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Revi Kiltir Kreol : le choc haïtien

31 octobre 2004, 20:00

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Revi Kiltir Kreol : le choc haïtien

Rébellion ton nom est évolution. Deux siècles depuis que le sang a coulé à Haïti. Déjà un bicentenaire depuis que les esclaves de l?ex-République de Saint-Domingue infligeaient une défaite aux troupes napoléoniennes. Le temps ? baume universel de la souffrance ? a fait son ?uvre : exacerber les questionnements. Intensifier la quête de sens, de vérité historique, de dénonciation du barbarisme humain.

Ce sont là les couleurs dominantes de l?édition spéciale de la quatrième édition de la Revi Kiltir Kreol, éditée par le centre Nelson Mandela pour la culture africaine. La publication annuelle a été lancée jeudi à l?occasion de la Journée internationale de la langue et de la culture créole.

Question de contexte ? Certes. Comme le fait remarquer le professeur Louis Sala-Molins dans l?avant-propos, le bicentenaire de la révolution de Haïti est assorti de la décision de l?Unesco de décréter 2004 : année internationale de commémoration de la lutte contre l?esclavage et de son abolition.

Ne pas oublier. Fort bien. Devoir de mémoire pour que les traces de coups de fouets deviennent indélébiles. Garder la trace des humiliations infligées par l?homme à l?humain. Et après. Commémorer pour commémorer ? Se contenter de gerbes tristes, de paroles contrites au repentir éphémère ? Ou 1804 ? 2004 Commémorer quoi ?

C?est la voie de la remise en cause que privilégie Louis Sala-Molins, membre du comité scientifique international de la Route de l?Esclave, projet de l?Unesco. Raisonnement au militantisme mesuré mais énergique, que l?on sent alimenté par la flamme de la révolte d?il y a deux siècles.

? Parfait. Les nations vont donc commémorer.? Mais lesquelles demande-t-il ? Les historiquement opprimées ou les dominants séculaires ? « Avec des trémolos identiques ? » La prise de position s?accentue quand l?auteur va jusqu?à s?interroger sur l?objet des commémorations.

Démolissant les évidences, les formules convenues, Louis Sala-Molins nous assène une série de points d?interrogations. Elles nous forcent à nous arrêter sur le sens profond du processus d?acquisition d?une place ? octroyée, conquise ou concédée ?dans l?échelle sociale par ? le Noir et le sang-mêlé? aux côtés de ceux qui ? ont été ferrés, chosifiés, bestialisés par les lois des Blancs très chrétiens.?

L?expert de l?Unesco donne une tournure critique à la solennité de l?occasion en ironisant sur la ? grandeur d?âme des nations esclavagistes découvrant cahin-caha (?) la belle tenue morale de l?abolitionnisme.?Toutes les actions, de la plus symbolique à la plus emblématique ne pourront effacer le souvenir des dispositions prises par l?Organisation des Nations Unies et l?Unesco à la Conférence de Durban, ? close à la veille du célébrissime 11 septembre 2001.? Une réunion où l?auteur note que fut ? verrouillée tout accès possible à l?idée d?une réparation de ce crime contre l?humanité que fut l?esclavage.?

La conclusion est dès lors simple pour Louis Sala-Molins : avec la banalisation du terme ?esclavage?, associé à diverses formes d?exploitation dans nos sociétés dites modernes ? fût-elle sexuelle, concernant le travail forcé des enfants ou l?asservissement de la pensée ? l?action même de se souvenir est diluée dans des considérations qui obscurcissent l?objet du souvenir.

Jouant encore une fois sur le parallèle historiques et actuels entre ? la croix, le croissant et?? l?expert de l?Unesco nous incite à le suivre dans son ?uvre naissante de ?revisiter l?histoire des traites négrières.?

Introduction appropriée aux travaux de recherche de Mayila Paroomal, Maître de Conférences à l?Université de Maurice qui s?est penchée sur Les Noirs Facteurs à l?île de France, Leur rôle dans l?établissement de la poste et de la presse. Une contribution à la Revi Kiltir Kreol que Jean Yves Violette, président du conseil d?administration du centre Nelson Mandela a tenu à situer dans le contexte du déménagement prochain de cette institution. Il a rappelé que le centre pour la culture africaine prendra bientôt ses quartiers dans les locaux jusqu?à lors occupés par la Poste centrale.

Mayila Paroomal s?attache donc à l?émergence d?une nouvelle catégorie professionnelle, celle des ?noirs facteurs.? Etaient-ils des esclaves ? Quelles étaient leurs conditions de travail ? Autant de facettes méconnues de notre histoire commune retracés à travers la presse de l?époque, liant ainsi de manière inextricable les deux médiums de communication. Si l?auteur n?hésite pas à avouer que des questions telles l?heure à laquelle les Noirs facteurs se mettaient en route, s?ils portaient des chaussures, étaient-ils de même origine comme c?était parfois le cas pour certains métiers ou occupations, leur reconnaissance dans la Revi Kiltir Kreol est déjà un pas vers le nécessaire dépoussiérage du passé.

Parmi les neuf autres contributions de la publication du centre Nelson Mandela notons les plumes poétiques. Le Nou tou Kreol isi revendicatif de Dev Virahsawmy ainsi que le Donn mwa enn non aux allures de sommation de Sedley Assonne.

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