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Air Mauritius se braque contre Emirates

6 janvier 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le mariage bat de l?aile depuis un an. Et le divorce est aujourd?hui dans l?air. Rien ne va plus entre Air Mauritius et Emirates. La compagnie nationale d?aviation tire la première salve et exige une renégociation de ses accords avec le transporteur des Emirats arabes unis. Elle veut faire un trait sur un document signé en 2001 et qui jouerait plutôt en sa défaveur.

?Air Mauritius ne gagne rien de son partenariat avec Emirates, alors il est grand temps de tout revoir?, indique un membre du conseil d?administration d?Air Mauritius. Le présent arrangement expire au début de l?année prochaine.

Emirates fait actuellement pression sur le gouvernement afin d?obtenir l?autorisation d?opérer un vol quotidien sur Maurice. Mais le bureau du Premier ministre continue de faire la sourde oreille à cette requête.

Toutefois, avec une révision éventuelle de l?accord avec Air Mauritius, Emirates devrait perdre un des ses quatre vols hebdomadaires sur Maurice.

Air Mauritius et Emirates peuvent chacun opérer trois vols entre Maurice et Dubayy. Air Mauritius, qui a abandonné la desserte après huit mois en 2002, a cédé un de ses vols à Emirates. En contrepartie, la compagnie nationale d?aviation obtient 45 sièges sur chacun des quatre vols du transporteur arabe. Mais l?arrangement conclu en 2002 n?est plus au goût du nouveau management d?Air Mauritius.

?Nous n?arrivons pas à vendre ce quota à cause d?une politique délibérée d?Emirates. Finalement, nous ne recevons pas un sou de ce partenariat?, souligne un directeur d?Air Mauritius. Il insiste qu?Emirates pratique des prix inférieurs à ceux de la compagnie nationale alors que les deux transporteurs ne devraient pas être concurrents. En plus, les passagers voulant voyager sur le quota d?Air Mauritius auraient d?énormes difficultés en vue d?obtenir un visa pour Dubayy. Parmi, on retrouve les frequent flyers d?Air Mauritius.

Le braconnage chiffré

Mais la querelle entre Air Mauritius et Emirates va au-delà du code-share controversé. L?Etat et Air Mauritius accusent la compagnie arabe de siphonner les viviers touristiques traditionnels au lieu de se concentrer sur le marché du Golfe. Après tout, Emirates s?est forgé une réputation internationale en misant sur la sixième liberté. Ce principe lui confère le droit de charger librement des passagers en escale. Ce qui a pour effet de détourner la clientèle des compagnies nationales opérant des vols directs.

British Airways, Air France, et Air India sont venues apporter de l?eau au moulin d?Air Mauritius. Ces trois compagnies aériennes sont actionnaires de la société mauricienne. British Airways et Air France proposent des vols directs entre l?Europe et Maurice. Selon une étude effectuée par ces compagnies aériennes, plus de 36 000 Européens sont arrivés à Maurice par Emirates entre mai et octobre 2004. Parmi, on retrouve 17 500 Britanniques.

?Maurice accueille 91 000 touristes britanniques chaque année. Si Emirates transporte 35 000 d?entre eux, que restera-t-il pour Air Mauritius et British Airways ?? se demande un directeur de la compagnie nationale d?aviation.

British Airways annonce déjà la couleur. La compagnie britannique opère trois vols hebdomadaires sur Plaisance. Si son trafic sur cette route continue à baisser à cause d?Emirates, elle se verrait obligée de réduire ou même d?abandonner cette desserte.

Pour beaucoup, la situation sur le marché britannique est symptomatique du casse-tête Emirates. Le transporteur des Emirats arabes unis opère 12 vols quotidiens entre Dubayy et la Grande-Bretagne. Devant remplir ses capacités en forte croissance, Emirates achemine ainsi sa clientèle européenne au-delà de son hub en attendant que le développement touristique de Dubayy arrive à maturité.

Emirates s?est déjà taillé des parts significatives sur les marchés traditionnels. Une étude réalisée entre août 2003 et juillet 2004 démontre que 6 % des passagers venant à Maurice au départ de Londres ont voyagé par Emirates. Dans les autres aéroports européens, les chiffres sont aussi impressionnants: 67% à Birmingham, 40 % à Manchester, 32% à Düsseldorf, 11% à Francfort et 8,1% à Nice.

Ce chiffre inquiète Air Mauritius mais aussi le gouvernement. Si les transporteurs établis réduisent leurs vols directs sur Maurice, les touristes seront obligés de passer par Dubayy ? ce qui est moins attrayant pour le visiteur mais qui lui permettra également de découvrir une destination concurrente de Maurice. Dubayy attire cinq millions de touristes annuellement. Et ce chiffre devrait tripler d?ici 2010.

Les responsables d?Emirates ne veulent pas polémiquer sur les accusations d?Air Mauritius. Une liste de points soulevés dans cet article a d?ailleurs été soumise à la direction de la compagnie aérienne.

?Relations cordiales?

Réponse officielle du quartier général d?Emirates à Dubayy: ?Notre relation avec Air Mauritius a toujours été très cordiale. Emirates a collaboré étroitement avec Air Mauritius dans le passé et le fait encore aujourd?hui.?

En attendant une nouvelle étape dans cette bataille rangée, Emirates pourrait bénéficier de l?ouverture ponctuelle du ciel. La demande pour les chambres d?hôtel explose à la suite du récent tsunami qui a ravagé l?Asie. Les touristes ayant annulé leurs réservations dans les endroits touchés se tournent maintenant vers Maurice.

Emirates est un important opérateur sur les Maldives et le Sri Lanka. Le transporteur arabe est d?ailleurs un des principaux actionnaires de Sri Lankan, la compagnie nationale srilankaise.

?Emirates aura également droit à des vols supplémentaires mais uniquement s?ils se font à la requête spécifique des tour-opérateurs. Cela ne veut nullement dire que ces vols deviendront permanents après?, explique-t-on à Air Mauritius.

Le bureau du Premier ministre est sensible aux arguments d?Air Mauritius. Il a rejeté les demandes d?Emirates en bloc jusqu?ici. Toutefois, quelques membres du cabinet se sont ouvertement prononcés en faveur du transporteur arabe. Certains hôteliers, qui ont de gros projets à Dubayy, soutiennent également Emirates. La guerre ne fait que commencer. Mais le Paille-en-Queue a déjà retroussé ses ailes.

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