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Chagos : une nouvelle guerre est déclarée

15 janvier 2005, 00:00

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Le froid qui s?est abattu entre Port-Louis et Londres depuis juillet s?est intensifié hier. Le sous-secrétaire britannique aux Affaires étrangères et du Commonwealth, Bill Rammell, a critiqué la décision du gouvernement mauricien de refuser qu?un navire de l?Etat, le Mauritius Trochetia, soit utilisé pour transporter une centaine d?îlois aux Chagos en avril.

Il a déclaré que Downing Street pense que « la revendication mauricienne sur la souveraineté des Chagos est invalide ».

Vive réaction du Premier ministre mauricien, Paul Bérenger : «Le ministre Cuttaree a dit : ?I can smell a rat?. Moi, j?ajouterais : ?I can smell a filthy rat? ». Autrement dit, un sale coup fourré. Maurice aurait pu être «piégée» par la démarche britannique.

Il explique qu?en l?existence d?un litige sur la souveraineté mauricienne, le pays ne peut permettre à un de ses bateaux d?effectuer ce voyage. Il déplore que des négociations aient été menées entre les Britanniques et la Mauritius Shipping Corporation (MSC) à l?insu du gouvernement. «Si on avait accepté, cela aurait entraîné des complications légales qui auraient porté préjudice à l?affaire que nous portons devant la Cour internationale de Justice».

Le ministre des Affaires étrangères, Jayen Cuttaree, monte également au créneau en expliquant qu?un «pèlerinage» vers les Chagos à bord d?un bateau mauricien pourrait avoir des implications politico-juridiques négatives sur la revendication du pays sur la souveraineté de l?archipel. «Nous ne sommes pas des imbéciles et les Anglais devraient le savoir.»

<B>Incident diplomatique</B>

La MSC avait accédé à la demande des Britanniques d?affréter le Mauritius Trochetia, sans consulter le ministre de tutelle. Les responsables de cette décision sont passibles de sanctions.

Avant la visite de Bill Rammell, personne n?aurait pu imaginer que le Centre communautaire îlois à Baie-du-Tombeau serait le théâtre d?un incident diplomatique. Sans tact, le ministre britannique s?est dit «déçu et inquiet» de la décision du gouvernement mauricien d?annuler le contrat du Trochetia.

Alors que Bill Rammell répète que son gouvernement continuerait à négocier avec Jayen Cuttaree et Paul Bérenger à travers le Haut-Commissaire britannique, Anthony Goodson, la position mauricienne semble établie. La tension monte entre les deux pays. «Nous n?avons aucun problème avec les Chagossiens. C?est normal qu?ils veulent rentrer chez eux. Je trouve gros que les Britanniques veulent affréter un navire mauricien, alors qu?ils savent très bien que nous contestons leur souveraineté sur l?archipel», renchérit Jayen Cuttaree.

Certains trouvent suspect que la réalisation de la visite aux Chagos butte simplement sur l?indisponibilité du Trochetia. Ils disent que les Britanniques devraient pouvoir affréter un autre bateau. Interrogé sur le temps qu?il prendra pour proposer un autre navire, Bill Rammell a répondu : «Je ne sais pas, mais j?espère le faire aussi rapidement que possible.» Certains observateurs de la presse étrangère font ressortir que cela fait partie d?une stratégie dans laquelle les Britanniques sont passés maîtres : diviser pour régner.

Cette explication est renforcée par la réponse de Bill Rammell à une question de la presse lui demandant pourquoi le gouvernement mauricien avait bloqué le contrat du Trochetia. «Vous devez demander à votre gouvernement. Je ne peux rien dire qui pourrait stopper la visite. Pour nous, cela n?a rien à voir avec la souveraineté, pour nous c?est un geste humanitaire. Croyez-moi ce n?est pas un prétexte.»

Cette man?uvre a failli aboutir avec plusieurs membres de la communauté chagossienne. Ils ont fustigé le gouvernement mauricien d?avoir saboté la visite pour laquelle ils avaient lutté. Le leader du Groupe Réfugiés Chagos (GRC) Olivier Bancoult, a cependant décidé de ne rien précipiter. Il attendra donc que les Britanniques proposent un autre navire. Si aucune suggestion n?est faite, le GRC manifestera devant le Haut- Commissariat à Port-Louis.

Le Premier ministre concède que les choses vont mal sur la question des Chagos. Il n?est pas très optimiste sur la tournure que prennent les négociations entre les deux pays. «Zafer pa bon entre Londres et Maurice depuis le rendez-vous manqué de Londres. En l?absenc d?une rencontre entre les deux Premier ministres, zafer pou rest pa bon.» C?est pour cela qu?il a refusé de rencontrer Bill Rammell. Tony Blair avait également refusé de recevoir son homologue mauricien lors de sa visite officielle en Angleterre en juillet. Les deux Premiers ministres ont argué un emploi du temps trop chargé.

De leur côté, les Chagossiens ont réservé un accueil très expressif à Bill Rammell. Ils ont scandé leurs slogans habituels et brandi des pancartes demandant des compensations et le droit de retour.

Ils considèrent être les victimes principales de l?incident diplomatique. Comme l?explique Olivier Bancoult : «Quand deux b?ufs se battent, c?est l?herbe qui est piétinée.»

<B>Pas convaincu de la pauvreté</B>

Le chef de la délégation britannique à la Réunion des petits Etats insulaires a évoqué, en outre, tous les grands thèmes chers à la communauté chagossienne, tels les compensations, le droit de retour et celui des enfants de parents chagossiens à la nationalité britannique et les Orders in Council qui ont retiré aux exilés le droit de retour obtenu devant la Haute Cour de Londres en 2000.

Par ailleurs, a souligné Bill Rammell, une étude de viabilité «indépendante» a conclu qu?un repeuplement des îles Peros Banhos et Salomon serait «précaire». «Le gouvernement britannique ne pourrait l?accepter.» Il y a également la location militaire continue de Diego Garcia. «Une combinaison de raisons» empêcherait donc le retour permanent des exilés. «Les Orders in Council sont la façon dont nous légiférons pour nos territoires étrangers. Il n?y a aucune chance qu?ils soient renversés.»

A propos des compensations, il a re-expliqué que £14 millions (au prix actuel) avaient déjà été versés au gouvernement mauricien dans les années 1970 et que «cette somme était équitable». Quant aux enfants qui n?arrivent pas à obtenir la nationalité britannique, Bill Rammell a promis «de tenter de résoudre les problèmes».

Comble de l?incrédulité : après avoir visité deux cases vétustes où vivent des Chagossiens, Bill Rammell s?est dit «pas convaincu qu?ils vivent dans la pauvreté». «Quelques Chagossiens vivent dans des conditions difficiles mais ce n?est pas en raison de leurs origines. Des Mauriciens vivent aussi dans des conditions difficiles.»

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