Publicité
Le PM reconnaît les “erreurs” de l’armée
Par
Partager cet article
Le PM reconnaît les “erreurs” de l’armée
Le Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra a déclaré r hier les forces de sécurité avaient fait des “erreurs” dans leur façon de gérer une émeute survenue dans le Sud musulman et a dit regretter le décès de près de 80 personnes lors de leur transfert par l’armée.
“Je peux dire que le gouvernement a recouru à des mesures modérées et n’a pas utilisé la force face aux manifestants. Mais des erreurs ont été commises lors du transfert des personnes arrêtées dans des camions”, a déclaré Thaksin au parlement.
Ce sont les premiers commentaires du chef du gouvernement thaïlandais depuis que des responsables ont déclaré, mardi soir, que 78 manifestants de sexe masculin étaient morts par suffocation lundi pendant leur transfert vers un centre de détention situé dans une caserne militaire du sud du pays, voisin de la Malaisie et majoritairement peuplé de musulmans.
“Je regrette la perte de ces vies, qui n’aurait pas dû se produire, par suffocation”, a ajouté le Premier ministre, précisant qu’il allait demander la mise en place d’une commission d’enquête sur cet incident. A Kuala Lumpur, le principal parti islamiste malaisien a estimé que la Thaïlande risquait un soulèvement des musulmans du Sud après ces décès.
“C’est un véritable et tragique massacre de gens qui étaient en train de manifester pacifiquement, et cela va avoir un gros impact sur les sentiments de la population thaïe du Sud”, a déclaré Mohamad Hatta, président de la commission des Affaires extérieures du Parti Islam se-Malaysia (PAS). La minorité musulmane du sud de la Thaïlande se sent plus proche de la Malaisie voisine que des bouddhistes thaïlandais.
En Thaïlande même le gouvernement était la cible hier de vives critiques qui s’affichaient à la une des principaux médias. Dans un premier temps, le bilan de l’intervention de la police sur les lieux de l’émeute – devant un commissariat de la province de Narathiwat – n’était que de six morts, et était dû au fait que les policiers avaient ouvert le feu sur la foule.
Mais le décès de nombreuses personnes lors de leur transfert par les forces de sécurité, qui a fait grimper le bilan à 78 morts, pourrait alimenter les tensions dans la région, où des violences ont fait 440 morts depuis janvier. Dans un éditorial de “une” particulièrement virulent, le journal en anglais Nation impute la responsabilité de la tragédie au “mépris pour les droits de l’homme” qu’affiche selon lui le Premier ministre, et à son approche musclée des relations avec la région, qui abrite la plupart des six millions de musulmans que compte la Thaïlande.
“Thaksin n’est peut-être pas directement responsable du fait qu’ils aient été entassés dans des camions militaires comme des cochons destinés à l’abattoir, mais la haine et le mépris pour l’humanitarisme manifestés par les soldats reflètent bien la manière dont ce pays est gouverné”, estime le journal. Pour le Thai Post, un journal en langue thaïe, le gouvernement fait preuve d’une approche trop musclée dans le Sud. Le Bangkok Post estime quant à lui que ce drame pourrait pousser de jeunes musulmans dans les bras d’activistes “déterminés à créer un Etat islamique dans le sud de la Thaïlande”.
Sous l’emprise de la drogue
Le général Sirichai Thunyasiri, qui dirige le commandement de l’armée dans le Sud, a déclaré que les autorités étaient “profondément désolées”. Une petite foule s’était rassemblée mardi soir devant la caserne de l’armée où devaient être emmenés les manifestants décédés en route, demandant aux soldats des nouvelles de leurs proches.
“Je ne sais pas si mon mari est mort ou non”, déclare Piwarat Arwae, 38 ans, en larmes. “Il a emmené nos deux enfants à l’école et il a dû s’arrêter à la manifestation sur le chemin du retour. Il n’est jamais rentré.” Certains corps ont été restitués à leurs familles, qui ont entamé des séances de prières. D’autres devaient être rendus hier.
Des responsables ont déclaré dans un premier temps que certains manifestants étaient sous l’emprise de la drogue ou affaiblis par le jeûne du ramadan. “C’est classique”, avait déclaré mardi le Premier ministre en apprenant qu’il y avait eu de nombreux morts. “C’était des gens affaiblis par le jeûne. Personne ne leur a rien fait.”
Publicité
Publicité
Les plus récents