Publicité
La radio, plateforme d?expression et de pression
Par
Partager cet article
La radio, plateforme d?expression et de pression
Les Mauriciens ont une réputation de masse silencieuse. Une masse qui pourtant ne demandait qu?une chose : s?exprimer. Aujourd?hui, l?auditeur peut non seulement raconter ses malheurs aux radios privées, mais aussi compter sur l?aide d?une équipe qui se charge de trouver une solution à ses problèmes.
A l?ouverture du payasage audiovisuel, Enquêtes en direct est la première émission à ouvrir son antenne aux auditeurs ayant des problèmes réels à régler. Finlay Salesse, directeur de Radio One et l?un des créateurs de l?émission, comprend dès le départ qu?il y a un besoin pour ce genre de programme. «L?émission est éminemment populaire. L?esprit d?Enquêtes en direct reflète l?antagonisme de classe - c?est-à-dire le public contre l?administration. Là où le public a un contact direct avec l?administration ou que de petits fonctionnaires, qui se prennent pour de petits chefs de tribus, décident qu?un dossier n?a pas à être traité rapidement, nous intervenons. Nous essayons de casser le goulot d?étranglement», explique-t-il.
De son côté, Radio Plus avait lancé à ses débuts, une autre formule intitulée Xplik ou cas. Les gens appelaient et faisaient des doléances mais cela s?arrêtait là. Compétition oblige, l?on ne pouvait pas copier Enquêtes en direct. Puis, la formule a changé pour ressembler davantage à celle de la rue Brown Sequard.
Défendre publiquement les anonyms
«Toute émission interactive est mieux écoutée que d?autres à sens unique. Dans une démocratie, différents points de vue doivent pouvoir s?exprimer. C?est de là qu?émerge une meilleure compréhension. Le Mauricien a tout de même le sens de l?équité. Il sait écouter les deux parties», souligne Jayen Chellun, président de l?Association des Consommateurs de l?île Maurice et animateur d?Xplik ou cas.
Résoudre des problèmes, s?attaquer aux institutions, demander des comptes, les deux émissions ont pris des airs de justicier. Les nerfs de Finlay Salesse sont ainsi régulièrement mis à rude épreuve devant des fonctionnaires bornés. L?homme peut certes être dur mais ne comprend pas «qu?un préposé ne soit pas là à 8h30 pour le paiement de pension de vieillesse alors que des personnes âgées attendent depuis sept heures !»
Défendre publiquement des anonymes de tous bords sans s?arrêter sur la communauté, l?âge ou la classe sociale, cela galvanise les auditeurs. Ces derniers se sont rendus compte que ces émissions pouvaient aussi être la solution à leur problème. Ces mêmes auditeurs ont rapidement compris qu?ils pouvaient brandir la menace de ces émissions pour faire pression. Enquêtes en direct et Xplik ou cas sont ainsi devenues des armes que l?on agite sous le nez des ceux qui n?avancent pas assez vite à notre goût.
Finlay Salesse et Jayen Chellum en sont tous deux conscients. Ils savent que les noms de leurs émissions sont utilisés comme une arme ou une menace. «Je ne dirais pas menace mais manière de réclamer leurs droits. Je suis plus circonspect par rapport au mot menace. Comme une arme, je pense que l?auditeur utilise ce moyen de communication pour réclamer qu?un service public ou privé soit plus efficace et exiger le respect de ses droits de citoyen», commente Jayen Chellum. Les auditeurs tentent en effet d?impressionner en disant qu?ils iront porter à l?affaire «à la radio» comme d?autres porteraient une affaire en justice.
Finlay Salesse explique que ce genre de chose arrive souvent lorsqu?une personne a déjà épuisé tous les autres recours. «Quand ils n?ont pas eu satisfaction, ils viennent vers nous pour que cela s?accélère. Enquêtes en direct est d?utilité publique et mérite d?exister. Nous avons fait comprendre depuis longtemps, qu?avant de nous appeler, il faut essayer de résoudre le problème en prenant contact avec ceux concernés.»
Dans les deux émissions, les doléances récurrentes concernent souvent la santé ou encore les affaires policières. Finlay Salesse précise que pour la santé, Enquêtes en direct intervient régulièrement car les «enquêtes menées par le ministère de la Santé ne donnent rien. Il n?y a jamais de sanction». Même si le contenu des deux émissions ne plaît pas toujours aux uns et aux autres, elles restent une alternative qui apporte de l?espoir et souvent le soulagement à des auditeurs en détresse.
Cas résolus et en cours
ENQUÊTES EN DIRECT : C?est le journaliste Enrico Chadien qui se charge d?approfondir les enquêtes. Il travaille de concert avec Marie-Michèle Etienne et Finlay Salesse pour cela. Des reportages sont aussi réalisés sur des thèmes qui sont abordés sur le plateau. Giselle Floriant a obtenu un lopin de terres de l?Etat à bail après que Radio One, à travers cette émission, ait fait de nombreuses démarches. Lors de la journée de proximité organisée par Radio One à Chamarel, le président du village, Rico l?Intelligent avait évoqué l?état piteux dans lequel se trouvait la route de Baie du Cap à Chamarel. Le même jour, le député de la région, Allan Ganoo, qui est aussi le ministre des Utilités publiques, a organisé une réunion. Le 15 octobre, le conseil des ministres a décidé de débourser Rs 25 millions pour la réfection de cette route longue de plusieurs kilomètres. D?autres enquêtes résolues ont aussi permis à des jeunes de trouver des emplois, le réaménagement d?un terrain de football entre autres.
XPLIK OU CAS : Jayen Chellum explique qu?il a été particulièrement touché par le cas d?une employée qui avait subi une fouille corporelle à cause de la perte d?une pièce de cinq roupies. Le cas n?a pas encore été résolu mais est en passe de l?être. Tout comme Enquêtes en direct, cette émission a aussi aidé à résoudre des cas concernant les démêlés avec le service public comme la santé. Mais aussi d?autres problèmes comme celui d?un avoué qui s?est servi de son pouvoir pour menacer une personne qui avait déjà fait de la prison pour un cas de remboursement.
Publicité
Publicité
Les plus récents