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Eau embouteillée L?effervescence
Les coudes s?agitent sur les comptoirs. Les «tabagies» sont bondées. La canicule bat son plein depuis plus d?une semaine. La température ne cesse de grimper, l?envie de se désaltérer aussi. Les boissons gazeuses ont toujours la préférence mais la montée en puissance de l?eau en bouteille menace leur règne.
«Les ventes sont en pleine progression depuis le début de l?année à cause de la température et nous sommes confiants que le marché continuera à croître», affirme Claude Pougnet, directeur de Phoenix Beverages, embouteilleur de Crystal.
En 2004, 30 millions de litres d?eau ont été vendus. Au cours des dernières années, les ventes ont connu une croissance annuelle à deux chiffres. Cette année encore, elle devrait être supérieure à 10 %. L?augmentation de la demande est telle que les ventes d?eau embouteillée pourraient atteindre celles des boissons gazeuses d?ici cinq ans.
«La vente annuelle de boissons gazeuses stagne autour de 60 millions de litres mais celle de l?eau embouteillée grimpe rapidement», fait ressortir Clifford Duthil, directeur de Vital Water Bottling.
L?eau embouteillée ne cesse de séduire les consommateurs. L?eau est sûre et ne contient aucun additif alors que les logements disponibles sont très pratiques. Cette combinaison gagnante fait exploser les ventes. Pourtant, l?eau en bouteille coûte 2 000 fois plus cher que celle du robinet. Le litre d?eau pré-emballée se vend aux alentours de Rs 9. Pour le même prix, la Central Water Authority (CWA) offre 2 000 litres d?eau.
«Nous n?avons jamais dit que l?eau du robinet est mauvaise. La nôtre est différente et coûte plus cher car elle nécessite des traitements spéciaux. Le conditionnement du produit coûte aussi très cher», souligne Claude Pougnet.
Ironiquement, c?est la CWA qui est à l?origine du boom de l?eau embouteillée à Maurice. Lors de son lancement au tout début des années 90, l?eau pré-emballée est considérée comme un luxe, voire même une grossière plaisanterie. Il fallait être fou pour acheter de l?eau. Les choses ont bien évolué depuis.
Le grand déclic a été le passage des cyclones dans les années 90, notamment la tempête dévastatrice Hollanda. Les consommateurs sont alors priés de bouillir l?eau. Il y a également eu les pénuries d?eau et les irritantes coupures dans la fourniture. Dans le passé, l?eau du robinet avait souvent une couleur douteuse. La qualité s?est nettement améliorée depuis, mais il est un fait que cette eau passe par un énorme réseau avant d?arriver chez le consommateur. Sans compter que beaucoup détestent le goût du chlore. «Nos ventes doublent après le passage d?un cyclone. Cela prouve à quel point les gens font confiance à l?eau en bouteille», déclare Clifford Duthil.
<B>Un marché extrêmement sensible </B>
La percée de l?eau embouteillée est également due à un changement de mentalité. Le Mauricien est plus branché côté santé et réalise que les boissons gazeuses sont trop sucrées. Certaines marques peuvent contenir jusqu?à 12 cuillerées à soupe de sucre par verre.
L?aspect santé-sécurité, le marketing et le prix sont des facteurs qui influencent la vente de l?eau embouteillée à Maurice. Les campagnes publicitaires ont beau essayer de créer le brand awareness mais le marché reste extrêmement sensible au prix.
«Dès qu?il y a une promotion, les gens se ruent vers les hypermarchés. Le prix est nettement plus important que la marque», avoue Claude Pougnet. N?empêche que Crystal et Vital se partagent le gros du marché, laissant une petite part à la Compagnie Industrielle de Pailles, qui commercialise La Mauricienne, et Valspring.
«C?est difficile pour une nouvelle marque de percer car c?est un marché cloisonné où règnent des marques bien établies», lâche Kwai Pun, directeur de Valspring. Cette marque a été lancée en 2003 après le rachat d?Eau Val par le groupe réunionnais Cot. Contrairement aux autres qui embouteillent l?eau provenant des nappes souterraines, Valspring propose l?eau de source. «La différenciation au niveau de l?eau est presque imperceptible car c?est un produit au goût peu prononcé. La majorité des consommateurs ne font donc pas la différence entre les quatre marques», ajoute Kwai Pun.
Le volume d?eau embouteillée continue à grimper. Chaque Mauricien consomme une moyenne de deux litres par mois. Le chiffre ne paraît pas énorme mais il est supérieur à la moyenne bue en Asie et au Moyen-Orient. La montée phénoménale de l?eau embouteillée à Maurice cadre avec la tendance globale. En 2003, 126 milliards de litres ont été vendus à travers le monde, soit 50% de plus qu?en 2000.
Le marché mauricien évolue pour ses raisons propres mais il suit les tendances mondiales. Un exemple est le lancement de l?eau pétillante aromatisée par Vital. Ce segment connaît une forte croissance à travers le monde et rapporte encore plus aux fabricants car il est un produit à très forte valeur ajoutée. Il permet aussi de contrecarrer la baisse dans les ventes de boissons gazeuses.
«L?eau pétillante aromatisée est un intermédiaire entre l?eau plate et la boisson gazeuse sucrée sauf qu?elle a l?avantage de ne contenir aucune calorie», explique Clifford Duthil.
Les premiers mois de Vital Sparkling sont prometteurs mais n?atteindra pas les proportions de l?eau plate de sitôt. Celle-ci accentue son expansion à travers les fontaines. Environ 8 000 de ces appareils ont déjà été installés dans les entreprises, cantines et autres lieux publics.
Le marché de l?eau est en pleine effervescence à Maurice. Un cinquième de la production est consommée par l?hôtellerie et la restauration, mais le grand public a de plus en plus soif. Et ce n?est pas l?eau de la CWA qu?il recherche mais l?eau en bouteille. A ce jour, le logement de 1,5 litre reste le plus populaire mais les embouteilleurs rêvent du jour où chaque maison aura sa propre fontaine. Le pari n?est pas fou. Après tout, la compagnie américaine Brain Twist vient de lancer de l?eau anti-grippe?
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