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Tirez pas sur la presse !

14 novembre 2004, 00:00

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Il y en a qui tendent vraiment des perches pour se faire battre. Je finirai par penser que Paul est maso. Oser dire en plein Parlement qu?il ne faut pas croire tout ce qui est dit et publié dans les radios libres et les journaux, vous avouerez que c?est suicidaire ! Je dirais même, qu?il n?y a pas pire crime de lèse-majesté. Certains d?entre nous en ont avalé leur plume, leur micro et leur clavier de travers. Je me demande bien pourquoi? La vérité blesserait-elle à ce point ?

Ne sais-tu pas, malheureux, qu?on ne tire pas sur la presse ? Que nous seuls, journalistes, avons le pouvoir, le droit ? et même le devoir ? de critiquer. Et que nous seuls, surtout, détenons le monopole de la vérité? que nous condescendons parfois ? souvent même ? à expliquer. C?est que nous sommes aussi de grands donneurs de leçons. Mais c?est normal, puisque nous sommes des observateurs privilégiés, sans partis pris, ni préjugés, selon le bon vieux principe de la neutralité bienveillante.

Remettre en cause notre parole, quelle outrecuidance tout de même ! Là encore, ne sais-tu pas que nous seuls avons ce droit? dont nous n?abusons pas, je te l?accorde. Ben faut pas exagérer, non plus. La modestie, c?est pas vraiment notre fort, faut reconnaître. Et puis, si on se mettait à l?autocritique, où irions-nous ? Vous nous voyez descendre de notre piédestal et faire notre mea culpa ?

Dieu est infaillible, n?est-ce pas ? Eh bien, nous aussi ! L?erreur est humaine ? Ca tombe bien, nous pas ! Donc nous ne pouvons pas en commettre ! Vous voyez où ça mène la mauvaise foi !

Cela dit, entre nous, topette ne vaut pas morette, comme dirait belle-maman. J?en connais d?autres qui sont pas mal dans le genre arrogant. S?il ne faut pas toujours croire la parole médiatique, faut-il croire pour autant celle des politiques ? Au nom de quel principe, la première serait forcément mensongère et la seconde d?Évangile ? A-t-on déjà vu un homme politique dire toute la vérité, rien que la vérité et reconnaître ses erreurs ?

À dire vrai, nous souffrons des mêmes travers, sauf que nos agendas sont différents, et que notre responsabilité, si elle est tout aussi importante, ne pèse pas le même poids sur la balance de la nation. Une faute politique peut avoir des conséquences autrement plus graves sur l?avenir de la cité qu?une gaffe journalistique.

Les uns comme les autres, nous devons corriger nos erreurs, sous peine de ne plus être crédibles. C?est une question d?éthique. Tout comme certains préconisent, avec raison, la création d?un conseil de la presse, pourquoi ne pas instituer un observatoire des hommes politiques ? Après tout, les lecteurs des uns sont les électeurs des autres. Surtout, ce sont eux qui nous font vivre. Alors Paul, ça vaut bien qu?on leur rende quelques comptes.

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