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La dévaluation : un cadeau en or pour certains
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La dévaluation : un cadeau en or pour certains
C’est la presse gouvernementale qui le dit, au lendemain de la dévaluation de 30% de la roupie mauricienne par Ringadoo. Elle est un cadeau en or pour les commerçants et pour les industriels. Elle précise même : un cadeau en or de la part du gouvernement PTr/PMSD. Elle ajoute : les menaces de sévir contre les mercantis n’effraient personne. Les commerçants s’enrichiront aux dépens des consommateurs. Bravo Ringo ! Le ministère du Commerce ne dispose pas des inspecteurs voulus pour obliger les commerçants récalcitrants à ouvrir boutique. Les profits des détaillants ne sont rien comparés à ceux que réaliseront grossistes et importateurs. Une station-service disposant d’un stock de 1 000 gallons a pu faire d’énormes profits en juin et en octobre 1979. Des industriels gagneront 30% sur leurs stocks pré-dévaluation. Les petits planteurs verront leurs revenus sucriers augmenter de 30%. La dévaluation de Ringadoo permet à des riches de s’enrichir davantage et condamne les pauvres à un appauvrissement encore plus sévère.
Comme par enchantement, des articles de première nécessité disparaissent des boutiques. L’huile, le savon, le poulet, disparaissent au fur et à mesure qu’apparaît le mot magique expliquant tout : il y a pénurie ! Le dernier week-end d’octobre 1979 est la fête des commerçants. Pas d’huile dans les boutiques mais jamais MOROIL n’a autant livré de fûts d’huile que depuis le 25 octobre 1979. La Shop Owners Association attribue la faute aux grossistes.
L’hôtellerie non plus n’apprécie guère la dévaluation. M. Bernard de Rosnay, directeur de Touessrok en 1979, fait savoir à la presse que les touristes ne peuvent être taxés davantage. Des tarifs hôteliers augmentent de 30%. L’imposition d’une taxe additionnelle de 10% fera fuir bon nombre de touristes au profit d’autres destinations indocéaniques comme les Seychelles. Des ministres déclarent qu’il serait catastrophique si les hôteliers relèvent leurs tarifs. Mais comment faire autrement avec une dévaluation de 30% et une taxe additionnelle de 10%… Neuf touristes sur dix font partie de group tours bénéficiant déjà de tarifs réduits. Les touristes consommeront encore moins de vins et de boissons alcoolisées déjà hypertaxés. L’argument du gouvernement disant qu’il veut protéger les producteurs locaux ne tient pas la route car on ne peut demander aux touristes de boire divin banane ni de fumer des Mat’lots. Il faut prévoir licenciements et dégraissage dans l’hôtellerie.
Le Professeur Roland Lamusse recommande pour sa part qu’on maintienne les compensations salariales en-deçà de la hausse du coût de la vie. La dévaluation ne peut manquer d’avoir de graves répercussions sur la vie économique. Elle ne pourra que perturber le climat social dans les mois devant suivre le 24 octobre 1979. La cause en est le déséquilibre croissant du déficit de la balance des paiements et l’épuisement des réserves en devises étrangères. La dévaluation est devenue encore plus nécessaire en raison de la hausse des coûts des importations et la baisse des revenus sucriers. Il faut compter aussi avec les pressions inflationnistes dues aux dépenses gouvernementales croissantes, conséquences directes de la politique salariale suivie par le gouvernement depuis 1972. Quand l’accroissement des gages dépasse celui de la productivité, cela crée un dangereux déséquilibre.
Le FMI estime que la dévaluation de 30% de la roupie entraînera une hausse de 15% du coût de la vie, d’où la proposition gouvernementale d’accorder une compensation salariale de 13%. Les effets de la dévaluation prendront quelque temps avant de se faire sentir. Dans un pays insulaire comme Maurice et dépendant autant de l’étranger pour son approvisionnement alimentaire, les répercussions d’une dévaluation sont beaucoup plus fortes que dans des pays industrialisés pratiquant l’auto-suffisance alimentaire ou s’en approchant. Le remède à la dévaluation est le renforcement optimal des incitations à la productivité et aux exportations.
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