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Le calvaire de Marie Rita

12 décembre 2004, 00:00

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Pétrie de jalousie, il est possible d?avoir une certaine idée d?une situation. Et à partir de là, commettre le pire des crimes. C?est ce qui est arrivé au cours de la semaine écoulée à Salina Manaroo. Croyant que son mari entretenait une liaison avec leur ancienne voisine, l?octogénaire Marie Daisy Rita, la quadragénaire a poignardé la vieille au ventre. Cette dernière pourrait s?en tirer, même si elle est encore hospitalisée. L?octogénaire nie cependant les allégations d?adultère formulées à son égard.

Marie Rita, qui a la peau parcheminée et la bouche presque totalement édentée, est allongée sur le lit d?hôpital. Elle connaît bien ce lieu pour y avoir séjourné le mois dernier en raison d?une complication à l?orteil, liée à son diabète. Ses cheveux décolorés aux racines, sont éparpillés sur l?oreiller. De ses mains fripées, l?octogénaire se tient l?abdomen, là justement où elle a été poignardée dans la nuit de mardi. Elle peine à s?exprimer car elle a la bouche desséchée. « Dokter inn dir moi nek boir de gorze dilo a la foi», explique-t-elle.

Marie Rita est encore sous le choc des événements passés. « Monn sezi Miss. Linn (NdlR : Salina) atak moi enn kout en tre ». De celle qui a été sa voisine jusqu?à il y a deux mois, elle ne s?attendait pas à cela. D?ailleurs, rien ne le laissait présager.

Cette ancienne garde malade, veuve depuis quatre ans, loue depuis des années une des pièces d?une maison en tôle à la route Bassin, Quatre-Bornes. Comme l?habitation est ancienne et vétuste, son loyer est dérisoire, soit Rs 4 par mois.

Des cinq enfants que Marie Rita a eus, seuls deux ont survécu. Sa fille, qui vivait avec elle, a émigré pour la France en 1985. Les lettres qu?elle écrivait à sa mère ont fini par se raréfier. Puis, la correspondance a définitivement stoppé. Son fils, qui est marié, vit à Maurice. Mais elle ne le voit pas souvent.

Marie Rita fait la connaissance des Manaroo il y a un an. Salina, 43 ans, et Rajen, de trois ans son aîné, louent une autre pièce de la maison qu?elle occupe. Ce couple a un enfant de cinq ans. A en croire l?octogénaire, ils ont des rapports de bon voisinage, même si Rajen et Salina se querellent à tout bout de champ, surtout quand ils ont bu. L?octogénaire dit toutefois ne pas se mêler de leurs histoires de ménage. Quand ils sont à jeun, ils sont gentils, affirme-t-elle.

Rajen Manaroo, qui travaille comme laboureur, a même des bontés pour elle. « Li rann moi boukou servis. Li al fer enn ti komision pou moi kan mo bizin ». De son côté, elle le lui rend bien, surtout quand il a du mal à joindre les deux bouts en fin de mois. « Mo viv lor mo pension vieyes. Mo enn dimounn ki pa gaspiye moi. Ler li diman moi kas prete pou so zenfan, mo pret li. La, linn pran Rs 300 are moi ».

Depuis deux mois, les Manaroo ont déménagé pour emménager dans une maison quelques rues plus loin. Il n?empêche que Rajen vient rendre visite à l?octogénaire le matin quand il se rend au travail. « Seki monn fer pou li, li pa blie. Samem li pass dan gramatin avan li al travay ».

Mardi dernier est un jour comme un autre pour Marie Rita, sauf qu?à la nuit tombée, une ombre passe devant la maison alors qu?elle converse avec les voisins. Elle n?y prête pas grande attention. Quand elle sent qu?il est l?heure d?aller se coucher, elle rentre dans la pièce qu?elle occupe et s?apprête à placer la barre de fer sur la porte.

A ce moment, les choses se précipitent. Un homme lui arrache la barre métallique des mains et la projette sur le lit. « Li lev bar feray la pou bat moi ar sa. Mo pa konne kot monn gaign lafors, monn donn li enn kout pie dan so lestoma. Linn tombe. Mo leve, sorti deor vite ek krie ?voler, voler?». C?est alors que Salina Manaroo se serait présentée devant elle et lui aurait dit : « Taler mo touy toi », avant de la poignarder au ventre et de s?enfuir.

Rajen Manaroo est d?abord interpellé par les policiers de la Criminal Investigation Division de Quatre-Bornes dans la journée de mercredi. Selon lui, c?est sa femme qui aurait commis cet acte de violence car elle le soupçonnait d?entretenir une liaison avec Marie Rita.

Allégations d?adultère que l?octogénaire rejette avec force. « Mo pa kontan so mari sa fason ki li dir-la moi. Rajen kouma enn garson pou moi et li konsider moi kouma enn tantin. Li krie moi matant. Tou dimounn kone ki mo pa gard son mari ». C?est ainsi que Salina est arrêtée mercredi et qu?elle admet son crime. Elle est traduite en cour de Rose-Hill pour une accusation provisoire de tentative de meurtre.

Marie Daisy Rita récupère lentement de sa blessure au ventre. Elle se dit attristée d?être ainsi soupçonnée d?adultère à son âge. «Dan mo zen tan, narie pa finn tende koumsa, dan mo vie zour, 89 ans, mo bisin tan sa bann zistoir-la. Sa fer ou pa envi get figir dimounn ditou ». L?octogénaire ignore pour combien de temps elle séjournera à l?hôpital. Elle sait seulement qu?elle n?a plus envie d?habiter la maison où elle a failli laisser la vie?

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