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Creuset multiethnique de la douleur

8 janvier 2005, 00:00

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Au stade de Phuket, ils étaient venus de toute la Thaïlande pour rendre hommage aux morts de la tragédie, lors d?une cérémonie multiconfessionnelle organisée par les pouvoirs publics et les organisations caritatives locales. Quelque 1 200 moines en robe orange, le crâne rasé, étaient assis sur les gradins. Sur la pelouse, des personnalités bouddhistes, chrétiennes et musulmanes du pays voisinent avec plusieurs milliers de personnes munies d?un vase avec une bougie orange. «C?est le moins qu?on puisse faire pour les morts. L?orange et la lumière sont là pour tuer l?obscurité qui a gagné les c?urs», dit Tawalsak Yatisakko, un moine de Bangkok.

Dans la Thaïlande de l?après-tsunami, psychologues bénévoles, professionnels mandatés par leurs gouvernements, religieux de toutes qualités et Bons Samaritains improvisés chassent les mauvais démons qui hantent les esprits, chacun à sa manière. Pour les victimes, locales ou étrangères, directes ou indirectes, les chemins du deuil ne sont pas toujours les mêmes, mais se croisent quelquefois, dans ce creuset multiethnique de la douleur que sont devenus Phuket et ses environs.

«Je vois dans les zones touchées des gens hébétés assis sur les fondations de leurs maisons, qui restent comme ça des heures, des jours peut-être, paralysés, observe Linda Hermmann, bénévole canadienne pour une association chrétienne, qui vit depuis de nombreuses années en Thaïlande. Ça m?est arrivé d?aller chercher des psychologues étrangers et de traduire pour eux. Ces gens qui ont perdu leur maison, leurs proches et leur travail ne savent pas sortir de l?état où ils sont. Alors ils vident leur sac, pour la première fois. Je les prends dans mes bras. Ce n?est pas quelque chose qu?ils ont l?habitude de faire.»

Dans les camps de réfugiés de la région de Takuapa, où le nombre de morts est le plus élevé, animisme, bouddhisme et superstitions produisent d?étranges mélanges. Beaucoup ne plaisantent pas quand ils parlent, à demi-mot, des fantômes - les phii, omniprésents dans l?imaginaire thaïlandais - revenus hanter les lieux.

C?est pour la paix de ses morts que, tous les jours, Mukda Pangun, une femme de 39 ans ayant perdu un fils et cinq membres de sa famille au village de Ban Nam Khem, passe en revue, comme une somnambule, les photos aux visages atrocement déformés qui sont affichés devant les temples où sont entreposés les cadavres. ?Je veux vraiment retrouver les corps.?A la mairie de Phuket, des panneaux entiers sont tapissés de photos des disparus, visages souriants, familles heureuses, couples enlacés.

<B>Brice PEDROLETTI</B>

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