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Faites vos jeux messieurs-dames !
Les dés sont jetés. Un nouveau casino ouvre ses portes à Flacq pour Noël. Ce sera une nouvelle forme de divertissement, un catalyseur pour le développement économique, un moyen de créer de l?emploi. Mais la finalité ne s?arrête jamais là. Derrière l?acceptation sociale du gambling (jeux de hasard comprenant les machines vidéos, le poker, les diverses formes de paris ou des loteries), derrière la législation et la multiplication des espaces de jeux, il y a aussi des drames sociaux et familiaux. « On est bien conscient des déboires de certaines familles mais le pourcentage de joueurs obsessionnels est très minime », avance Mike Summer, Operation Manager au casino de Curepipe avant de préciser « But we care for them ». Minime ou pas, des gens font des emprunts pour parier d?une part et rembourser d?autre part leurs dettes de jeux. « Bien sûr, nous avons des cas de personnes qui se sont endettés aux jeux. Il y a des femmes qui viennent vers nous parce que leurs maris ont hypothéqué la maison à cause des dettes de jeux », explique Jacqueline Henriot de l?Association pour la protection des emprunteurs abusés.
Un nouveau espace de jeu, quel beau cadeau pour ces futurs joueurs compulsifs qui, fascinés, risquent de perdre pied ! Non, ce n?est pas de la mauvaise foi. On ne vous dira pas que les casinos, les jeux de pronostics aux courses et au foot, les paris aux courses sont des industries hors-la-loi, que c?est un péché que de jouer. On ne vous dira pas qu?il faut fermer ces institutions, cela ne ferait que mettre en branle les jeux illégaux.
On veut juste tirer la sonnette d?alarme pour que cet engouement pour les jeux ne finisse par dépasser tout entendement social. Comme le fait ressortir le psychologue Mahen Motah : « L?esprit zougadère prend de plus en plus d?ampleur. Il faut commencer à sensibiliser le public à ce sujet, créer des mouvements pour venir en aide aux accrocs des jeux. »
Mais débarrassons-nous d?abord d?une formalité. L?histoire nous apprend que le gambling, sous une forme organisée ou pas, légale ou non, a toujours été présent dans les sociétés. Des fouilles récentes à Londres ont révélé des vestiges de jeux de dés, vieux de 2 000 ans avant Jésus-Christ. On a trouvé des traces d?une commission de régulation du jeu en Inde en 321 avant notre ère. En Chine, les maisons de courtisanes de Shanghai durant le xixe et xxe siècle avaient un rôle similaire aux casinos. Elles étaient fréquentées par des élites et occupaient un rôle prépondérant sur le plan social.
Le jeu fait partie de la condition humaine, de la culture même. D?ailleurs on joue bien aux cartes dans certaines veillées mortuaires, on va au casino pour la fête du printemps. « C?est vrai que certaines personnes sont attirées par l?appât du gain facile, d?autres aiment les jeux parce qu?ils ont une dimension de rêve et vous entrouvrent la possibilité de devenir riche. Les jeux peuvent tout simplement aussi être une façon comme une autre de se détendre après une semaine de travail », note un observateur qui s?y connaît en jeux. Certes, les maisons de jeux, le Champ-de-Mars, les soirées bingo etc. permettent à certains une forme de socialisation ludique. Des gens s?y rendent pour combattre la solitude et l?ennui. Le jeu prend alors une fonction conviviale. On rencontre les réguliers, on prend un verre, on change de casinos pour se faire d?autres contacts et il y a des gens qui font ça tous les jours.
Ce constat ne devrait pas nous empêcher de nous poser quelques questions. Les citoyens sont-ils vraiment informés des enjeux du gambling ? Quel est le pourcentage de chances de gagner ? Pour beaucoup, le monde des jeux a vite fait de se transformer en un monde impitoyable. Qu?on le veuille ou pas, la dépendance aux jeux de hasard et d?argent est une réalité, le démon du jeu laisse toujours des démunis sur le pavé. Du côté de la State Investment Corporation (SIC), on veut changer la perception négative des casinos, donner une dimension divertissante, mais n?est-ce pas là une douce utopie ? Est-ce un mirage, ces familles qui sont brisées parce que X a flambé tout l?argent du budget ou les économies sur les tapis verts ? Et ces gens au bord du suicide parce qu?ils ont tout perdu ? Et ceux qui se jettent dans l?alcool, dans la violence conjugale parce qu?ils ont des dettes ?
Il faut poser des balises, mettre en garde le public contre les dangers de l?accoutumance au jeu. Il faut prévenir qu?un joueur amateur occasionnel peut passer de l?autre côté et tomber dans la dépendance, il faut des dépliants d?information dans les salles de jeux avec des messages incitant à la modération. Il faut conscientiser le joueur qui se dit scientifique sur le fait qu?il peut payer au prix fort les caprices du hasard.
Si d?aventure les promoteurs de jeux pensent se donner bonne conscience en mettant en avant que le problème des joueurs compulsifs relève d?une défaillance individuelle, qu?ils ne croient pas tirer leur épingle du jeu aussi facilement. Ils ont aussi leur part de responsabilité. Vivement une étude qui pourrait fournir des informations sur l?ampleur du jeu à Maurice avant la prolifération de l?industrie du jeu ! Ensuite, il ne suffit pas de reconnaître du bout des lèvres les problèmes liés aux jeux, encore faut-il trouver des solutions.
Si le jeu est une question de liberté de choix, que les informations, les pourcentages de chance de gagner, les chiffres confinés à double tour dans les bureaux, soient révélés. Les joueurs pourront alors faire un choix plus éclairé. En fin de compte, le mystère reste entier. Qui sont ceux qui s?enrichissent par le jeu ? Les citoyens, les actionnaires privés ou le gouvernement ?
Le hasard au banc des accusés
La notion de hasard est passée du domaine sacré au domaine profane. Les pays industrialisés vivent une culture de la chance, une quête permanente qui repose sur l?aléatoire, le prix, la récompense, le concours. L?homme fait reposer son bonheur sur les spéculations, l?espérance du gros lot. C?est pour ça que dans les médias, dans les supermarchés, on trouve une profusion de concours, de tirages, de bonus et cadeaux. C?est pour ça qu?à un certain moment des familles se sont retrouvées avec des factures de téléphone exorbitantes à cause des jeux concours. « L?homme a besoin dans le courant de sa vie être confronté à deux sentiments : la peur et l?extase. Il y a des risques partout d?ailleurs, quand on se marie, quand on lance un business », explique Mahen Motah. L?homme cède ainsi un peu de son libre arbitre à celui du hasard, il ne peut s?empêcher de faire monter l?adrénaline, de truffer sa vie de risque et d?irrationnel.
Pour que jouer reste un plaisir
Le jeu excessif pourrait être lié à des troubles du comportement, à l?éducation, à l?environnement, à des croyances erronées, à la quête d?excitation. C?est vrai que c?est plus facile à dire qu?à faire mais quand on s?en tient à certains principes, la note est moins amère.
■ Fixez-vous des limites, dans les gains comme dans les pertes. Prendre l?argent du lait, des vêtements des enfants pour jouer et faire la queue chez les casseurs?vous n?êtes pas prêt de sortir de l?auberge.
■ Ne jouez pas en voulant rétablir des pertes antérieures aux jeux, ça risque de devenir un cercle vicieux. L?espoir de se refaire des gains est souvent déçu.
■ Ne jouez pas quand vous êtes en état d?ivresse.
■ Soyez conscient. L?intensité du jeu est correlative à la consommation abusive du tabac.
■ Faites attention au rapport conflictuel entre travail et argent. Il y a des chômeurs qui ne cherchent plus de boulot parce que le jeu encourage l?inactivité et diminue le désir de travailler.
■ Ne vous faites pas d?illusion sur votre pouvoir de contrôle des machines.
■ Méfiez-vous des superstitions: la croupière, le numéro, la chaise, la machine? Les jeux créent progressivement une dépendance du joueur, comme une drogue.
■ Si vous vous sentez dépendant face aux jeux, ne perdez pas de temps, prenez conseil auprès d?un spécialiste. Evitez les lieux, les trajets tentants, ne portez pas d?argent sur vous, si vous voulez vous en sortir.
Chiffres
En plus des 50 % de taxes sur la recette brute, le dépôt d?enregistrement et d?autres taxes municipales, les propriétaires de maisons de jeux paient une patente annuelle variant de Rs 10, 000 à Rs 500 000 selon le type de licence qu?ils ont. Ils déboursent Rs 20 000 par an sur chaque machine à sous opérationnelle.
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