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Un thriller en numérique

12 décembre 2004, 00:00

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Pitof, le réalisateur, avait à c?ur de restituer l'univers froid, lugubre et malsain du Paris de 1830. Il y est arrivé, non sans difficulté, grâce à la technologie. Les décors et l'environnement extérieur, entièrement reconstitués par ordinateur, ont ceci d?impressionnant. Le tout Paris du XIXème siècle renaît. Il renforce la peur viscérale latente et le rythme effréné, imposé par le scénario de Christophe Grangé, à qui l?on doit notamment le scénario plus que maîtrisé des Rivières pourpres. Dans ce film voué à l?étourdissement d?une technologie, usée, exploitée, le trop d?effets tue l?effet.

Derrière cent minutes de sons et d?images entièrement retravaillés par ordinateur, le savoir-faire est considérable. Mais par son trop plein d?ambitions, le projet rate le coche. Le numérique passe, le film trépasse. Dans le Paris de 1830, celui qu?on appelle « l?alchimiste », sème la terreur. Dès la première scène, cet être démoniaque doté de pouvoirs maléfiques, dont le visage est dissimulé sous un horrible masque, tue Vidocq. Ce dernier, ancien bagnard, devenu détective, était aux trousses de ce dangereux criminel. En apprenant la nouvelle de la mort de Vidocq, Etienne, jeune et brillant journaliste de Provence, qui rédigeait la biographie de Vidocq, retrace le parcours des derniers jours du détective, dans le but de percer à jour l?identité de son assassin.

Mais dans le film, Vidocq est un nom comme un autre. Toute ressemblance avec François Vidocq, le personnage historique, ne serait que fortuite. Gérard Depardieu, toujours au sommet, est au c?ur d?une opération technologique de haut vol. Dans cette aventure qui se voulait innovatrice, aux péripéties rocambolesques et aux coups de théâtre incessants, le choc visuel a lieu, mais son propos demeure obscur. Dans le film, il n?y a pas un son, pas une image, pas un mouvement de la caméra, pas un cadrage, qui ne soit sans effet. Les vertigineuses courses-poursuites, les mimiques trop expressives, les visages trop déformés et la pénombre plus vraie que nature, frisent la caricature. Plus le réalisateur pousse la technologie dans ses derniers retranchements, plus le film devient ennuyeux. Un plan suit l?autre, chasse l?autre, dans le but d?exposer une beauté décorative évidente, mais lassante. Mais qui donc se cache derrière le masque de l?horreur ? La révélation finale est elle aussi surprenante, expéditive et bâclée. A trop vouloir en faire, le film fait naufrage et se heurte aux vagues de l?incompréhension et du trop plein.

Bienvenue dans l?univers du numérique

C?est en voyant son fils jouer au jeu vidéo de Tomb Raider, que Pitof songe à tourner son Vidocq en numérique. La fluidité des mouvements de caméra, au fur et à mesure que le joueur progresse dans le jeu, lui suggère « de coupler l'utilisation de la steadycam avec des innovations technologiques, de façon à disposer d'une plus grande fluidité dans les changements d'angles. »

Vidocq est donc le premier film entièrement tourné avec une caméra numérique. Pitof, le réalisateur, habitué à la nouvelle technique, depuis Astérix et Obélix contre César et Alien, la Résurrection, a multiplié les tours de passe-passe avant-gardistes sur le plan de la technique. Il a réussi l?exploit de devancer l?Américain Georges Lucas dans le tournage du premier film entièrement en numérique. Lucas suivera le Français avec son Star Wars Episode II. Pitof a réussi à convaincre Canal + et Dominique Farrugia, TF1 et le StudioCanal, alors que d?autres avaient refusé catégoriquement de le suivre dans cette aventure du numérique. Le film nécessite quatre ans et demi de tournage, près d?un an de post-production, à travailler chaque image, à les monter, les mixer en boucle, sous les musiques modernes de Bruno Coulais, auteur de la bande originale de Vidocq.

Avec un budget de plus de cent cinquante millions de francs, Pitof réussit l?exploit de tourner un film entier en numérique. Trente-cinq millions du budget sont octroyés aux effets spéciaux, financés par la société RF2K, l?illustre maison pour laquelle travaille Pitof. Le choix technique de ce dernier est également « un choix artistique car le rendu visuel de la caméra numérique haute définition se rapproche beaucoup de la peinture et épaissit le côté mystérieux de l?histoire. »

Le film de Pitof a donc valeur d?expérience, avec les aléas et les bénéfices inhérents à la première fois. Avec la vidéo haute définition, c?est l?avenir du cinéma qui prend un nouveau départ. Le cinéma des frères Wachowski ou celui de Georges Lucas n?aurait sans doute pas obtenu les mêmes résultats sans l?apport du numérique et de sa parfaite qualité. L?idée était d?unifier la chaîne de production du film afin de disposer d?une image d?origine sous forme digitale et de bénéficier ainsi des possibilités infinies de réglages offertes par l?étalonnage numérique. Pitof a donc réussi son pari en révolutionnant la fabrication même du film.

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