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Les Taïwanais choisissent le statu quo avec la Chine

13 décembre 2004, 00:00

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Si la défaite du parti indépendantiste du président taïwanais Chen Shui-bian devrait permettre de décrisper la situation sur le détroit de Formose, elle risque également de paralyser les institutions de Taïwan.

Sans majorité au Parlement, Chen aura beaucoup de difficultés à faire passer sa réforme de la Constitution et à affirmer davantage l?identité taïwanaise face au régime de Pékin. ?Les électeurs taïwanais ont clairement choisi de freiner les ardeurs des verts?, peut-on lire dans l?éditorial du China Times, en évoquant la couleur du Parti démocrate progressiste de Chen (DPP). ?Les électeurs ont peut-être choisi les bleus, mais ils se sont en fait surtout prononcés pour le maintien de la stabilité.?

Le Parti nationaliste, ou Kuomindang, de Lien Chan a fait campagne sous ses couleurs bleues avec un programme beaucoup plus conciliant vis-à-vis de Pékin.

La formation du général Tchang Kaï-Chek, qui avait fui la Chine continentale lors de la prise de pouvoir des communistes en 1949, est le grand vainqueur des législatives puisqu?il dispose désormais de 79 sièges, contre 68 avant l?élection. La coalition formée autour du Parti nationaliste regroupe 214 députés sur 225.

Le DPP demeure la première force au Parlement avec 89 élus, contre 87 avant le scrutin. Mais avec son allié indépendantiste, l?Union Solidarité Taïwan, il ne totalise que 101 sièges.

Or l?animosité entre les responsables des deux principaux partis, qui s?adressent à peine la parole, exclut toute forme de cohabitation. Ce blocage devrait contrarier les ambitions de Chen. ?La Chine et les Etats-Unis vont pouvoir souffler?, explique Zhu Feng, de l?université de Pékin. ?Les résultats montrent qu?une majorité de Taïwanais est en faveur du statu quo.?

Risques de mésentente

Les spécialistes s?accordent à dire que la radicalité affichée vers la fin de la campagne par les partisans de l?indépendance a été de nature à effrayer les électeurs. En mars, Chen n?avait été réélu que de justesse.

Ce dernier a été prompt à tendre la main à ses adversaires.

?La fin des élections doit être le début de la réconciliation et de la coopération?, a dit Chen en acceptant sans réserves l?issue du scrutin. ?Unissons Taïwan, stabilisons les relations de part et d?autre du détroit de Formose et travaillons ensemble à la prospérité économique.?

Mais les deux camps risquent de ne pas s?entendre. Car le président a refusé de nommer un représentant de l?opposition au poste de Premier ministre, comme le demandait Lien Chan. ?Nous exhortons Chen Shui-bian à respecter la volonté du peuple?, a dit Lien.

Les nationalistes, favorables au rapprochement avec Pékin, ont utilisé ces dernières années leur majorité au Parlement pour bloquer les initiatives de Chen.

Ils ont ainsi voté contre le déblocage de 18 milliards de dollars pour acheter auprès des Etats-Unis des armes défensives en affirmant que la somme demandée était trop élevée.

Les législatives avaient été présentées comme un référendum sur la politique chinoise de Chen. Les résultats sont donc interprétés comme le signe d?une méfiance des Taïwanais quant aux éventuelles provocations vis-à-vis de la Chine.

Persuadé que Chen a l?intention de proclamer l?indépendance de Taïwan avant la fin de son second mandat présidentiel en 2008, Pékin refuse toute négociation avec lui et pointe 600 missiles sur Taïwan pour le cas où l?île en viendrait à proclamer son indépendance.

Le président taïwanais s?est engagé à ne pas organiser de référendum sur l?indépendance, mais il se montre intraitable quant à la souveraineté de l?île.

Mais son projet de rédiger une nouvelle Constitution risque d?être abandonné, puisque sa modification requiert son approbation par les deux tiers des parlementaires.

Alice HUNG Tiffany WU

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