait appel à elle. Entre-temps, Surekha a épousé Vikash, qui exerce, lui, comme technicien au Forensic Science Laboratory. Elle est désormais maman de la petite Janvi, un an et demi.
<B>Craintes et soulagement</B>
S?il faut des connaissances en physique et en mathématiques pour comprendre la météo, être prévisionniste nécessite aussi de solides bases, en météorologie, qu?elle ne possède pas. Alors, trois mois après son mariage, la station de Vacoas l?envoie pour 11 mois au bureau de météorologie de Melbourne, en Australie. Elle y suit des cours en vue d?obtenir un Post-Graduate Diploma en Meteorology.
C?est au cours de la formation qu?elle tombe sous le charme de cette branche de la géophysique consistant à observer les éléments du temps et voir les lois de l?atmosphère en vue, notamment, de faire des prévisions. Surekha s?applique et réussit son examen. De retour à Maurice, elle assiste dans un premier temps un prévisionniste confirmé. A la mi-2003, ses supérieures trouvent qu?elle est capable d?exercer seule. En août dernier, elle est titularisée à son poste.
Pour le commun des mortels, ses responsabilités peuvent paraître complexes. Pour Surekha, c?est un jeu d?enfant. Quand elle prend le relais de son collègue en matinée, ce dernier fait un briefing de ses observations du temps à partir de photos satellites prises en temps réel. Elle collecte ces données qu?elle réactualise et complète ensuite avec d?autres images satellite et des données radar.
Pour cerner l?atmosphère, elle situe les systèmes sur les cartes synoptiques. Les données recueillies par la radio-sonde lancée à 14 heures lui apportent des informations sup- plémentaires sur la composition verticale de l?atmosphère. Ces prévisions atmosphériques pour Maurice et Rodrigues se font trois fois par jour alors que celles pour St Brandon et Agaléga sont quotidiennes. Le prévisionniste en service effectue aussi des prévisions pour la marine et l?aviation.
A ce jour, Surekha n?a pas fait l?expérience d?un gros cyclone. «J?ai travaillé lors d?une première alerte mais le lendemain, j?étais en congé. J?aurais souhaité connaître cela rien que pour l?expérience. » Tout comme elle n?était pas en service le 26 décembre dernier, jour du tremblement de terre et du tsunami dévastateur. «J?ai travaillé la veille et j?avais fait mes prévisions. Quand j?ai entendu dire à la radio que Rodrigues avait connu un raz-de-marée, j?étais paniquée car rien dans mes prévisions ne l?indiquait. Je pensais que j?avais commis une faute et j?avais beau essayer de joindre la station météorologique de Vacoas, je n?y arrivais pas. J?avoue que j?ai été soulagée quand j?ai appris à la télévision que c?était un tremblement de terre qui en était la cause.»
<B> «La topographie a son mot à dire» </B>
Comment expliquer que les prévisions des stations météorologiques étrangères sont plus justes que celles de Maurice? Pour Surekha, il ne s?agit ni d?un manque d compétences, ni d?un manque d?équipements de surveillance. «C?est vrai que la fiabilité des prévisions diffère de pays en pays. Nos prévisions sur 24 heures sont fiables à 100 % alors que celles de l?Australie le sont sur cinq à sept jours. Passé cinq jours, nous ne parlons plus de prévisions mais de perspectives. Pour l?Australie, les météorologues évoquent des perspectives quand les calculs se font sur 12 jours. La localisation des pays influe beaucoup sur le temps. Maurice est sous les tropiques et son atmosphère est différente. Melbourne est sous une autre latitude et de ce fait, son atmosphère varie également. Si là-bas, son système frontal est linéaire, à Maurice on ne voit de système frontal qu?en hiver et il est faible et brisé. La topographie de l?île a aussi son mot à dire dans tout cela.» Selon elle, la critique est aisée mais l?art difficile.
Surekha est heureuse d?évoluer dans cet univers bien qu?il soit essentiellement masculin. Elle dit y avoir été bien accueillie. Mais pour elle, plus de femmes devraient s?intéresser à la météorologie. A condition qu?elles aient une bonne base scientifique. Et bénéficient surtout du soutien inconditionnel de leur conjoint. Naturellement?
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