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Paradoxes
Entre la détermination de respecter les règles et la volonté de dissiper un malaise, la voie s?avère difficile pour les dirigeants. Ils ont bien du mal à trouver une issue au problème posé par Jacques Pereira, le principal par intérim du collège Père Laval qui ne possède pas les qualifications prescrites pour le poste auquel il aspire.
Il existe une solution de facilité pour accommoder le principal déchu. Elle consiste à modifier les règlements afin de régulariser sa situation. Or, un tel procédé représenterait une dérive inquiétante. C?est bien connu, il y a une limite qu?il ne faut jamais franchir en démocratie: on ne change pas les lois pour régler la situation personnelle d?un individu.
De même lorsqu?une révision de la loi électorale était envisagée, récemment, pour résoudre un problème ponctuel de calendrier politique les Mauriciens ont réagi vigoureusement. La man?uvre a paru repoussante aux yeux de tous. Un amendement est justifié s?il est fait pour des questions de principe d?ordre général. On ne tripote pas les lois pour servir un intérêt particulier.
Les manifestations de parents d?élèves à Ste-Croix peuvent amener le régime à mollir et à éliminer le fameux critère de ?2 A Levels at one and the same sitting? mais cela créerait une situation absurde. Dans un pays où l?on ne cesse de réclamer davantage de formation pour nos ressources humaines, est-il judicieux d?abaisser les niveaux de qualifications requises pour un poste donné ? Si cela se réalise, un mauvais signal sera donné. Le gouvernement fera croire qu?il suffit d?abaisser les haies pour remporter une course d?obstacles alors qu?il faut, en fait, s?entraîner plus dur.
Le problème n?est pas de savoir si le principal par intérim du collège Père Laval possède ou non les compétences pour être titularisé. Il s?agit de s?opposer à tout amendement intempestif des lois qui ne tient compte que d?une situation personnelle ou d?une circonstance particulière. Certes, Jacques Pereira a dirigé pendant deux ans l?établissement de Ste-Croix avec beaucoup de talent, mais il n?en demeure pas moins que le strict respect des critères de qualifications est un point sur lequel aucun dirigeant rigoureux ne peut transiger. Il faut de la discipline, pas de l?émotion, pour gouverner. De toute façon, ce n?est pas à la rue de déterminer quelles sont les qualités requises pour tel ou tel poste dans l?enseignement.
Le respect des qualifications agit comme un sérieux garde-fou quoiqu?il ne soit pas un gage absolu de méritocratie. En particulier dans la fonction publique, il est important qu?aucune dérogation ne soit permise car, autrement, les interventions, les recommandations et la corruption deviendront rapidement les facteurs déterminants pour les recrutements et les promotions. On manipulera et on négociera dès qu?un pouvoir discrétionnaire trop grand est octroyé aux recruteurs.
L?ironie de la situation, c?est que c?est dans le secteur de l?éducation que l?éventualité d?abaisser les qualifications pour un poste de responsabilité est évoquée. Comment peut-on transmettre aux élèves l?importance des qualifications académiques quand, par ailleurs, on leur dit que pour qu?un principal obtienne deux ?A?Levels?, celui-ci peut disposer d?une éternité.
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