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Dubayy : le nouveau centre du monde
Amarré au quai de la crique, le boutre tangue légèrement. En ce début d?après-midi, Rashid savoure une petite sieste. Il n?a que faire des reflets du soleil sur les immenses tours de verre et d?acier. Il en a l?habitude. Au cours des 15 dernières années, les chantiers de construction se sont multipliés sur ce coin du golfe Persique. Aujourd?hui, il y a plus de grues dans Dubayy que dans tout le Canada. Dans cinq ans, ce city-state sera un point incontournable du globe.
Dubayy, c?est l?histoire d?un petit port qui rêvait de se transformer en centre du monde. La pêche et le commerce ont nourri les familles établies sur ce bout de désert. Jusqu?à la découverte du pétrole au début des années 60.
Mais contrairement aux autres pays du Moyen-Orient, Dubayy ne s?est pas laissé gagner par le syndrome du nouveau-riche. Au lieu de brûler ses pétrodollars, il les a investis pour concrétiser les rêves qu?il a toujours nourris.
■ Destination de superlatifs
En 1990, le gouvernement de Dubayy dévoile ses batteries. Il se donne dix ans pour réduire sa dépendance sur le pétrole. Pari tenu puisqu?au début du nouveau millénaire, la contribution du pétrole au produit national brut passe de 80 % à 10 %. Dubayy produit toujours autant de pétrole qu?auparavant même si ses réserves s?épuisent en 2016. L?astuce est que l?émirat a misé sur de nouveaux secteurs pour créer de la richesse.
Le tourisme est identifié comme un secteur prioritaire dès le départ. Gouvernement et secteur privé mettent la main à la pâte pour créer une oasis touristique à partir de rien. Le hub commercial du Moyen-Orient, longtemps réputé pour son or et ses épices, devient rapidement le paradis du shopping. La position géographique permet à Dubayy de devenir un point stratégique pour la distribution de produits alimentaires mais également d?articles de luxe.
Le Dubai Shopping Festival, qui se tient du 12 janvier au 12 février, illustre bien la popularité du shopping. Il a, l?an dernier et à lui seul, attiré trois millions de visiteurs. Dubayy compte aujourd?hui 35 énormes centres commerciaux. Suivront une dizaine d?autres dont le Dubai Mall qui sera, à son ouverture en 2007, le plus grand centre commercial du monde. Après s?être longtemps rabattu sur des produits populaires comme l?électronique, Dubayy cible maintenant le grand luxe.
Le shopping reste un impressionnant appât mais l?industrie touristique s?est créée de nouveaux atouts en route. On va aussi à Dubayy pour jouer au golf, assister aux courses hippiques les plus dotées au monde et celles de chameaux, pêcher des perles, skier sur les dunes ou encore faire une croisière en boutre. Le tourisme représente aujourd?hui un tiers du produit national brut et l?émirat accueille actuellement cinq millions de touristes annuellement. Un nombre qui devrait tripler d?ici cinq ans.
Dubayy n?a pas de Tour Eiffel ou de Statue de la Liberté. Les touristes se déplacent pour des icônes. Message reçu cinq sur cinq avec la création des landmarks à la chaîne. Si chaque nouveau bâtiment est une ode à la créativité architecturale, l?Etat va encore plus loin. Le Burj-Al-Arab, l?unique hôtel sept-étoiles au monde, est aujourd?hui l?icône de Dubayy. Demain s?érigera à la city-state le Burj Dubai, le plus haut gratte-ciel de la planète.
La création de landmarks propulse le tourisme. Ainsi Dubayy a investi Rs 150 milliards dans un parc d?attractions révolutionnaire. Dubailand, huit fois plus grand que Disneyland, comptera une pente de ski, un zoo, des pyramides, un dôme écologique qui permettra à des plantes de pousser dans le désert et des dizaines d?autres attractions.
■ Big bang financier
Dubailand qui en impose, doublera l?agglomération de Dubayy et transformera l?émirat en une véritable capitale touristique. Après tout, Dubayy n?est qu?à huit heures de vol de l?Europe et de l?Asie. D?où l?importance d?Emirates qui continue d?ouvrir de nouvelles routes à travers le monde. La dernière est un vol non-stop entre Dubayy et New-York.
La compagnie nationale d?aviation de Dubayy connaît une croissance à deux chiffres depuis 19 ans. Elle ne cesse d?étendre ses ailes et d?agrandir sa flotte. Elle compte un nouveau créneau : le stopover. Une stratégie qui lui permet de siphonner les passagers de ses rivaux. Dans le même souffle, les touristes découvrent les charmes de Dubayy. L?accès aérien, qui est totalement libéré, permet à 105 compagnies aériennes de relier Dubayy à 145 destinations à travers le monde.
?Ne gardez pas votre argent en banque, investissez-la dans l?avenir de Dubayy.? Le message du Sheikh Mohammed bin Rashid Al Maktoum est clair. Les pétrodollars doivent financer le renouveau de Dubayy, déjà en bonne voie. Alors que le tourisme vole haut, Dubayy continue à rêver. Elle ambitionne de devenir un centre financier mondial.
Les premiers jalons sont posés avec la création du Dubai International Financial Centre qui pilote la mise en place d?une nouvelle bourse et la révision du cadre légal. Il sera également à la base de nombreux projets immobiliers, dont la construction d?un bâtiment au plus grand parking au monde.
Le centre financier de Dubayy prend rapidement forme. Les buildings ultra-modernes du Business Bay feront oublier les ruelles du square mile londonien ou le gris de Wall Street tout en épongeant des milliards de dollars qui transitent traditionnellement dans les centres financiers d?Europe, des Etats-Unis et d?Asie.
■ Créneaux porteurs
L?argent, ce n?est pas simplement une histoire de pétrole et de services financiers. Dubayy vise désormais sur les créneaux les plus porteurs. Au plus fort du boom des dotcoms, Dubayy est de plain-pied dans les technologies de l?information et de la communication (Tic). L?explosion de la bulle n?a pas affaibli la Dubai Internet City (DIC). La DIC se positionne aujourd?hui comme une base stratégique pour des sociétés qui ciblent une région qui s?étend du Moyen-Orient à l?Inde, de l?Afrique à la Russie. Une population de 1,6 milliard de personnes et un produit intérieur brut combiné de Rs 30 trillions.
Parmi elle, on retrouve HP, Microsoft, Sony Ericsson et Cisco. Les start-ups se bousculent aux portes du DIC car les facilités sont impressionnantes et les subventions généreuses. La stratégie n?est pas innocente. Les Tic génèrent des milliards de dollars et rien que le segment de l?externalisation représentera $25 milliards en 2006.
Avec la convergence des technologies, l?importance des médias ne cesse de croître. Les revenus générés augmentent également en flèche. Dubayy l?a compris et a créé le Media City. Reuters, Al Jazeerah, CNN, Bertelsman et Associated Press figurent parmi les grands noms qui s?y sont installés.
Investir dans des créneaux porteurs est la devise de Dubayy. C?est ainsi que les nouveaux investissements se dirigent maintenant vers la santé et l?éducation. La Healthcare City, qui est actuellement en construction, offrira des services médicaux de pointe aux habitants du monde entier. Les plus prestigieuses institutions médicales du monde signent déjà avec la Healthcare City. Parmi elle, on retrouve l?école médicale de l?université de Harvard.
Le développement tous azimuts de Dubayy nécessite aussi une main d??uvre formée. L?émirat a déjà lancé son Knowledge Village qui regroupera les meilleurs centres de formation du monde entier. Plusieurs universités américaines et européennes ont déjà ouvert leurs portes dans ce campus sans pareil. D?autres suivront. L?objectif est non seulement de former ceux qui travailleront dans le Dubayy de demain mais également les jeunes issus de l?Asie, du Moyen-Orient, de l?Afrique et des anciennes républiques russes.
■ Vision hors-pair
La force de Dubayy est sa vision. L?émirat s?aventure toujours dans des paris calculés. Les investissements sont importants, les bénéfices potentiels encore plus. Dubayy n?a pas peur de voir grand. En construisant trois versions du Palm, par exemple, les autorités ont révolutionné l?immobilier. Ces îles construites dans le Golfe ont augmenté la cote de Dubayy par 166 %.
L?émirat mise sur la compétence des étrangers pour se développer davantage. Ici, la taxe est un mot qui n?existe pas. Tout est duty-free et le concept du One-stop-shop est appliqué à la lettre.
Dubayy se donne en exemple. Le miracle du Moyen-Orient n?est qu?à six heures de vol de Maurice. Tout comme Maurice, Dubayy rêve. Elle a toutefois le culot de réaliser ses ambitions sans peur ni préjugé.
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