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Profit ou patriotisme : Le dilemme des investisseurs

13 janvier 2005, 20:00

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En regardant de près la bibliothèque de Mounib Masri on remarque, coincée entre un portrait de Yasser Arafat et un étonnant assortiment de pistolets bédouins, une biographie d?Edmond de Rotschild: un homme dont la fortune a contribué à la création d?Israël. Etrange lecture pour un membre de la communauté palesti- nienne, dont les éléments les plus radicaux ont repris il y a plus de quatre ans leur combat contre l?Etat juif.

Mais Masri, un milliardaire vivant en Cisjordanie dont le nom a souvent été évoqué pour occuper des postes de premier plan, estime qu?il faudrait tirer de l?évolution d?Israël des leçons pour le futur Etat palestinien.

?Nous voulons travailler selon l?exemple sioniste, sans prendre les terres des autres?, explique Masri, qui souhaite voir la diaspora palestinienne aisée investir dans les secteurs de la Cisjordanie et de la bande de Gaza qu?Israël compte quitter cette année. ?Nous les Palestiniens nous travaillons dur à la reconstruction d?autres pays, et je crois qu?il est temps que nous rentrions pour reconstruire le nôtre.?

Accusations de monopole

Cet appel, déjà lancé, dit-il, quand les Palestiniens avaient gagné en autonomie en 1993, semble être redevenu d?actualité avec l?élection dimanche dernier à la tête de l?Autorité palestinienne du réformiste modéré Mahmoud Abbas, qui suscite des espoirs quant à la cessation possible d?un conflit qui a mis l?économie palestinienne sur les genoux. Masri, un proche d?Arafat formé au Texas, qui a fait fortune dans le pétrole, dit avoir décidé déjà il y a plusieurs années de se consacrer à la construction de son pays.

Sa Compagnie palestinienne de développement et d?investissement (PADICO) a créé la Bourse palestinienne, et la première compagnie de téléphonie privée de la région, Paltel. Ces initiatives ont suscité des accusations de monopole.

?Je pense que Masri et ses collaborateurs ne sont pas dénués de légitimité, mais ils sont aussi très politisés, à tel point d?ailleurs que cela fait du tort aux autres acteurs de la communauté?, estime Sam Bahour, un homme d?affaires palestinien qui tente de percer dans le secteur des télécommunications, largement dominé par Paltel. Parmi les autres Palestiniens qui ont fait fortune à l?étranger et investi en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, on compte également le président de l?Arab Bank, Abdoul Madjid Shoman, et le magnat du bâtiment, Hassib Sabbagh, qui vit à Athènes.

Mais ces hommes font figure d?exception au sein d?une communauté d?exilés fortunés - on estime qu?ils pèsent en tout 20 milliards de dollars - qui a, dans l?ensemble, plutôt ignoré l?économie palestinienne, soumise aux aléas des opérations militaires israéliennes, minée par la mauvaise gestion et fortement dépendante de l?aide extérieure.

?Plus de 80 % de l?argent servant à financer des créations d?entreprise en Cisjordanie et dans la bande de Gaza viennent de banques locales, c?est-à-dire de Palestiniens vivant ici?, souligne Mazen Sinokrot, président de la Fédération palestinienne des industries, qui fait campagne pour la libéralisation de l?économie palestinienne.

L?exemple sioniste

Abbas, qui est lui-même à la tête d?une fortune acquise dans le Golfe, estime qu?un secteur privé vigoureux est crucial pour la solidité du futur Etat palestinien.

Pour Masri, c?est le patriotisme, et non le profit, qui doit guider les entrepreneurs désireux de participer à la marche des Palestiniens vers l?indépendance. ?Je n?ai jamais fait de profits ici, jamais. Les profits que nous avons réalisés ont été versés à des organisations caritatives?, assure-t-il.

Selon lui, les revenus considérables générés par PADICO sont compensés par les pertes non moins importantes enregistrées dans d?autres entreprises, et notamment une zone industrielle créée dans la bande de Gaza et des sites touristiques en Cisjordanie, ce que confirment d?ailleurs des experts palestiniens indépendants. Sa démarche évoque celle d?investisseurs sionistes tels que les Rothschild, qui ont acheté des terres marécageuses en Palestine ? d?abord sous contrôle ottoman, puis sous mandat britannique ? pour permettre l?installation de pionniers juifs qui y ont fondé, par la suite, l?Etat d?Israël.

Plus récemment, le magnat américain Irving Moscowitz a acheté à prix d?or des maisons à Jérusalem-Est ? la partie arabe de la ville prise par Israël aux Palestiniens lors de la guerre israélo-arabe de 1967 ? afin que des Juifs puissent s?y installer et appuyer au plan démographique les revendications israéliennes sur cette partie de la ville sainte. ?Je regrette que les investisseurs palestiniens ne suivent pas l?exemple des investisseurs juifs?, soupire le député palestinien Hatem Abdel-Kader. ?Ils devraient suivre l?exemple de Moscowitz, pour contrer ses projets.? Mais pour Sinokrot, les investissements à perte sont un luxe que les classes moyennes palestiniennes ne peuvent se permettre. Masri argue que l?argent versé en faveur de la cause nationale est porteur d?un message qui attire le respect ? ou, du moins, l?attention ? et donne une image contrastant avec des années de violence.

Dan WILLIAMS

POLÉMIQUE

Nomination d?un Américain à la tête de la Banque centrale d?Israël

■ La nomination, la veille, de Stanley Fisher, vice-président de Citigroup, à la tête de la Banque centrale d?Israël, semblait en effet buter dans l?opinion sur un point sensible : le choix d?un étranger, citoyen américain, ne constituait-il pas un cinglant désaveu pour les économistes locaux, parfaits connaisseurs des arcanes administratives et du théâtre politique israéliens ? La maîtrise manifestement limitée de l?hébreu de Fisher alimentait lundi des remarques acerbes.Dans le Yediot Aharonot, un courageux anonyme de la Banque d?Israël y allait de ses regrets perfides ? ?quand je pense à ces milliers de shekels qu?il faudra dépenser pour traduire en anglais chaque mois toutes nos études et nos documents? ?, ajoutant que les discussions au sein de la prestigieuse institution risquaient fort de ressembler à l?avenir à une séance d?entraînement de l?équipe de basket du Maccabi de Tel-Aviv, où les mercenaires anglo-saxons ou d?origine anglo-saxonne sont légion.La nomination du vice-président de Citigroup a pris la classe politique israélienne de court. Auparavant, le premier ministre, Ariel Sharon, et le ministre des finances, Benyamin Nétanyahou, avaient tous les deux tenté d?imposer leur propre candidat, mais en vain. La solution Fisher a semblé satisfaire tout le monde, y compris l?actuel gouverneur, David Klein.

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