Publicité

Sortie de crise en 2005 ?

12 décembre 2004, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le sondage politique « l?express- Synthèses » semble bien refléter l?état de l?opinion publique et les dynamiques qui la travaillent. Au lieu de remettre en question les résultats de ce sondage et la méthodologie adoptée, les stratèges des différents partis gagneraient plutôt à en faire la « lecture » qui convient. Il y a d?importantes leçons à en tirer !

Le sondage couvre la cote des partis, des alliances et des personnalités politiques. En marge des prochaines élections législatives de 2005, c?est l?évolution de la cote des alliances politiques qui retient davantage l?attention. Le fait majeur du sondage est la chute de 11 % de l?alliance MMM-MSM entre juin et novembre 2004. L?alliance sociale quant à elle « stagne » autour de 21 %. Les déserteurs de l?alliance au pouvoir préfèrent aller gonfler soit la catégorie des indécis, soit celle qui ne se prononce pas, plutôt que de soutenir l?alliance sociale.

Ces tendances ont de quoi inquiéter les dirigeants des deux alliances. La chute de l?alliance MSM-MMM vient exprimer un mécontentement de la population. Un mécontentement dû à plusieurs facteurs : les récentes mesures impopulaires, un mode de gestion technobureaucratique froid, une communication privilégiant l?intolérance et l?intimidation, une gestion des conflits caractérisée par l?abdication devant les pressions lobbyistes. Et pour couronner le tout, une perception grandissante dans l?opinion que les politiques de tous bords n?ont comme seul souci la gestion de leurs carrières. Il y a un mécontentement réel qui a fini par gagner l?opinion.

Ce sondage est arrivé une semaine après que Paul Bérenger ait annoncé que la formule à l?Israélienne sera adoptée de nouveau pour les législatives de 2005 avec une reconduction de l?alliance MMM-MSM et que de ce fait, il se mettrait en disponibilité pour travailler dans des organisations internationales à partir de 2008. Or, si « Synthèses » crédite l?alliance MSM-MMM de 30,3 % d?intentions de vote, soit dix points d?avance sur l?alliance sociale, le MSM quant à lui atteint 5,8 % d?intention de vote, contre 11,6 % en juin 2004. Cette importante baisse risque de précipiter la dissidence animée par Anil Bachoo au sein du MSM.

Visiblement, l?alliance sociale a encore un obstacle à franchir, malgré une perception grandissante chez ses dirigeants qu?une lame de fond va les porter au pouvoir lors des prochaines législatives. Elle n?arrive pas, selon « Synthèses », à capitaliser à son avantage la chute de popularité de l?alliance au pouvoir. Or, les élections législatives se gagnent quand on parvient à obtenir l?adhésion de ceux qui ne font pas partie du noyau dur. Il n?est pas dans l?intérêt de l?alliance sociale, d?être « over-confident ». Le Dr Navin Ramgoolam semble en être conscient, car il déclare que les prochaines élections générales ne seront « pas faciles ». L?alliance sociale et son dirigeant ont encore un problème de crédibilité auprès d?une frange importante de l?électorat qui reste encore à être convaincue.

L?alliance de partis qui arrivera à se présenter comme celle ayant la volonté, les compétences et les capacités de piloter le pays dans cette période difficile, finira par rallier une majorité. L?alliance sociale n?a pas encore fait la démonstration qu?elle peut mieux gérer et donner de meilleurs résultats que l?alliance MSM-MMM. Avec un électorat

plus intelligent et raisonné qu?on ne le pense, l?argument « bread and butter » ne sera pas le seul déterminant du vote. Le sondage de « Synthèses » est certainement en train d?influencer le jeu des forces politiques en présence. Un premier impact pourrait être la précipitation de la dissidence animée par Anil Bachoo. La concrétisation d?une telle dissidence et sa gestion par l?alliance sociale viendraient bouleverser bien des données sur l?échiquier et compromettre bien des projets.

Si les deux blocs actuels arrivent à tenir, il faut s?attendre à des élections âprement disputées. Paradoxalement, ce serait l?alliance MSM-MMM qui pourrait disposer de plus d?atouts d?ici les prochaines élections : budget électoraliste, utilisation de l?appareil d?état et puissant « spin doctoring » pour créer l?impression que le pays est en train de récolter les fruits de la politique menée. L?alliance sociale a, quant à elle, compris que ce n?est pas sur le terrain ethnique qu?elle va dégager une majorité. D?où les changements dans le discours : on distingue le secteur privé du gros capital, on parle de lutte de classes et d?inégalités avec une emphase sur le « bread and butter issue ». Au No 7 cela avait payé...

Si aucun des deux blocs n?arrive à dégager une majorité pour « gouverner », irait-on alors vers la constitution d?un gouvernement de mobilisation nationale ayant un programme minimaliste ? Dans une telle éventualité, le pays sera gagnant car ce serait peut-être le premier pas dans le sens d?une nouvelle conception de la politique, celle où l?intérêt du pays passe avant les intérêts partisans. C?est la condition sine qua non d?une sortie de crise en 2005.

Publicité