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ABDOOL KALLA

8 janvier 2005, 00:00

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Le talent d?Abdool Kalla, caricaturitse à l?express, a dépassé nos frontières. Ce dernier a décroché le premier prix du concours Africartoon 2004, destiné aux caricaturistes africains.

Un concours dont le thème était les dix ans de l?abolition de l?apartheid en Afrique du Sud.

Ce concours, rendu possible grâce à l?énergie de Marisa Paolucci, journaliste au magazine

Nigrizia en Italie, était placé sous l?égide du centre Dyonisia, le centre italien de la culture. Invité à faire le déplacement jusqu?à Rome pour y recevoir son prix, Abdool Kalla n?en revient toujours pas. Rencontre.

Il observe, laisse traîner ses oreilles, réagit, invente, crée, dessine. Le but : se couler dans un monde satirique, où l?humour, jamais cynique, se veut le miroir de nos réalités. Sans trahir ni plagier, Abdool Kalla, caricaturiste à l?express depuis treize ans, est un observateur avisé, un homme dôté d?une capacité à intérioriser les choses avant de les reproduire à sa manière, avec une pointe d?ironie.

Pendant que ses yeux observent, ses mains dessinent, d?abord au crayon, puis sur ordinateur, ce que ses yeux avertis ont capté.

Aujourd?hui, après avoir décroché une reconnaissance africaine et européenne grâce à son premier prix au concours Africartoon 2004, l?homme n?a guère l?impression de dominer son affaire ou d?être passé maître dans l?art de caricaturer. Lui, a plutôt l?impression qu?il n?y serai jamais arrivé sans l?aide de Dieu, qui veille sur lui nuit et jour. Il a certes eu la confirmation qu?il pouvait appréhender son talent, l?embellir et le coucher sur papier.

Ce concours, le premier auquel il s?inscrit, et là, encore, grâce à d?heureuses circonstances, le fait sourire de bonheur. Marisa Paolucci, l?initiatrice des différentes éditions d?Africartoon, de passage chez nous pour sa lune de miel, a pris contact avec lui et l?a invité à participer à ce concours. «Je pensais que je n?étais pas du tout à la hauteur d?autres caricaturistes africains. Mais puisque cette proposition m?étais tombée dessus, j?ai accepté d?y participé.»

Là-bas à Rome, là où l?a conduit son talent, il a été félicité, congratulé. On comprend mieux l?esquisse de sourire sur ses lèvres. «Ce qui m?a touché, c?est quand ils ont détaillé mon travail et qu?ils m?ont expliqué pourquoi j?avais gagné. Après quoi, ils m?ont tous serré dans leurs bras pour me féliciter. J?ai en plus bénéficié d?un traitement de VIP, avec une mercedes à ma disposition !» Abdool Kalla est d?autant plus touché que les membres du centre Dyonysia, dont son président, un certain monsieur Pesce, qui lui a d?ailleurs remis son prix, ont parlé en termes forts élogieux de son île et du journal qui l?emploie. «Incroyable qu?un caricaturiste venu d?un si petit pays ait réussi du premier coup,» nous raconte timidement Abdool Kalla.

Sur la note de félicitations qui accompagne son prix, Marisa Paolucci, écrit : «Your work shows a clear and efficacious synthesis of the economic situation of the country (South Africa). A messge without frontier.» Cette caricature qui lui a pris cinq heures de travail, a conquis le jury italien, composé de Vauro et Massimo Caviglia, tous deux, caricaturistes reconnu et respecté en Italie.

Le petit Larousse définit le caricaturiste comme étant un dessinateur et un imitateur. Pas un imitateur des autres, se défend Abdool Kalla, mais un imitateur des heurts et des m?urs sociaux. Sa tasse de thé, ce sont les politiciens ? de la soupe populaire certes, mais une soupe que seul son regard et son coup de crayon suffit à rendre plus colorée.

«Plis zot fer gaffes, pli mo content,» explique-t-il dans un éclat de rire. Mais Abdool Kalla ne fait pas dans la facilité ou dans la gratuité. Il s?est lui même fixé des paramètres, qu?il met un point d?honneur à respecter. Jamais de blagues s?ils sont malades et jamais violer leurs vies privées. «A l?express, nous avons carte blanche pour nous exprimer. Cela me plaît toujours autant d?être dans la presse, c?est un univers particulier où la libre expression se conjugue sans problème,» explique-t-il.

Abdool Kalla ne semble pas posséder certaines excentricités dont sont pétris les artistes. Lui, se la joue discret, avec de temps en temps, cette petite phrase qu?il sort, qui fait mouche, alors que personne ne s?y attend. «Mo préfer reste derrière pou mo observe ce ki pé passé dévan,» explique-t-il en riant. Cet homme qui déteste l?ennui, qui garde toujours sur lui un crayon et une feuille de papier parce que l?inspiration ne prévient pas quand elle va débarquer, sait inventer. Il fonctionne à l?instinct et vit d?une terrible exigence qu?il s?impose à lui-même : recommencer si le produit ne le satisfait pas.

C?est sans doute cette rigueur qui lui a permis de maintenir le cap et lui a permis, à ses débuts, dans les années 80, de s?installer dare-dare à la rédaction du magazine mauve, Le Militant. Sa passion unique tient en un mot : son métier. Il ne peut même pas s?imaginer autrement que caricaturiste. De l?école où il se plaisait à caricaturer les enseignants qu?il aimait le moins, à aujourd?hui, où il habille de son regard amusé mais toujours réaliste, les pages de l?express, Abdool Kalla, n?a jamais perdu foi en son talent.

Son originalité, fait de franchise et d?une bonne touche de regard malicieux, continue à faire vivre sa famille. «Il ne faut toutefois pas faire ce métier pour l?argent. On le fait parce qu?on l?aime, tout simplement.» Cet homme qui épluche la presse quotidienne à la recherche de la petite bête qui titillera son imagination, pense qu?un dessin bien orchestré vaut mille textes. «Enn caricature explik kitchose ki pas capav ékrir. Mesaz là pli clair, pli percutant ! »

Lors de son séjour à Rome, Abdool Kalla a rencontré le caricaturiste africain Al?mata. Ce dernier reconnu jusqu?en France où il travaille sur divers storyboards pour films et courts-métrages, l?a invité à participer au prochain Festival international de la bande dessinée d?Angoulême. L?idée d?une BD germe déjà dans sa tête foisonnnante. Son rêve pour l?île Maurice, serait de voir s?installer une école de la bande dessinée et de la caricature. Un projet pas si utopique selon lui, si l?on considère l?intérêt de la nouvelle génération pour la BD et toutes ses possibilités, de l?animation à la caricature. En attendant, son travail à lui continue.

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