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« L?école hôtelière a besoin de plus de moyens »

12 décembre 2004, 00:00

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Les hôteliers, surtout ceux qui ouvrent de nouveaux établissements, se plaignent de la difficulté de recruter...

Selon les projections officielles, nous devons mettre sur le marché quelque 1 500 professionnels chaque année. Nous n?en formons que 1 100 actuellement et tous ne se retrouvent pas le marché du travail tout de suite. Certains continuent à étudier. D?autres travaillent à l?étranger, en particulier à Dubayy. Pour satisfaire la demande, il faudrait doubler la capacité.

Qu?est-il advenu du projet d?expansion de l?Ecole hôtelière ?

Malheureusement, le projet ne semble pas avoir convaincu les décideurs. D?autres priorités ont pris le dessus. Pourtant, à un certain moment, nous avons cru l?obtenir, cette école moderne, avec laboratoires d?hygiène et de dégustation de vin, une vingtaine de salles de classe, une cafétéria pour les élèves et le personnel et une école de boulangerie?

C?est quand même étonnant que l?Etat traite aussi cavalièrement la seule industrie qui soit encore performante. Avez vous exploré l?auto-financement ? Après tout, les professionnels que vous formez sont très prisés, notamment dans les pays du Golfe.

L?Ecole hôtelière n?est pas autonome. Nous opérons sous l?égide de l?Industrial and Vocational Training Board qui dépend lui-même du ministère de la Formation.

Dan Bundhoo, ancien président de la Mauritius Employers Federation, disait que Maurice serait bien inspirée de former et d?exporter des infirmiers et du personnel d?hôtel. Vous rêviez de faire de l?Ecole hôtelière un centre régional de formation. Vous abandonnez votre rêve?

Il faut bien apprendre à vivre avec les contraintes qui vous sont imposées.

Vous venez d?être élu président de l?Association des écoles hôtelières de l?Afrique subsaharienne et vous vous attachez à rehausser le niveau de la concurrence dans la région. Où est la cohérence avec votre ambition pour Maurice?

L?Ecole hôtelière de Maurice n?est en compétition avec personne. Nous préférons travailler en complémentarité avec les écoles du continent. Ceci dit, nous sommes bien obligés de composer avec l?Afrique du Sud, puissance émergente. Il nous faut d?autres moyens pour réaliser notre ambition.

L?offre touristique mauricienne se diversifie. Comment évoluent les choses à l?Ecole hôtelière?

La nouvelle Ecole hôtelière a démarré avec une centaine d?élèves, à Ebène en 1997. Elle en compte aujourd?hui 1 100. La panoplie de cours offerts va maintenant de l?animation à la gestion hôtelière. Nous évoluons avec l?industrie. Depuis six mois, nous mettons à jour notre programme d?études. Il faut compter 18 mois pour installer un nouveau référentiel. Les technologies nouvelles, le golf, les nouveaux services, les croisières? il nous faut les intégrer tous. Nous tenons également compte des marchés émergents. Après l?italien et l?allemand, nous espérons pouvoir bientôt proposer le mandarin comme langue étrangère.

En quoi le nouveau programme sera-t-il différent ?

L?hospitalité, par définition, requiert trois niveaux de service : restauration, hébergement et animation. A l?hôtel, la prison, l?hôpital ou l?école, dans un avion ou sur un bateau, il faut respecter ces trois plans d?intervention. La formation de demain sera donc plus générale. Après avoir prôné la spécialisation pendant un certain temps, nous faisons marche arrière. Cela rend nos stagiaires plus mobiles sur le marché du travail. Ils pourront travailler dans un l?hôtel, un avion, sur un bateau ou dans le service public. A Maurice comme à l?étranger.

A quoi consacrez-vous votre présidence de l?Association des écoles hôtelières de l?Afrique subsaharienne?

Mon élection symbolise la reconnaissance de la qualité de la formation dispensée à l?Ecole hôtelière. L?association existe depuis dix ans. Son objectif : promouvoir l?échange de formateurs, organiser des compétitions culinaires inter-écoles, harmoniser le niveau des formations à travers un système d?accréditation? Je propose d?introduire, à partir de l?année prochaine, un programme d?échange des meilleurs élèves, sur un mois. L?industrie du voyage se globalise. Le produit touristique de demain sera africain. Nos professionnels doivent se familiariser avec ce produit.

Je veux rendre l?association incontournable pour le développement du tourisme africain. Nous allons solliciter l?affiliation à des organisations internationales, ce qui nous permettra de mobiliser davantage de ressources pour consolider nos assises. J?entends aussi recruter davantage de membres. L?Afrique australe, c?est 40 pays dont seulement 13 sont représentés. Ce n?est pas normal.

Est-il possible d?harmoniser le niveau de la formation dispensée dans les différents pays de l?Afrique australe?

Nous parlons là de respect des normes internationales en termes d?infrastructures, de taux de réussite, de richesse des bibliothèques, du ratio formateur/ élèves? Trois assesseurs (un Suisse, un Mauricien et un Sud-africain) feront le tour des écoles membres avant de leur accorder l?accréditation. Celles qui seraient hors-normes auront un délai pour se mettre à niveau. Ce projet bénéficie d?un soutien financier suisse.

Et le curriculum?

Les pays concernés ont déjà mis en place un Qualifications Framework ou ils sont en train de le faire. C?est le premier pas vers un African Qualifications Framework qui permettrait d?assurer la portabilité des diplômes délivrés par les écoles membres. Le travail à abattre est colossal car chaque pays a son propre système. Toute une équipe d?experts y travaille. Référentiel, soutien de l?industrie, qualité des formateurs et leurs conditions d?emploi, équilibrage entre la demande et la fourniture d?une main-d??uvre formée? Autant de facteurs qui sont pris en compte.

Compte tenu des grandes disparités dans le taux d?alphabétisation, l?harmonisation ne risque-t-elle pas d?entraîner, pour nous, un nivellement par le bas ?

Nous sommes dans le service. Notre métier est basé sur les rapports humains. L?Afrique est traditionnellement très humaine. Ses natifs sont naturellement chaleureux et courtois. C?est notre force commune et elle suffit pour démarrer avec succès dans le tourisme. Même à Maurice, ils sont nombreux à occuper des postes de responsabilité sans pour autant détenir des diplômes. Nous avons même réussi l?exploit de prospérer pendant plus de 30 ans sans jamais entreprendre d?études scientifiques pouvant expliquer les raisons de ce succès. Dans ce secteur, c?est avant tout, l?expérience pratique qui compte.

L?offre touristique devient plus sophistiquée. L?expérience seule ne suffit plus ?

Bien sûr, le meilleur professionnel est celui qui détient diplôme et expérience. Les hôteliers investissent lourdement dans les infrastructures pour libérer le personnel qui peut ainsi s?occuper exclusivement du client. Le ratio personnel-client varie de 1,7 dans les petits hôtels à 3 dans les établissements de luxe. Auparavant, le personnel avait pour consigne de ne pas parler au client. Maintenant, c?est le contraire. C?est pour cet accueil personnalisé que l?Européen continuera à toujours venir vers le Sud. Car, dans son pays, l?accueil est froid et impersonnel.

Le potentiel touristique de l?Afrique est indéniable. L?exploiter, c?est tout autre chose. Qu?en dites-vous ?

Le continent est handicapé par sa réalité sociale, économique et politique. Pour cette raison, son développement dépasse rarement le stade de projets. Mais les mentalités changent. L?Organisation mondiale du Tourisme a identifié l?Afrique comme la prochaine zone de croissance vu que la tendance mondiale est au tourisme vert. Les décideurs africains ont eu le message. L?Afrique s?y prépare. Par exemple, les pays de la région sont désormais liés par une convention de libre circulation touristique. Les écoles hôtelières ont un rôle important à jouer.

L?idée de vendre Maurice en « twinning » avec des destinations africaines semble avoir été abandonnée. Vous y aviez cru ?

Le twinning peut marcher à condition qu?on puisse donner au voyageur l?assurance qu?il aura le même niveau de service partout. C?est précisément ce que nous voulons faire au niveau de l?Association des écoles hôtelières de l?Afrique australe.

L?industrie du voyage tend vers des séjours courts. La formule du « twinning » n?est-elle pas un mort-né ?

Rien ne dit que les séjours ne peuvent pas être allongés. Il suffit d?offrir au voyageur de quoi meubler son temps de manière effective. Moi je rêve de pouvoir vendre à l?Américain ou à l?Européen un safari au Kenya, une randonnée au Piton la Fournaise de la Réunion et la détente dans la chaleur de l?hospitalité mauricienne. La plage et le soleil ne suffisent plus. Ce produit a fait son temps. Le touriste veut de plus en plus voyager utile, pour une cause, ou pour la nature. Le tourisme mauricien ne peut que gagner du twinning.

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