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Mort suspecte d?une femme à Baie-du-Cap

13 janvier 2005, 00:00

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Avant le lever du soleil hier, Rajini Raujee, laboureur de 36 ans, est retrouvée morte par son mari Gajanand dans leur lit conjugal à Choisy, Baie-du-Cap. Ce dernier estime qu?il s?agit d?une mort naturelle. L?autopsie pratiquée par le Dr Satish Boolell, médecin légiste, révèle toutefois qu?il s?agit d?une mort suspecte.

A l?express hier après-midi, Gajanand allègue alors que ce décès résulterait d?un passage à tabac sur leurs personnes le 1er janvier dernier par sa famille à lui. Dahoo Raujee, la mère de Gajanand, et ses autres enfants réfutent cette version, arguant que c?est le couple, qui boit toujours plus que de raison, qui leur ont cherché chicane le 1er janvier.

Que s?est-il passé au juste le 1er janvier dernier dans la cour familiale des Raujee à Choisy, Baie-du -Cap ? Plusieurs membres de la même famille y vivent pourtant depuis des années. Il y a d?abord une maison jumelée, occupée d?un côté par la patriarche septuagénaire, Dahoo Raujee, et de l?autre par son fils Gajanand, 43 ans, et sa belle-fille Rajini. Ces demeures ne sont séparées que par une cloison en contreplaqué. Viennent ensuite les maisons d?un fils et de deux autres filles de Dahoo Raujee, tous mariés et travaillant avec leur mère dans des champs de bananes leur appartenant.

Il est difficile, pour ne pas dire impossible, d?établir quel drame s?y est joué en ce premier jour de l?an. Toujours est-il que la police est depuis hier en présence du cadavre de Rajini Raujee, de conclusions d?autopsie démontrant que sa mort est suspecte et de deux versions contradictoires quant à ce décès.

Deux séjours à Brown-Séquard

A 4 heures 30 hier, quand Gajanand Raujee se lève en sursaut, il secoue sa femme Rajini. Les deux, laboureurs de leur état, sont embauchés par le même entrepreneur et doivent reprendre le travail ce matin-là. Rajini ne réagit pas.

Surpris par sa rigidité, Gajanand avertit des voisins qui constatent avec effroi que sa femme est morte. Gajanand pense que sa femme, qui est portée pour la bouteille et qui a séjourné à deux reprises à l?hôpital Brown-Séquard, est morte naturellement dans son sommeil. Il le dit à la police.

Mais c?est sans compter les conclusions d?autopsie du Dr Satish Boolell. Lors de cet examen post-mortem pratiqué à la morgue de l?hôpital Victoria, Candos, hier, ce médecin légiste, vient rétablir la vérité. Il attribue le décès à une hémorragie subdurale. Selon lui, ce saignement interne pourrait résulter d?un violent coup sur le crane ou d?une brutale projection de la tête contre une surface dure. Des conclusions qui démontrent que la mort est suspecte.

C?est à partir des observations du Dr Boolell que la Criminal Investigation Division de Grand-Port-Savanne oriente son enquête qui n?est toujours pas terminée. Mais pour Gajanand Raujee que l?express a rencontré hier après-midi, il ne fait pas de doute que sa femme est morte des suites de violents coups de poings et de bâtons infligés dans la soirée du 1er janvier dernier par plusieurs membres de la famille Raujee.

?Mo madam ek moi nou tinn gaign enn ti diskision. Mo fami inn rant ladan et finn bat nou cout poin ek cout baton. Rajini inn gaign dimal dan so latet, so lamin ek so lestoma. Depi sa, li ti pe dir so lekor kaskase. Linn al dormi kat rer tanto ek li pas finn leve ditou. Akoz sa bate la ki linn mort?, allègue-t-il, en montrant son ?il gauche et son visage tuméfiés.

Comme la bastonnade aurait eu lieu dans la soirée du 1er janvier, c?est le lendemain que lui et sa femme se rendent à l?hôpital de Souillac et à la police pour se plaindre d?avoir été passés à tabac par la famille Raujee. Comme agresseurs, Gajanand Raujee cite les noms de son frère Toocaram et d?un de ses beaux-frères.

Si Gajanand Raujee est marié à Rajini depuis 20 ans et que de leur union sont nés Anju, 18 ans et Ashwin, 11 ans, le quadragénaire affirme que ses parents n?ont jamais porté sa femme dans leurs c?urs. ?Sa ti fatig Rajini boukou e ler li bwar so latet ti ankor pli fatige.?

De leurs côtés, Dahoo Raujee et son fils Toocaram démentent cette version des faits. Ils disent avoir accueilli Rajini ?ki ti enn zanfan mizer? à bras ouverts. ?Mo ban lezot zanfan ti mem repros moi prefer Rajini?, avoue Dahoo Raujee. Au fil du temps, les relations se seraient envenimées entre Rajini et sa belle-famille, en particulier quand la jeune femme et son mari se seraient mis à boire tous les jours.

?Zot travay de semenn, apre zot aret travay parski zot tro bwar. Zot lager ant zot, zot zoure ek zot fer tapaz.? C?est dans cette vie de bâton de chaise, ajoute la septuagénaire, que Gajanand Raujee aurait dilapidé son héritage qui comprenait des ?karo bananes?. Depuis ces disputes incessantes entre Gajanand, sa femme et eux, les Raujee déclarent qu?ils ont préféré ne plus leur adresser la parole.

Dahoo Raujee raconte que le 1er janvier dernier, c?est elle qui a été prise à partie par sa belle-fille. Rajini l?aurait taxée d?être une Marie-couche-toi-là et aurait cherché à la battre. ?Gro gro betiz linn dir mwa. Ek linn rod bat moi. Mo garson inn lev sab ar mwa.?

Ses autres enfants se seraient alors interposés pour éviter qu?elle ne soit brutalisée. Elle nie toutefois qu?elle ou les siens aient rossé Rajini ou Gajanand. Elle a consigné une déposition le 2 janvier à la police.

En attendant les conclusions de l?enquête de la CID de Grand-Port-Savanne qui cherche à connaître l?emploi du temps de mardi de la défunte, en relation avec le coup violent qu?elle aurait pu avoir reçu le jour de son décès, la dépouille de Rajini Raujee a été inhumée ce matin au cimetière de St.-Martin à Baie-du-Cap.

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