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Architecte d?intérieur chercheur en esthétique
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Architecte d?intérieur chercheur en esthétique
Il faut être gonflé pour vendre l?air du temps. Quoi que l?architecte d?intérieur ne fait pas commerce de vent. Il navigue sur des tendances qu?il insuffle parfois lui-même. Il conceptualise ce que le commun des mortels ne sait que fantasmer. Bref, il crée : un espace, une ambiance, une chaise. Un salon, il lui fait une gueule d?atmosphère ; un bureau, il nous en fait un dessin. Pas toujours architecte, ni exclusivement confiné à l?intérieur, il habille bâtiments, espaces, musées et boutiques et refait quelques façades. Il ne pose pas de guirlandes de Noël, ne fait pas toujours dans la dentelle, mais place virtuellement essences et tentures, traces de vécu et porte-à-faux, vraisemblance en trompe l??il. Quel métier !
Chez Artéma, rue Poivre, Paule de Romeuf et Philippe Rambaud ne font pas semblant. Installés à Maurice depuis huit ans, ces Parisiens ont, à leur actif, quelques pièces maîtresses : L?Aventure du sucre, le Blue Penny Museum, les salons Amédée Maingard à l?aéroport, le Veranda Hotel? Leur association cultive l?esthétique. Madame est architecte de formation. Monsieur est designer. Ils font ensemble dans l?archi-texture haut de gamme et leur succès prend la route des Indes, de la soie et des épices.
<B>« Le besoin en French Touch se fait toujours sentir »
Cela ne veut pas dire qu?Artéma se fait la malle. Ils sont très présents à Maurice, d?autant que leurs chantiers asiatiques, explique Philippe Rambaud, ont un effet boomerang. Ils travaillent sur 120 villas de luxe et un spa au Cachemire, dix boutiques à Bangkok, les hôtels du groupe Accor en Asie, et Dubaï? « Le besoin en French Touch se fait toujours sentir. Ce qui fait que malgré une concurrence réelle à Maurice, nos travaux en Asie nous offrent une nouvelle forme de notoriété dans l?île. »
Il cite à ce sujet le travail de Virginie K?nig et de Caroline Wiéhé. Toutes deux se sont positionnées sur un marché que le tourisme et l?ouverture de boutiques de luxe rendent florissant.
Philippe Rambaud insiste sur sa vision de la profession. L?architecte d?intérieur, dit-il, n?est pas décorateur. Il ne vend pas de tissus, ne représente pas un fabricant de meubles, mais crée un concept, offre un service et agit avant tout comme un consultant. Il intervient avec l?architecte et le client avant la construction, pendant et après. Il peut même offrir un suivi afin que son travail ne soit pas aliéné.
Designer du spa du Hilton de Maurice, réputé internationalement, Artéma ne conçoit pas un tel espace comme un salon ou une pharmacie. L?esthétique, la fonctionnalité, l?authenticité sont une partie des éléments à prendre en compte. Mais le travail ne s?arrête d?ailleurs pas à l?habillage ou la rationalisation d?un espace. Le cabinet dessine aussi des objets originaux, tables, chaises, sofas, presse-livre, lampe, et les fait réaliser par des artisans mauriciens. Il passe aussi commandes de tableaux.
Un des atouts, du point de vue économique, c?est que la main-d??uvre mauricienne est encore bon marché dans le tertiaire. Cela permet de travailler sur place et pour l?étranger à des prix concurrentiels. À titre d?exemple, la conception, « sur le papier », d?une boutique représente environ 60 heures de travail. Cette prestation n?inclut pas le mobilier ni la décoration et peut être facturée Rs 70 000 à Rs 80 000. « Nous vendons de la propriété intellectuelle. Il existe une autre façon de procéder, c?est le clé en main. Mais il y a conflit d?intérêt à partir du moment où l?on représente le client et qu?en même temps, on veut lui vendre du matériel et des marques. »
<B>« Le client est saturé, en a assez des travaux? »
Cet avis est partagé par Nicolas Paturau. Installé dans l?Ouest, ce jeune architecte dessine des maisons, mais il intervient aussi dans la rénovation de petits hôtels comme celui de Tamarin ou Le bougainville à Trou-d?Eau-Douce. Il travaille encore au remodelage de restaurants comme le Sunset Café, le Paparazzi et sur des structures originales comme celle du centre des visiteurs de la Wildlife sur l?île-aux-Aigrettes. Il aime pouvoir créer une atmosphère, faire s?ouvrir un dialogue entre la maison, les gens qui y vivent et leur environnement.
Le problème dans l?habitation individuelle, dit-il, c?est que le budget du client s?arrête souvent là où le travail de l?architecture d?intérieur commence. Rémunéré au pourcentage du budget de construction, il doit souvent livrer un produit qui se limite à une structure. « En général, entre le premier contact, le premier dessin et les finitions, il se passe dix-huit mois. Du coup,le client est saturé, en a assez des travaux, et veut habiter sa maison. Il n?a plus le temps ni l?énergie, ni l?argent pour rentrer dans un processus de design. »
Pour cette raison, les hôtels, les magasins et les bureaux restent les clients privilégiés de l?architecte d?intérieur. La frontière entre cette activité et celle d?architecte peut parfois se diluer, notamment pour des travaux de rénovation. Tamarin Hotel bénéficiait ainsi d?un emplacement de charme dans la baie. Mais la construction ? un ensemble de rectangles de béton blanchâtre ? n?offrait aucun intérêt esthétique. Les jardins étaient quasi inexistants et le budget alloué à l?embellissement ne ressemblait en rien à celui des grands hôtels. Pour Nicolas Paturau, l?intérêt de ce challenge a été de créer un esprit dans la place tout en suivant les impératifs du client et en utilisant des matériaux intégrant la culture mauricienne. Ce qui n?empêche pas d?innover et de sortir des sentiers battus, comme en témoigne la porte d?entrée qui emprunte au style du mobilier urbain.
Ce jeune architecte se bat pour garder une âme de créateur malgré les con-traintes financières et culturelles. « Pour moi, un projet réussi repose en grande partie sur l?écoute du client, la sensibilité du lieu et de son contexte. Reste au designer d?assimiler ces données, d?infuser une bonne dose de créativité et de bien communiquer ses propositions. » Il regrette la frilosité des Mauriciens à investir dans le design, à prendre des risques et constate un certain conformisme et une trop grande proximité des canons européens, alors que l?île regorge de richesses.
Nicolas Paturau évoque l?importance des bureaux de style dans l?industrie automobile. Les constructeurs dépensent ainsi des sommes astronomiques pour répondre aux exigences des clients dans ce domaine. Or, ces mêmes personnes rognent sur la création lorsqu?ils construisent leur maison. « Chaque habitat est un prototype. Chaque habitant est un potentiel designer. » On ne peut imaginer, dit-il, un nouveau modèle de voiture dont le dessin original aurait coûté moins de 5 % du coût final. « Maurice a une énergie positive due à sa pluralité malgré une réelle immaturité. Elle doit utiliser ses métissages et ses influences pour développer un caractère unique. Au lieu de çà, on voit poindre du plus en plus les influences méditerranéennes, asiatiques ou un pastiche de néo-classique. »
De leur côté, pragmatiques, les responsables d?Artéma réussissent à se débarrasser de ces aléas en se concentrant sur des interventions qui apportent une valeur ajoutée. Pour un hôtel, un siège social, un showroom ou un aéroport, l?image de marque est indissociable du soin apporté à l?atmosphère, l?agencement, la couleur. Un investissement important dans un concept original est une nécessité pour cette clientèle. L?avan-tage, pour nos professionnels, c?est que l?unique impose la création et ferme la porte à toute recette du beau. Dessine-moi une cuisine?
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