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L?école pour tous
Ceux qui pensent que l?année 2005 en sera une de grand cru pour l?éducation se trompent peut-être. Certes, la scolarité est désormais obligatoire jusqu?à 16 ans. Les langues orientales ont obtenu un statut amélioré au CPE. Les places réservées selon le critère religieux n?existent pas. La filière pré-professionnelle a passé sa période de tâtonnements et est dotée de structures efficaces. Mais tous ces progrès ne doivent pas cacher le fait qu?un des acquis de la réforme de l?éducation est en danger.
Le Parti travailliste (PTr) vient d?annoncer qu?il redonnera aux collèges Royal et Queen Elizabeth leurs lettres de noblesse s?il revient au pouvoir. Cette intention, qui a été exprimée par le leader du parti, Navin Ramgoolam, lors d?un congrès du All Rajput Congress (ARC) à Triolet en décembre dernier, mérite une attention accrue.
Il est vrai que l?opposition n?a pas encore de programme précis au chapitre de l?éducation et qu?elle n?a pas révélé ce que signifie concrètement son intention de ?promouvoir la politique de l?élitisme? une fois au pouvoir. Toutefois, en attendant ces précisions, on ne peut que déduire que le PTr souhaite réinstaurer le ?ranking? au CPE et la ?rat race? que l?on croyait disparue à jamais.
Manifestement, la politique annoncée par le PTr à Triolet a des visées électoralistes. Elle cherche à capitaliser sur une perception selon laquelle la démocratisation de l?enseignement a fait perdre ses privilèges à l?élite éducative traditionnelle. Déjà, au moment de son adoption, la réforme Obeegadoo était contestée par des radicaux qui y voyaient une tentative d?affaiblir un groupe social particulier.
Les opposants à la réforme avaient aussi prétendu que la démocratisation de l?enseignement allait provoquer un nivellement par le bas, argument dont les travaillistes se sont approprié par la suite. Il est paradoxal qu?un parti politique qui est en train de bâtir sa campagne pour la reconquête du pouvoir sur la démocratisation de l?économie ait jugé opportun de combattre la démocratisation de l?enseignement.
En vérité, si la réforme du CPE a enlevé la pression infernale qui pesait sur les petits écoliers pour obtenir un bon collège, elle n?a pas, pour autant, démantelé l?élite. La compétition pour une place aux collèges royalement nommés a simplement été repoussée à l?âge de 16 ans, à l?entrée en ?Form VI?. Ce n?est donc pas honnête de prôner le retour du ?ranking? en insistant sur le fait qu?il faut former une élite. C?est enfoncer une porte ouverte.
Ce serait d?autant plus regrettable de faire marche arrière sur la question du CPE que le combat contre les forces conservatrices a été ardu. L?on sait dans quelles circonstances il a finalement été possible d?obtenir l?abolition du ?ranking?. D?ailleurs, il n?est toujours pas clair si le diocèse catholique, propriétaire de certains collèges les plus réputés de l?île, est aujourd?hui partie prenante de la réforme ou non.
Il est inutile de chercher à remonter le temps pour bloquer l?intégration de tous dans le système scolaire. D?autres défis attendent le monde éducatif. Après la quantité, c?est la qualité qui devrait nous préoccuper. Le nombre de collèges d?Etat est passé de 34 à 70, c?est bien. Mais ce serait encore mieux si le contenu de l?enseignement qui y est dispensé était en adéquation avec le monde du travail.
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