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Jusqu?au bout de ses rêves

27 novembre 2004, 00:00

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A 30 ans, Irshad Jackaria possède déjà l?assurance de ceux qui conjuguent les connaissances livresques à l?expérience du terrain. Il faut dire qu?avant d?en arriver là, ce fils de commerçant, qui a complété sa scolarité au Collège Royal de Port-Louis, a quelque peu tâtonné. A l?issue de ses études, il souhaite se spécialiser dans le marketing. Mais il se rend compte que la filière est saturée.

Croyant que l?analyse de l?information en préambule de tout achat correspond mieux à sa personnalité, il se rend alors en Afrique du Sud où il étudie pour décrocher un Bachelor of Commerce. La licence qu?il entame ensuite porte sur la gestion de la chaîne des valeurs dans la grande distribution. Il l?obtient avec la distinction Cum Laude.

Irshad rêve les yeux ouverts. Il se voit travaillant dans le port franc ou pour une des 100 plus importantes compagnies de Maurice. A son retour au pays, il déchante : il découvre que le port franc «est politisé» et que les compagnies les plus cotées n?ont aucunement besoin d?un diplômé pour leurs achats.

Que faire ? L?immigration lui traverse l?esprit mais ses attaches familiales le maintiennent solidement ancré à Maurice. Il commence par intégrer le First Skill Development Programme lancé par le ministère des Finances à l?intention des diplômés pour qu?ils se fami-liarisent au marché du travail.

Après six mois dans divers ministères, il trouve du travail dans le département de logistique au sein du groupe Tara. C?est la révélation. «J?ai réalisé que nous n?utilisons que 25 % de nos connaissances apprises à l?université et que tout, en fait, repose sur les rapports humains et la capacité à s?adapter aux situations. A mes yeux, l?intelligence émotionnelle est une qualité essentielle pour réussir aujourd?hui dans un cadre professionnel. Vous pouvez avoir le meilleur produit qui soit, le meilleur argument de vente mais si le rapport humain ne suit pas, votre produit vous restera sur les bras.»

Voulant faire découvrir l?importance de l?intelligence émotionnelle à d?autres, Irshad finit par se sentir à l?étroit dans le textile. Il prend alors de l?emploi comme chargé de cours en gestion et logistique à la DCDM Business School. Il est si convaincu par ses enseignements qu?il est désigné Meilleur chargé de cours dès la première année.

<B>A LA SAUCE MAURICIENNE</B>

A l?issue de sa deuxième année d?enseignement, Irshad qui a entre-temps obtenu une maîtrise en commerce électronique auprès de l?Université de Maurice, rêve «de proposer des cours que personne n?offre et de mettre en place des systèmes auxquels personne ne croit». Il démissionne pour fonder sa compagnie, Knowledge of the Art Ltd.

L?appellation vient de «state of the art» signifiant dernier cri et par la vision du gouvernement de transformer l?île en «knowledge island». Comme Irshad n?est pas à court d?imagination, le A dans Art tient lieu de Advice, le R de Recruitment et le T de Training. Et puisque personne ne forme des employés pour rayons des supermarchés, Irshad s?y lance. Il acquiert le contenu de cours en la matière, de même qu?en strategic retailing management d?une compagnie américaine qu?il refaçonne à la sauce mauricienne.

Pour ces cours, il obtient la certification de l?Industrial and Vocational Training Board et du Mauritius Qualifications Authority. Irshad les propose aux grandes surfaces mais peu d?entre elles y délèguent leurs employés. Il réussit tout de même à attirer 38 personnes pour les cours d?employés de rayons et une trentaine d?autres en strategic retailing management.

Etant à l?affût de tout ce qui se fait au niveau de la communication, en particulier du commerce sur le Net, il se rend compte qu?aucune institution n?offre des cours aux futurs téléopérateurs pour centres d?appels dont la majorité travaillent sur des contrats francophones. Irshad sent qu?il flaire la bonne affaire.

Il s?y met aussitôt et il élabore deux cours à partir de ceux qu?il achète auprès de l?Association française de normalisation. Il lance un cours de marketing pour téléopérateurs de même qu?un cours de phonétique. Des cours une fois de plus reconnus par le MQA. Irshad anime une partie des cours, laissant la partie la plus technique à des collaborateurs externes.

<B>C?EST... CHAT ! </B>

Il est en contact avec trois centres d?appels et il réussit à placer ses étudiants à la fin de la formation. Pour que ceux-ci acquièrent aussi bien l?accent américain qu?anglais, il achète des logiciels de prononciation et même un logiciel effectuant une analyse de l?intonation.

Irshad lance aussi une agence de recrutement sur le Net où il s?engage à trouver du travail aux moins de 30 ans. Pourquoi cette tranche ? Parce que ceux qui s?y trouvent, ayant peu d?expérience de travail, ont des difficultés pour se faire embaucher.

Les intéressés consultent le site www.kmauritius.com et y insèrent leur curriculum vitae. Leur seule obligation, une fois un emploi obtenu, est de verser 50 % de leur premier salaire à Knowledge of the Art Ltd. Une somme identique est ponctionnée de l?employeur. A ce jour, Irshad a réussi à faire embaucher une dizaine de jeunes au sein de petites et moyennes entreprises.

Son prochain cheval, c?est l?organisation de deux formations soit l?animation et l?opération de chat sms. «Deux compagnies basées à Maurice recherchent des animateurs de chat sms pour mettre de l?ambiance dans leur chat room et des opérateurs pour filtrer tous les messages à caractère indécent, pornographique ou xénophobe. Il y a aussi un langage codé qui est utilisé dans ces chat rooms et qui nécessite des connaissances précises. Je proposerai cette formation à deux niveaux, une pour le grand public sur deux jours à l?hôtel Labourdonnais et l?autre étalée sur dix semaines à Quatre-Bornes.»

Malgré toutes ces activités , Irshad a trouvé le temps de convoler en début d?année avec Aisha. S?il lui a promis de délaisser son ordinateur portable pour les fêtes, il sait déjà qu?il y sera à nouveau rivé dès le 4 janvier. «C?est à partir de ma deuxième année d?opération que ma compagnie a pu être rentable. Je dois maintenant conserver ma vitesse de croisière.» On lui fait confiance va !

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