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Y a-t-il des saboteurs au CEB ?

9 janvier 2005, 00:00

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Nicolay, hier. La station de relais du Central Electricity Board (CEB) est le théâtre d?un branle-bas de combat. De sérieux dysfonctionnements survenus au niveau des transformateurs et disjoncteurs ont plongé le pays dans le noir les deux nuits précédentes. Les techniciens en bleu de travail démontent, nettoient et rassemblent sous un soleil de plomb. Nicolay doit réintégrer le circuit national dans les heures qui suivent.

Pendant ce temps, le pays s?émeut d?un doute planté dans la conscience collective par le conseil des ministres lui-même. Le communiqué officiel émis par le gouvernement vendredi, à la suite de la réunion hebdomadaire de cette instance, comprend une phrase équivoque. « Cabinet has taken note that there was (also) a major interruption in electricity supply during the AGOA conference held in Mauritius in January 2003 » est-il écrit.

Cette fois-ci, on est à la veille de la tenue à Pailles de la conférence des Nations Unies. C?est trop de coïncidence, semblent penser certains à l?hôtel du gouvernement, d?où cette phrase dans le communiqué.

« Forte suspicion »

« Nous avons une forte suspicion à l?effet qu?il peut y avoir eu maldonne » confirmait-on vendredi soir dans l?entourage du Premier ministre. Notre interlocuteur ajoute qu?« à ce stade » (il s?appuie avec insistance sur ce terme) rien ne permet de penser que les soupçons peuvent avoir un fondement.

Trente-six heures après la première panne de jeudi qui a privé 80 % du pays d?électricité pendant des heures, le gouvernement n?a toujours pas pu confirmer ses soupçons. Il se voit contraint d?accepter l?explication du CEB, défendue avec vigueur par son directeur général, Ravin Dajee : l?accident est de nature technique.

« A ce stade, nous excluons complètement la thèse du sabotage. La station est sous haute protection et l?accès y est contrôlé. Vu la nature des infrastructures concernées, ce n?est pas possible pour quiconque de saboter sans mettre sa propre vie en danger. Il ne suffit pas d?appuyer sur un bouton pour tout faire sauter » explique Dajee.

Personne, toutefois, n?arrive à expliquer ce qui s?est passé. Jeudi, un transformateur saute. Les techniciens sont encore à constater les dégâts quand un disjoncteur explose aussi. Vendredi, un nouveau transformateur éclate.

Nicolay est une importante station de relais, liant les centrales de Fort-George, St Louis, Nicolay et de Belle-Vue. Les équipements de la station de relais ne sont pas vieux, ayant entamé à peine la moitié de leur durée de vie. Il n?y avait pas de surcharge électrique non plus, explique Prabhakar Sembhoo, Transmission and Distribution manager.

Tel n?est pas l?avis de Swalay Kasenally, ancien président du CEB. Il affirme que Nicolay souffre de vétusté par manque d?entretien. « Le département de protection de réseau manque de compétences appropriées dans un secteur qui ne cesse de se moderniser », dit-il. Pour lui, les black-outs relèvent de « l?incompétence et de la négligence ».

Prabhakar Sembhoo réfute : « Le transformateur du type qui vient de sauter est un sealed unit. Il ne requiert aucun entretien. Pour le reste, nous observons un calendrier strict. Nous allons à présent étoffer les inspections et vérifier toutes les centrales pour prévenir d?autres accidents ailleurs ».

La direction du CEB et Alan Ganoo, ministre de tutelle, sont descendus à Nicolay hier. Ce dernier a décidé sur place d?instituer une enquête indépendante sur les black-outs. Les consultants seront recrutés le plus rapidement possible en Afrique du Sud ou en Inde. Ils devront trouver la cause de la panne et de l?explosion et établiront si les deux incidents sont liés. Ils devront aussi certifier que le processus de réhabilitation après le premier accident a été correctement enclenché. Ils expliqueront pourquoi la panne de jeudi a eu un impact aussi grand, soit sur 80 % du pays et recommanderont des mesures de prévention.

« Nous faisons confiance au CEB. Celui-ci poursuivra d?ailleurs son enquête interne. Mais nous préférons en avoir le c?ur net » explique Ganoo. Il a demandé à Prabhakar Sembhoo de tout mettre en ?uvre pour éviter de nouveaux black-outs durant la conférence de SIDS. « Ne laissez rien au hasard ».

Même si, à ce stade, rien n?accrédite la thèse d?un quelconque sabotage, les propos des uns et la détermination des autres à tirer toute cette affaire au clair ne rassurent guère le public, qui se prépare déjà pour un troisième black-out?

Employés révoltés

« Il n?y a pas de sabotage. Il est inconcevable qu?au moment où trois équipes de techniciens qui travaillent dans des conditions difficiles, au péril de leur vie, des voix ici et là parlent de sabotage. » Ainsi s?exprime un ingénieur du CEB, révolté comme bien d?autres employés par les insinuations de « sabotage ». Si pour certains cadres, la frustration et la démotivation sont manifestes, ce n?est pas pour autant qu?ils sont prêts à digérer les commentaires sur leurs compétences. « Nous avons pendant des années donné beaucoup de nous-mêmes. C?est une équipe qui a travaillé dans des situations les plus difficiles pour satisfaire les besoins en énergie tant pour le public que pour les industries », déclare un haut officiel du CEB. Les ingénieurs mauriciens ne comprennent pas une certaine « logique » : ils sont payés Rs 30 000 alors que des étrangers reçoivent des salaires de l?ordre de Rs 200 000 à Rs 350 000. Il faut faire appel à l?expérience et aux compétences mauriciennes, revendiquent-ils. Les techniciens récusent l?idée de sabotage car, au vu des défaillances techniques, ce scénario est inconcevable, maintiennent-ils. Jack Bizlall, le représentant syndical des employés du CEB, réfute lui aussi la thèse du sabotage, même s?il confirme qu?il y a un mécontentement eu égard aux conditions de services au CEB.

Ce 17 janvier 2003

La panne survenue en 2003 durant la conférence de l?AGOA avait été occasionnée par les orages et une tempête électrique qui avait abîmé le conduit de haute tension reliant la station de Fort George à celle de la Route Nicolay. Elle avait provoqué, le 17 janvier, l?interruption totale de la fourniture d?électricité durant plus de trois heures.

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